Britten en vase clos

La chance de voir un Philippe Sly, un Gordon Bintner, une Tracy Cantin ou une Gina Hanzlik était rehaussée par le fait que sur les treize membres de la distribution, huit sont en maîtrise. Ici, Jaclyn Grossman (à droite) en Lady Billows.
Photo: Sebastien Duckett La chance de voir un Philippe Sly, un Gordon Bintner, une Tracy Cantin ou une Gina Hanzlik était rehaussée par le fait que sur les treize membres de la distribution, huit sont en maîtrise. Ici, Jaclyn Grossman (à droite) en Lady Billows.

Si vous avez passé votre thèse de doctorat sur Benjamin Britten ou que vous connaissez le livret d’Albert Herring par coeur, vous êtes le bienvenu à Opera McGill cette fin de semaine. Si ce n’est pas le cas, vous risquez d’être, comme nous, fort incommodés par l’absence de surtitres, tant anglais que français. Suivre le livret sur un téléphone portable, comme nous l’avons testé, n’est pas une solution valide, car la quantité de texte chanté fait manquer une part des épices de l’action scénique.

De rares spectateurs, initiés ou collègues étudiants des chanteurs, prenaient un bruyant et gloussant plaisir à un spectacle qu’une large majorité observait d’un silence détaché. À la pause, nous avions vu ce que nous voulions voir : la soirée ne nous était pas destinée, les décors, costumes et maquillages étaient très soignés, le chef connaissait sérieusement son affaire et le mot du metteur en scène atteste d’un amour de l’oeuvre et d’une conviction qu’il aurait dû mettre au service de sa diffusion et démocratisation.

Revue d’effectifs

En ce qui concerne les chanteurs, nous sommes évidemment, à partir du seul acte I auquel nous avons assisté, en mesure de statuer sur leur potentiel. Nous n’oublions pas que c’est dans Le viol de Lucrèce (1946), l’opéra de chambre précédant d’un an Albert Herring (1947), que nous avions vu apparaître Philippe Sly dans un rôle subalterne.

La chance de voir un Philippe Sly, un Gordon Bintner, une Tracy Cantin ou une Gina Hanzlik était rehaussée par le fait que sur les treize membres de la distribution, huit sont en maîtrise, ce spectacle comptant dans leur évaluation. On note à nouveau la solidité musicale et vocale de la soprano Lindsay Gable (Florence Pike). Le gabarit vocal de Jaclyn Grossman lui est supérieur, mais la voix bouge déjà pas mal pour une chanteuse aussi jeune. Efficaces aussi, Stephanie Sedlbauer en mère d’Albert Herring ; Stéphanie Boudreault, au surprenant abattage en jeune Emmie, et Charlotte Siegel, une élégante Nancy. J’espère que Vanessa Croome surjouait cette voix un peu pincée en Ms. Wordsworth.

Chez les hommes, je n’ai vraiment rien entendu qui me fasse imaginer des lendemains qui chantent. Même si Sébastien Comtois (Albert Herring) est un bon chanteur, il lui reste beaucoup de progrès à accomplir dans le contrôle de l’émission. Quant aux autres (je ne parle pas d’Olivier Benoit en Harry, qu’on aura l’occasion d’entendre dans un rôle plus important), je laisse leurs professeurs faire les remarques et recommandations adéquates.

Albert Herring

Opéra de chambre de Benjamin Britten. Jaclyn Grossman (Lady Billows), Lindsay Gable (Florence Pike), Vanessa Croome (Ms Wordsworth), Zainen Suzuki (M. Gedge, vicaire), Diego Vadez (M. Upfold, maire), Cesar Naassy (le Superintendant), Sébastien Comtois (Albert Herring), Stéphanie Sedlbauer (Herring mère), Andrew Lieflander (Sid), Charlotte Siegel (Nancy), Elisabeth Boudreault (Emmie), Maddie Studt (Cis), Olivier Benoît (Harry), Orchestre symphonique McGill, Andrew Bisantz. Patrick Hansen (mise en scène), Vincent Lefèvre (décors), Ginette Grenier (costumes), Serge Filiatrault (éclairages), Florence Cornet (maquillages). Salle Pollack, jeudi 8 novembre. Reprises : vendredi (autre distribution) et samedi (mêmes chanteurs).