Ma Première PdA: finale «interprète» - D'autres chansons, pour changer

Des quatres interprètes en lice, le jury de l'industrie a choisi Joëlle Miller. Ce qui est bien. Les trois autres l'auraient emporté que c'aurait été bien aussi. C'était, pour dire les choses crûment, sans grande importance, sinon pour la lauréate. C'est en vérité le répertoire, plutôt que les interprètes ou leurs interprétations, que l'on aura le plus avantageusement remarqué hier, à la finale «interprète» du concours de chanson Ma Première Place des Arts, dixième du nom.

On applaudira en cela surtout François Guy, le successeur des Daniel Guérard et Robert Maltais à la barre du «beau bateau» (dixit l'animatrice Louise Forestier) qu'est le concours-amiral de la SACEF (Société pour l'avancement de la chanson d'expression française): c'est lui qui a très fortement suggéré à ses jeunes chanteurs et chanteuses de chercher leur nourriture ailleurs que dans les tartines. Hier à la Cinquième salle, il n'y avait donc pas Ton visage défiguré pour la cent millième fois, pas plus du Brel bêlé jusqu'à Amsterdam et aller-retour.

Ça faisait aussi bigrement changement des resucées de Jacques Michel si chères à l'autre concours: Joëlle Miller a chanté du Yann Perreau (La Planète est une île), Karina Murray du Zazie (Si j'étais moi), Amélie Touzel du Marc Déry (Trois minutes, merveille de délicatesse), et Francis Gallant du Gérald De Palmas (Et si on dormait). Autant d'auteurs et de compositeurs contemporains, issus de France comme du Québec, preuve que l'on crée encore là-bas comme ici des chansons bonnes à prendre et à reprendre. Encore faut-il faire l'effort de chercher: bravo à Karina Murray d'avoir trouvé l'extraordinaire Café Robinson sur un album de Marie-jo Thério. Encore faut-il risquer: Amélie Touzel ne se la donnait pas facile en choisissant La Pop Music de Jean-Jacques Daran, et elle s'y est un peu cassé les dents, mais en toute individualité. Bravo doublement.

Là-dessus, permettez un bémol. Si Joëlle Miller a remporté la palme et la ribambelle de prix s'y rattachant, c'est parce qu'elle était de sa fournée la plus forte en acrobaties vocales: le sparage, ici comme à la télé, aura été déterminant. Dommage. Notez par ailleurs que le prix de la «chanson à chanter» (l'exercice obligé des interprètes, soumis cette année par Claude Dubois) est revenu à Marc-André Fortin.