L’opéra sur mesure

La chorégraphe et metteure en scène Marie-Nathalie Lacoursière
Photo: Université de Montréal La chorégraphe et metteure en scène Marie-Nathalie Lacoursière

Des choses très intéressantes sont en train de se passer dans le milieu lyrique à Montréal : un effort notable et courageux de l’Opéra de Montréal pour inclure le répertoire contemporain ; le lancement sobre mais significatif de la compagnie Ballet-Opéra-Pantomime, dont le plus récent spectacle, Nero and the Fall of Lehmann Brothers, était une vraie réussite ; la décapante soirée Da Ponte de l’Orchestre de l’Agora ; les opéras graphiques de l’ECM + et, désormais, les réflexions de Marie-Nathalie Lacoursière sur l’actualisation de l’opéra baroque.

La chorégraphe et metteure en scène nous avait surpris avec une lumineuse relecture d’Apollon et Daphné de Haendel à l’heure de #MeToo au festival Montréal Baroque. La revoilà à l’oeuvre dans The Fairy Queen de Purcell à l’Université de Montréal, une représentation de l’Atelier d’opéra et de l’Atelier de musique baroque. Il ne faudrait pas trop y voir l’oeuvre de ce qu’on appelle en Europe le Regietheater, c’est-à-dire une transposition théâtrale contemporaine avec une vision philosophique ou morale forte.

Habillage pour vieille recette

L’idée de plonger dans une gare l’action de Fairy Queen habille ici, au fond, une bien vieille tradition : celle d’extraire des scènes ou numéros de ce semi-opéra abracadabrantesque et quasiment impossible à monter, qui, librement adapté du Songe d’une nuit d’été, mêle théâtre, danse et opéra.

Le côté hardi de Marie-Nathalie Lacoursière est de réarranger l’ordre de ces extraits pour nourrir un nouveau scénario. The Fairy Queen débute en effet sur un air de fuite, « Come let us leave the Town » de Lysandre et Hermia qui s’aiment, mais doivent s’échapper pour pouvoir aller se marier ailleurs. Dans cette nouvelle histoire, ils prennent le train, mais à la suite d’une perturbation du trafic, c’est une faune disparate qui se retrouve à la gare.

The Fairy Queen devient ainsi un opéra collectif, dans une atmosphère qui évoque un peu l’Opéra contemporain Flight de Jonathan Dove. De la salle d’attente qui se remplit, émergent divers personnages (dont le fameux buveur et le couple de l’irrésistible scène de Coridon et Mopsa). Lacoursière se paie même des clins d’oeil subtils avec le livret. Ainsi, quand le tableau de fond de scène affiche que les trains sont tous annulés, elle enchaîne sur « Ye Gentle Spirits of the Air » (« Accourez, grands esprits de l’air »), comme si tout le monde allait se retrouver à l’aéroport !

Évidemment, il y a quelques inévitables courts-circuits. Quand tout le monde acclame Oberon, pour son anniversaire, on se demande qui est Oberon et les allusions au « père de ce monde » sont un peu opaques. Mais en la circonstance, il fallait trouver un écrin pour de jeunes chanteurs et cet écrin est très astucieux.

Voilà donc un spectacle estudiantin qui affiche clairement ses couleurs et remplit tout à fait son rôle : pas de fausses prétentions et le tout conjugué pour un plaisir maximal du public. La formule permet une large revue d’effectifs et, donc, de nombreuses découvertes. Dominic Veilleux et Emmanuel Hasler ont emporté le morceau dans leur duo de Coridon et Mopsa. Leurs solos d’Automne et Hiver étaient satisfaisants. Très belle prestation d’Agnès Ménard dans la Plainte et une belle émotion chez Elise Guignard. Comme à McGill dans Albert Herring récemment, nous avons entendu samedi davantage de promesses chez les jeunes femmes (Maud Lewden, Aurore Le Hannier et même Juliette Tacchino, malgré une voix encore très verte) que chez les hommes.

Par contre, il y a énormément de travail pour Luc Beauséjour avec les instrumentistes. Du coup, on n’a pas trop regretté les coupures de nombreuses belles danses orchestrales.

The Fairy Queen

Semi-opéra de Henry Purcell (larges extraits). Atelier d’opéra de l’Université de Montréal (direction : Robin Wheeler). Atelier de musique baroque de l’Université de Montréal. Direction : Luc Beauséjour. Mise en scène : Marie-Nathalie Lacoursière. Salle Claude-Champagne, vendredi 30 novembre. Reprise samedi soir.