Le reggae au patrimoine culturel de l’Humanité

Bob Marley, icône de la musique reggae, en 1976
Photo: Agence France-Presse Bob Marley, icône de la musique reggae, en 1976

Le reggae, musique popularisée dans le monde entier par son icône Bob Marley, a été inscrit jeudi sur la liste du patrimoine culturel immatériel par l’UNESCO qui a souligné son message « d’amour et d’humanité ».

« C’est un jour historique. Nous sommes très, très heureux, je suis émue », a réagi pour l’AFP la ministre de la Culture jamaïcaine, Olivia Grange, présente à Port-Louis, capitale de l’Île Maurice où se réunit un comité spécialisé de l’UNESCO.

L'organisme de l’ONU a souligné « la contribution » de cette musique jamaïcaine à la prise de conscience internationale « sur les questions d’injustice, de résistance, d’amour et d’humanité », et sa dimension à la fois cérébrale, sociopolitique, sensuelle et spirituelle.

« Si, à ses débuts, le reggae était la voix des communautés marginalisées, il est désormais joué et adopté par une importante partie de la population, tous groupes ethniques et religieux confondus », a ajouté l’UNESCO.

La décision de l’UNESCO « aide à placer la Jamaïque sur une carte. Où que vous alliez, quand vous dites que vous êtes de Jamaïque, on vous dit + Bob Marley + », s’est encore réjouie la ministre : « nous allons fêter » la décision, a-t-elle dit.

Le reggae rejoint ainsi une liste de quelque 400 traditions culturelles (chants, danses, spécialités gastronomiques ou célébrations) allant de la pizza napolitaine au zaouli, musique et danse des communautés gouro de Côte d'Ivoire.

Le comité spécial de l’UNESCO, qui se réunit jusqu’à samedi pour examiner 40 demandes d’inscription, a également intégré jeudi le chidaoba, une lutte traditionnelle géorgienne pratiquée depuis des siècles, et avait inclus la veille les savoir-faire liés au parfum de Grasse en France.

Le reggae, dont la candidature était portée par la Jamaïque, a émergé à la fin des années 1960. Style musical issu du ska et du rocksteady, il a aussi intégré des influences du jazz et du blues.

La musique est vite devenue populaire aux États-Unis et au Royaume-Uni, importée par les nombreux immigrés jamaïcains après la Seconde Guerre mondiale. Elle s’est souvent revendiquée comme la musique des opprimés, abordant des questions sociales et politiques, la prison et les inégalités.

« Le reggae est un distillat des différents genres jamaïcains, remontant jusqu’au temps de l’esclavage », estime le musicologue jamaïcain Garth White, dans une vidéo mise en ligne par l’UNESCO.

Le reggae est indissociable du rastafarisme, mouvement spirituel qui sacralise l’empereur éthiopien Haïlé Sélassié et promeut l’usage de la ganja, ou marijuana.

En 1968 la chanson Do the Reggay de Toots and the Maytals a été la première a utiliser le nom de reggae, qui a connu un grand succès mondial grâce à des classiques de Bob Marley (1945-1981) et son groupe the Wailers comme No Woman, No Cry et Stir It Up.

C’est une « excellente nouvelle » parce que le reggae « n’a jamais eu la reconnaissance qu’il mérite et a toujours été un peu à la marge », a déclaré à l’AFP Jerôme Levasseur, directeur du Bagnols Reggae Festival, un festival de reggae qui se tient à Bagnols-sur-Cèze, dans le sud de la France.

À la différence de celle du patrimoine mondial, cette liste n’est pas établie selon des critères « d’excellence ou d’exclusivité », selon l’UNESCO. Elle ne cherche pas à réunir le patrimoine « le plus beau », mais à représenter la diversité du patrimoine culturel immatériel, à mettre en lumière des savoir-faire portés par des communautés.

