Marion, Jenina MacGillivray

Ce qui marque, d’abord, c’est la voix : grave, sensuelle, parfois réduite à un trémolo très subtil. Une autre époque habite cette voix, celle où Jenina MacGillivray aurait peut-être voulu vivre pour n’avoir pas toute cette vitesse au corps. Marion, premier album de la musicienne de l’Île-du-Prince-Édouard désormais installée à Terre-Neuve, tire son nom de sa mère, disparue trop tôt il y a deux ans. Si la mort et la mélancolie dominent les narrations serrées de Jenina, des histoires où passent des amants, des amitiés, des îles et des bateaux à vapeur, jamais il n’y a apitoiement. C’est au contraire une certaine espérance qui semble tirer l’ensemble, long fil à suivre lentement jusqu’au bord de la mer. Jenina MacGillivray donne à son country-folk sobre et velouté (Carvoeiro), surtout acoustique, des effets choraux (Holy Winter, Roots) et même des airs de western spaghetti (Some Day We’ll All Be Dead) avec une main désinvolte, mais sûre. Nous voilà doucement sommés de réapprendre à ressentir le monde. Qui a dit que la vie ne pouvait pas aussi être un chant apaisant ?


Marion

★★★ 1/2
Folk

Jenina MacGillivray, Indépendant