Palmarès 2018: l’an jazz en 5 temps

Ambrose Akinmusire lors d’un passage à Montréal
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Ambrose Akinmusire lors d’un passage à Montréal

 

L’album chanté : «The Window»

Un constat raffermi en 2018 ? Il y a Cécile McLorin Salvant, et il y a les autres. C’est tout. La chanteuse franco-américano-haïtienne est magistralement au-dessus. Cette évidence, le dépouillement de The Window la révèle avec éclat. Dans cette proposition piano-voix déclinée avec Sullivan Fortner, McLorin Salvant donne du sens à chaque mot, des émotions à chaque ligne, de la grandeur à chaque chanson. En une pièce : Somewhere.


 

 

Le doublé piano : «After Bach et Seymour Reads The Constitution !»

Qui d’autre que Brad Mehldau pour offrir coup sur coup à quelques semaines d’écart deux albums aussi riches et contrastés ? L’un en piano solo, avec Bach en point d’appui. L’autre en trio, en naviguant entre influences pop (McCartney, Wilson) et fondamentaux du jazz. Entre les deux, il y a ce fil que déploie toujours Mehldau — une virtuosité exceptionnelle qui nourrit à la fois la tête, le coeur et le corps. En une pièce : Spiral.


 

 

L’album effervescent : «Still Dreaming»

Créé pour célébrer la musique de la formation Old And New Dreams, que dirigeait Dewey Redman dans les années 1970, le quartet Still Dreaming appuie sa démarche sur les mêmes piliers : une approche free adoucie par une solide dose de lyrisme, de simplicité, de pureté et de profondeur. Il y a dans chaque recoin une célébration d’une valeur chère au jazz : la liberté, dans toutes ses déclinaisons. Jazz moderne, vibrant, fulgurant et réfléchi. En une pièce : New Year.


 

 

L’album québécois : «Portraits : Songs of Joni Mitchell»

Dans l’oeuvre de l’immense artiste Joni Mitchell, le jazz est une sorte de diagonale. Présence parfois évidente, parfois subtile, quelques couleurs sur les tableaux riches de ce qui est le plus important catalogue canadien après celui de Leonard Cohen. Le projet de Karen Young (voix) et de Marianne Trudel (piano et arrangements) n’aurait su mieux magnifier et mettre en valeur cette composante. La poésie, les harmonies : que du beau. En une pièce : Both Sides Now.


 

 

L’album du futur: «Origami Harvest»

Même en considérant que le jazz est le creuset des rencontres et hybridations les plus diverses, le projet du trompettiste américain Ambrose Akinmusire ne manquait pas d’audace : faire se rencontrer le jazz contemporain, la musique de chambre classique et le hip-hop. Un trio jazz, un quatuor à cordes et un rappeur pour une mise en lumière de la question raciale aux États-Unis. Musicalement percutant, politiquement brillant et longtemps fascinant. En une pièce : A Blooming Bloodfruit in a Hoodie.