21 nouveaux éléments inscrits sur la liste du patrimoine immatériel

En plus du reggae de Jamaïque, la liste comprend 20 nouveaux éléments:
Japon - Les Raiho-shin

Visites rituelles de divinités masquées et costumées ayant pour origine la croyance populaire selon laquelle des divinités du monde extérieur – les Raiho-shin – inaugurent la nouvelle année ou la nouvelle saison. 

Jordanie - L'As-Samer

L'As-Samer, composé essentiellement de danses et de chants, est interprété le plus souvent lors des mariages. Les invités se mettent en ligne et tapent des mains en chantant tandis qu'Al-Hashi (une femme voilée) danse devant eux.

Kazakhstan - Les rites des éleveurs de chevaux

Ils sont constitués de trois éléments principaux : la première traite, le rite consistant à faire rentrer des étalons au sein de troupeaux et le premier partage de koumis, une boisson à base de lait fermenté de jument.

Zambie - La danse mooba

La mooba est la principale danse du groupe ethnique lenje de la province centrale de Zambie. Il arrive parfois que lorsque la danse atteint son paroxysme, certains des principaux danseurs soient possédés par des esprits ancestraux.

Thaïlande - Le khon

Le khon, théâtre masqué et dansé, est un art du spectacle associant danse grâcieuse, chants et costumes étincelants décrivant la gloire du héros Rama, incarnation du dieu Vishnou.

Tunisie - La poterie de Sejnane

Les poterie des femmes de Sejnane, en terre cuite, sont décorées de motifs géométriques bicolores rappelant les tatouages traditionnels et les tissages berbères. 

Tadjikistan - Le chakan

Broderie d'ornements, fleurs et motifs symboliques avec des fils de couleurs vives sur des étoffes en coton ou en soie. 

Suisse et Autriche - Le danger d'avalanches

La gestion du danger d'avalanches a façonné l'identité des populations alpines qui ont développé au fil des siècles des savoirs empiriques locaux ainsi que des pratiques culturelles.

Sri Lanka - Le rukada natya

Forme théâtrale exécutée à l'aide de marionnettes à fils qui divertit de façon légère les communautés villageoises tout en dispensant des leçons de morale. 

Malawi - Le mwinoghe, danse joyeuse

Le mwinoghe (littéralement « amusons-nous ») est une danse instrumentale du nord du Malawi exécutée pour exprimer la joie et le bonheur. 

Espagne - Les tamboradas

Rituels sonores et collectifs basés sur le battement simultané, intense et continu de milliers de tambours, jouant pendant des jours et des nuits. 

Slovénie - La dentellerie aux fuseaux

Ce tissage obéit à un processus particulier : un dessin sur un carton est attaché à un coussin cylindrique dans un panier en osier ou sur un cylindre de bois. 

Serbie - Le chant accompagné au gusle

Le chant au gusle, un instrument monocorde, est un art d'interprétation des épopées historiques. 

Pologne - La tradition de la crèche à Cracovie

Maquette légère représentant une crèche entourée de représentations de maisons et de monuments de Cracovie. 

Panama - Rites et fêtes congo

Les expressions festives et rituelles de la culture congo incarnent la vision contemporaine d'une célébration collective de descendants d'esclaves.

Oman - L'Alardhah du cheval et du chameau:

Les populations se réunissent sur l'hippodrome pour admirer des spectacles de cavaliers et de chameliers qui reflètent la dextérité des Omanais.

Mexique - La romería

La fête annuelle de la romería, célébrée le 12 octobre en l'honneur de l'image de la Vierge de Zapopan, remonte à 1734. Plus de deux millions de personnes y prennent part.

Malaisie - Le Dondang Sayang

Art traditionnel malais alliant des éléments musicaux (violons, gongs et tambourins ou tambour), des chants et de mélodieux accords poétiques. 

Géorgie - La lutte chidaoba

Associant des éléments de lutte, de musique, de danse et un vêtement particulier, le chidaoba (lutte) est une forme ancestrale d'art martial.

Irlande - Le hurling

Le hurling est un jeu pratiqué par deux équipes qui utilisent une crosse en bois (le hurley) pour frapper une petite balle (le sliotar).

 

Agence France-Presse