Concerts classiques - Pas vraiment!

On peut se demander si Yannick Nézet-Séguin sait bien ce qu'il dit lors de ses préambules qui ouvrent les concerts. Cette fois, il nous a tout bonnement affirmé que le style de Brahms et celui de Strauss partagent d'intimes et profondes parentés. J'attends que quelqu'un me convainque. Néanmoins la musique commence.

Où ce qui en tient lieu, malheureusement. Des Quatre derniers lieder, de Strauss, on a entendu une version ralentie à l'extrême. Si ce n'était que question de tempo, cela pourrait aller, car Agathe Martel a tout un souffle, mais surtout, il y allait de l'intention. Chaque mot est ciselé, chaque accord presque isolé. Le sens de la ligne et du vers se perdent dans la théâtralisation du mot (et Strauss avait un goût littéraire très sûr). Alors, tout sonne pareil, donc mortel.

Quant au Requiem allemand, de Brahms, aucun des participants n'est au niveau de ce que chef-d'oeuvre absolu exige. On a entendu une sorte de lecture prudente, où le choeur faussait, où l'orchestre approximait bien des choses. Certes, la composition demeure belle, mais il y a une construction à interpréter là-dedans, un sens autre que celui de l'extérieur faux-semblant de profondeur émotive que les maniérismes du chef à la fin des mouvements amplifient à la limite de l'outrance.

Il y a aussi une tradition dans cette musique. Les moments brillants (comme le sommet de l'oeuvre: «Mort, où est ta victoire?») arrivent comme des cheveux sur la soupe tant rien ne nous y préparent. On reste pantois, sidéré par l'effet, sans en comprendre le pourquoi. L'efficacité gratifiante de l'instant où l'on se vautre presque n'amène pas forcément vers les hauteurs de la spiritualité intérieure universelle à laquelle on nous avait convié.

Ce Requiem est difficile; il faut bien le casser une première fois. C'est chose faite. Maintenant, il faut mûrir, raffiner, polir, tant la technique chorale (Dieu que cela détonnait et était imprécis) qu'instrumentale (l'OMGM s'est en effet déjà montré beaucoup plus subtil). Surtout, il faut que Nézet-Séguin se concentre plus sur la musique que sur son spectacle. Un bel enrobage procure certains avantages, mais il ne sait jamais se porter garant de la qualité du coeur qu'il protège.