Palmarès 2018: louanges aux Louanges et autres éloges à la musique québécoise

Les Louanges
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les Louanges

De jeunes hommes extravagants et très doués ainsi que des femmes aussi fortes que pertinentes trouvent leur place dans le haut de notre palmarès musical, fait cette année à trois têtes et à six mains. Plusieurs de ces créateurs ont même déjà un pied — voire les deux — à l’étranger pour faire voyager leurs chansons aux visages variés. Voici la quinzaine glorieuse du Devoir pour 2018.

 

1. «La nuit est une panthère», Les Louanges

Quelle claque musicale que nous a offerte cette année la recrue Les Louanges, de son vrai nom Vincent Roberge. Ce premier disque — qui a fait trop peu de bruit — est aussi dense qu’agréable, aussi efficace que nonchalant. Le musicien tresse ses influences jazz, soul, rap, pop et rock tel un Kendrick Lamar québécois. Les Louanges, 23 ans, utilise les mots et les enjeux propres à sa génération, mais livre une musique intemporelle qui ratisse large. Voici 14 titres qui méritent amplement le sommet.


 

 

2. «Darlène», Hubert Lenoir

Qu’ajouter de plus à cette année fulgurante pour Lenoir ? Que, chansons à l’appui, toute cette attention est pleinement méritée. Darlène, réalisé par le Baron Bandit et son complice Alex Martel, a beau citer le glam rock d’il y a quarante ans, l’énergie et le propos, fermement féministe, ne peuvent être plus contemporains, nécessaire antidote au puritanisme rampant. « Un disque qui vient avec un livre, personne ne pensait que ça allait marcher », nous disait-il lors d’une récente entrevue…


 

 

3. «Les choses extérieures», Salomé Leclerc

Elle n’avait jamais chanté comme ça. La voix est si résolument à l’avant-plan du mixage de ce troisième album que c’en est saisissant. Tout est revendiqué, assumé par Salomé d’un bout à l’autre, et la voix le claironne. Elle a réalisé l’album toute seule. Ce sont ses arrangements. Elle y joue, sauf exception, tous les instruments. Sacré défi, relevé avec un aplomb qui s’entend, se manifeste, s’affiche. C’est l’album de toutes les libertés, de toutes les responsabilités, de toutes les récompenses.


 

 

4. «Radyo Siwèl», Mélissa Laveaux

Le son de Mélissa Laveaux n’aura jamais semblé aussi moderne qu’en adaptant des chansons du répertoire folklorique créole. Sur son meilleur album en carrière, l’auteure, compositrice et interprète donne un souffle, un groove nouveau à ces chants de résistance et d’exil réarrangés à sa manière. Délestée des références blues et jazz de ses deux premiers albums, Laveaux laisse sa voix coquine s’échapper dans des ambiances frôlant le rock, le funk, le merengue et les rythmes carnavalesques. Fameux.


 

 

5. «Working Class Woman», Marie Davidson

Peu d’artistes québécois ont reçu une telle attention internationale cette année que Marie Davidson, une acharnée de l’underground qui, six mois après la sortie de l’excellent disque New Path du duo Essaie Pas qu’elle forme avec son mari, frappe son plus grand coup avec une réflexion sur la place de la femme dans le milieu du travail et les maux de la surproductivité. Rigide et ingénieux, le techno de la compositrice s’invite sur les planchers de danse avec un message à portée sociale, un exploit en soi.


 

 

6. «Deception Bay», Milk & Bone

Sur ce deuxième disque de Milk & Bone, le duo Laurence Lafond-Beaulne et Camille Poliquin a fait monter de quelques crans son art. Sur ces morceaux électro-pop, les Montréalaises alternent entre des moments de grande lumière et d’autres plus amers. Parfois, on retrouve même les deux à la fois, comme quoi les histoires d’amour se vivent la plupart du temps à travers des sentiments mélangés. Le groupe mise aussi moins sur les exploits vocaux, et plus sur la richesse des textures. Pari réussi.


 

 

7. «Soufflette», Obia le Chef

Au fil d’arrivée de cette année faste pour le rap québécois favorisant l’émergence d’une nouvelle génération de MC et de compositeurs, c’est le premier album officiel d’un vétéran qui s’impose. Bien que considéré comme l’une des plumes les plus articulées de la scène, Obia le Chef a plutôt opté pour la concision sur Soufflette, débitant d’un ton autoritaire ses images drôlement bien tournées. En ouverture, le trap Queuleuleu et la lugubre Scuse donnent le ton à un disque saisissant jusqu’à la fin.


