Musique - Saison endiablée pour une ligue d'impro pas comme les autres

«Improvisation mixte ayant pour titre Sous le soleil d'été... » On attend déjà les répliques acidulées sur la canicule, les ventilateurs et les piscines bondées. Mais ceci n'est pas une impro conventionnelle: la catégorie «soul» est lancée aux participants, d'habiles musiciens qui, à partir de quelques notes inventées, feront oublier la fraîcheur du printemps tout en dilatant la rate des spectateurs. Bienvenue à la Ligue nationale d'improvisation musicale de Montréal.

Le concept a d'abord été lancé à Québec par les Productions Ambiances ambiguës, puis transplanté, avec succès, à Montréal en novembre dernier. La courte saison, qui tire à sa fin, a vu s'affronter 16 musiciens répartis en quatre équipes, les Sombres Héros, les Clowns Bruns, les Flammes Fatales et les Gelées Royales, à raison d'une joute par mois.

Le déroulement suit sensiblement celui d'une joute d'impro théâtrale, avec quelques adaptations propres à la discipline musicale. Ainsi, la patinoire a cédé la place à la scène. Les participants y improvisent une pièce à partir d'un titre évocateur et d'une catégorie. Celle-ci consiste la plupart du temps en un genre musical, allant du jazz au heavy métal en passant par la musique d'ascenseur. Mais elle peut aussi imposer un style précis, «à la manière de» Ozzy Osborne ou de Duke Ellington, par exemple.

L'improvisation mixte implique une création commune des deux équipes, la comparée permet à chacune de composer sa propre pièce. Le tout est rondement mené par un arbitre pince-sans-rire à souhait et deux animateurs qui, pendant les cocus des équipes, y vont de leurs commentaires tantôt absurdes, tantôt instructifs. Toutefois, les thèmes ne sont pas tirés au hasard. Les organisateurs veillent ainsi à ce que les genres se mélangent au cours de la soirée. Évidemment, les participants ne sont pas dans le secret des dieux...

«Ça prend un minimum de compétences, explique Fred Boudreault, capitaine de l'équipe des Gelées Royales. Il faut des musiciens qui n'ont pas peur de se laisser aller et qui se font confiance. Ça prend aussi une grande écoute parce que, par exemple, la guitare peut amener des détails qui vont faire en sorte que tout le monde va focaliser là-dessus.»

Les résultats serrés des joutes de la saison confirment le haut calibre des joueurs. À voir l'ambiance délirante qui régnait lors de la demi-finale en avril, une chaude et amusante lutte s'annonce pour la finale lundi prochain, entre les Gelées Royales et les Sombres Héros.

On y rit autant qu'on s'étonne de l'incroyable capacité des joueurs à inventer des mélodies. Car si l'initiative de la LNIMM vise, à plus long terme, à créer des ponts entre les milieux musicaux de la capitale et de la métropole, la compétition amicale a surtout le grand mérite de faire découvrir autrement le talent des artistes, leur créativité musicale autant que leur apport théâtral.

«Ça permet de jouer de la musique dans des contextes différents, sans les contraintes; tu vois un bassiste faire des trucs qu'il ne fait pas habituellement sur scène», confie le bassiste de Jorane et de Raôul Duguay. Les musiciens peuvent ainsi se mettre à chanter, à jouer la comédie, ou utiliser leur instrument d'une manière peu conventionnelle. Autre trait inusité, les musiciens réunis sur scène sont issus de tous les milieux, de la pop à la musique actuelle. «C'est complètement hétérogène comme garnison de musiciens», s'exclame Fred Boudreault avec enthousiasme.

La première saison s'est tellement bien déroulée que les organisateurs songent à lancer l'invitation à d'autres équipes pour la prochaine saison. Des joutes Québec-Montréal pourraient aussi prendre forme. Et qui sait, avec un tel engouement, on pourra peut-être assister à quelques joutes «sous le soleil d'été», déclinées à la manière soul, reggae, funk, pop, rock endiablé...