Les plaintes d'inconduite sexuelle contre Charles Dutoit restent crédibles, dit l’OSM

Les allégations contre Charles Dutoit n’ont pu être documentées.
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir Les allégations contre Charles Dutoit n’ont pu être documentées.

Les deux plaintes pour harcèlement sexuel reçues par l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) au sujet de Charles Dutoit étaient et demeurent « très crédibles », a soutenu vendredi la chef de la direction de l’institution.

« On ne peut pas juger des raisons pour lesquelles les plaignantes n’ont pas voulu aller au bout du processus » d’enquête, a indiqué Madeleine Careau dans un rare entretien au Devoir. « Mais ce n’est certainement pas dire que c’était non crédible. Nous avons déclenché une enquête 24 heures après la première plainte, c’est la preuve qu’on l’a trouvée très crédible. »

Dans un communiqué diffusé mardi, la direction de l’OSM révélait que l’enquête lancée le 23 décembre 2017 « n’a pas permis de consigner d’informations suffisantes en rapport avec des allégations de harcèlement sexuel ». « Les deux plaignantes n’ont pas souhaité donner suite à leurs plaintes, ne jugeant pas opportun de fournir de déclarations formelles relatives à leurs allégations », mentionnait-on.

Est-ce à dire que cette enquête menée de manière indépendante a blanchi Charles Dutoit ? Ou que les plaintes étaient mal fondées, voire frivoles ? « Pas du tout », répond vigoureusement Madeleine Careau.

Celle-ci explique que le processus d’enquête impliquait que les plaignantes déposent une « plainte écrite documentée, signée, de telle sorte que nous pouvions la transmettre au mis en cause [Charles Dutoit], qui aurait pu faire valoir son point de vue et ses informations à lui. Sans plainte écrite et signée formellement, le processus s’arrête là. On ne peut pas continuer un processus sans transmettre au mis en cause une plainte formelle l’avisant de quoi il est visé… »

Les propos de Mme Careau rejoignent ceux tenus vendredi par un autre orchestre longtemps associé à M. Dutoit.

Au terme d’une enquête interne commandée dans la foulée des multiples allégations à l’encontre de M. Dutoit, la direction de l’Orchestre de Philadelphie (PO) a « conclu que les allégations étaient crédibles », selon ce qu’a indiqué la porte-parole Ashley Berke au quotidien The Philadelphia Inquirer.

Jointe par Le Devoir, Mme Berke n’a pas voulu faire plus de commentaires. On ignore donc l’ampleur de l’enquête menée par le PO, quelles plaintes ont été analysées et pourquoi on en est arrivé à cette conclusion. Difficile, dans les circonstances, de comparer la finalité des enquêtes de Montréal et de Philadelphie.

Madeleine Careau souligne toutefois que ce sont « deux contextes ». « Philadelphie a des liens contractuels avec M. Dutoit, ce n’est pas notre contexte : nous n’avons plus aucun lien et n’en prévoyons pas. »

Charles Dutoit a dirigé le prestigieux orchestre américain à plus de 650 reprises à partir des années 1980. Le PO l’avait nommé « chef émérite », un titre honorifique qui lui a été retiré le 22 décembre 2017, au lendemain des premières allégations touchant M. Dutoit. Plusieurs orchestres avaient annoncé le même jour qu’ils rompaient leurs liens avec le chef d’orchestre.
 

 Charles Dutoit a répondu au Devoir en fin de journée vendredi par l’entremise de son épouse, la violoniste Chantal Juillet. « Selon nos sources parmi les musiciens [du PO], aucun n’était au courant de cette investigation. Nous non plus d’ailleurs. Puisque le porte-parole de l’orchestre « refuse » de donner des précisions sur cette investigation et que nous n’avons jamais été contactés à ce sujet, nous ne pouvons commenter. » M. Dutoit a toujours nié les allégations à son endroit.

 

Directeur musical à l’OSM de 1977 à 2002, le chef d’orchestre est visé depuis près d’un an par plusieurs allégations de harcèlement et d’agression sexuels qui auraient été commis principalement aux États-Unis. En février, Le Devoir et La Presse avaient aussi recueilli les témoignages d’une quinzaine de musiciens qui avaient dénoncé le harcèlement psychologique subi durant les années Dutoit à Montréal.

Le président du CA de l’OSM, Lucien Bouchard, avait alors réagi en disant que la direction de l’orchestre était « très compatissante et touchée par l’expression des souffrances qui ont fait l’objet des témoignages de musiciens ».

Le rapport de l’enquêteuse dévoilé mardi suggère de « resserrer et élargir les dispositions de la politique [de l’OSM] en matière de harcèlement au travail », ce que la direction a accepté. La Guilde des musiciens, qui représente les musiciens de l’Orchestre, a salué cette décision de l’OSM.