 

 

8. «Ce que je te donne ne disparaît pas», Stéphanie Boulay

L’album porte le titre d’une des chansons et résume le geste solo de Stéphanie Boulay. À la fois main tendue et poing levé. Plus d’empathie, plus d’affirmation de soi, conscience accrue. Si l’on retrouve la candeur émotionnelle des débuts, c’est pour mieux avancer. Il y a, entre Sac d’école — chanson du premier album des Soeurs Boulay — et Ta fille, les blessures pas toutes guéries en chemin et la fille fière de son parcours. Constat : marcher seul donne souffle et courage pour la suite, à deux.


 

 

9. «Le grand nulle part», Monsieur Mono

Ce n’est pas le premier album de chansons tristes à propos d’une rupture particulièrement déchirante, fût-elle assortie d’une trahison. Mais on a l’impression que c’est la seule et unique fois que ça fait mal comme ça doit faire mal. Cet album hacherait menu s’il n’était en même temps si extraordinairement beau, d’une si rigoureuse justesse de ton. L’émotion n’est jamais tartinée pour tartiner. Rien en trop. Quatuor à cordes, piano, presque rien d’autre. L’essentiel, le nécessaire, le salutaire.


 

 

10. «Premier juin», Lydia Képinski

Il y a une belle impétuosité, quasiment une urgence dans ce premier disque complet de la jeune auteure-compositrice-interprète Lydia Képinski. Si le titre est sa date de fête, ce premier disque est aussi une belle arrivée au monde musical. Ses mots portent des empreintes de mort, d’amour douloureux ou corrosif, de folie, mais il y a en plus chez Képinski beaucoup de vie, de fougue, de mordant. Son chant est audacieux et transperce les consensus sur fond de rock nerveux aux touches électroniques.


 

 

11. «Le sens des paroles», Alaclair Ensemble

Ne cherchez pas l’équivalent du hit explosif Ça que c’tait sur ce dernier disque de la famille Alaclair Ensemble. Oh, des crochets, des lignes velcro, il y en a plusieurs disséminées sur cette heure de bon rap. Mais le groupe a clairement mis son énergie à créer un ensemble touffu, éclaté, mais non moins pertinent, où les sons arrivent de partout. Il y a des moments soul, d’autres vieille école ou pas mal actuels, du très rythmé et du plus lent. Un disque « quand même clean », pour les citer.


 

 

12. «Quiet River of Dust, Vol. 1», Richard Reed Parry

Le plus polyvalent des membres d’Arcade Fire ravit avec cette allégorie sur la mémoire et le temps qui passe enracinée dans le répertoire folk si cher à sa famille. Entre musique ambient, néoclassique et folk progressif — une fusion qui culmine sur les dix splendides minutes de I Was in the World (Was the World in Me) —, la voix contemplative de Richard Reed Parry se balade en nous prenant la main à travers ses brillantes et riches orchestrations. Vivement la parution du second volume au printemps.


 

 

13. «Dans ma main», Jean-Michel Blais

Le pianiste Jean-Michel Blais profite peut-être d’une vague où le « néoclassique » gagne en popularité, mais le travail effectué sur Dans ma main se révèle épatant. Éloigné de ses influences à la Satie et à la Gonzales, Blais réussit ici à insuffler une réelle humanité dans sa musique instrumentale. Les craquements de la pièce et les bruits de l’instrument même côtoient quelques échantillons de voix — dont Basquiat sur la colère — et des lignes électros, réminiscence d’une collaboration avec le groupe CFCF.


 

 

14. «Dans le noir», Safia Nolin

Mais non, pas lourd. Dense, oui. Dur, intense, noir, bien sûr. Cat Power, c’est pas lourd. Les 2Frères, ça, c’est lourd. Quand Safia Nolin chante « Tant que la mort n’est pas loin / Je pourrai passer » (dans Les chemins), ou « Je grandis et je meurs » (dans Le néant, pièce finale vraiment finale), elle se donne les moyens de cohabiter avec son mal de vivre sans mourir ni rien alourdir. Pickings tendres, douces mélodies, elle souffre, vit… et resplendit. C’est comme ça, peu à peu, que l’on guérit.


 

 

15. «Hélas Vegas», David Marin

Quelle traversée ! Un Sahara de larmes à absorber, le deuil d’une vie de famille à éponger, en chemin vers la reconstruction. Un périple curieusement exaltant et libérateur, où le piano électrique roule comme un Jeep, où le verbe moteur passe à travers tout. Il y a des moments qui confinent à l’insoutenable, mais ça ne s’enlise jamais. Ça franchit « des kilomètres de fausses routes », comme dit David Marin à la cinquième des onze étapes. L’arrivée à destination n’est que plus gratifiante.



 

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