Le portrait complet de Salomé Leclerc

Parfois une lourde rythmique, parfois des cordes en apesanteur. On constate d’entrée de jeu: Salomé Leclerc a vraiment trouvé l’équilibre entre le minimal et le très dense.
Photo: Jean-François LeBlanc/CCF Parfois une lourde rythmique, parfois des cordes en apesanteur. On constate d’entrée de jeu: Salomé Leclerc a vraiment trouvé l’équilibre entre le minimal et le très dense.

Dans le noir, une voix. « Je suis venue parler un peu de moi », chante Salomé Leclerc, sans amplification, délicat picking de guitare acoustique pour seul accompagnement. Petit extrait débranché de Ton équilibre, peut-être bien la plus belle chanson du nouvel album qu’elle présente vendredi soir dans le cadre de Coup de coeur francophone. Le Ministère est bondé, pas un centimètre carré sans quelqu’un dessus. Silence total, néanmoins. Et puis ça s’électrifie, les musiciens viennent entourer la musicienne. C’est parti. Arlon, chanson de l’avant-dernier album, a remarquablement gagné en intensité. En modulations, aussi. Parfois une lourde rythmique, parfois des cordes en apesanteur. On constate d’entrée de jeu : Salomé a vraiment trouvé l’équilibre entre le minimal et le très dense.

C’est vrai pour les chansons du nouvel album (Les choses extérieures, à peine huit jours dans le corps) autant que pour celles des deux précédents. Le crescendo de la version d’Entre ici et chez toi, premier titre en baptême du feu, ne laisse rien au hasard : ce spectacle sera décisif ou ne sera pas. Salomé le sait, s’avouant « très stressée, mais très contente » : encore là, c’est le bon équilibre, les sentiments bien partagés.

On a autant la Salomé singulière guitariste (dans La fin des saisons) que la Salomé chanteuse affirmée (dans Tourne encore) et la Salomé de proximité (dans Vers le sud). Le portrait complet. Elle a tout fait sur l’album, ou presque (écriture, composition, instrumentation, arrangements, réalisation), et la transposition à la scène et à plusieurs musiciens ne vient surtout rien enlever à la sensation d’être avec elle et rien qu’elle. Les José Major, Philippe Brault, Mélanie Bélair, Ligia Paquin, Audrey-Michèle Simard partagent cette qualité essentielle de pouvoir agrandir à volonté l’espace sans occuper le centre. Jamais ils n’oublient de faire corps avec Salomé. « Vous êtes proches, mais vous êtes beaux », dit-elle aux spectateurs : elle pourrait s’adresser pareillement à ses complices.

Yeux fermés, oreilles grandes ouvertes

Et revoilà Ton équilibre, la version de l’album en plus accentuée : magnifique refrain. C’est le nouvel hymne national du répertoire de Salomé Leclerc : a-t-elle autant parlé d’elle-même, sans se cacher derrière les mots, que dans cette chanson ? On n’a même pas besoin de la voir, tant la chanson parle : le fait est qu’avec toutes ces têtes, on l’aperçoit à peine. Spectacle pour les oreilles et le coeur d’abord. Ça se vérifie tout particulièrement dans Garde-moi collée : mellotron, batterie, harmonies, ça remplit Le Ministère et ça donne envie de fermer les yeux pour tout absorber. Et si le spectacle avait lieu dans nos têtes ?

Il faut l’urgence de Nos révolutions pour nous ramener sur Terre : oui, on est là, elle est là, son univers aussi. On a beau voir le dessus de sa belle tête, c’est rempli d’images et de sons. Le spectacle ira ainsi s’amplifiant, jusqu’à devenir immense. Salomé Leclerc n’a pas plus peur du vide que du plein.