Des retrouvailles collées serrées avec Luc De Larochellière

Luc De Larochellière
Photo: Capture d'écran Luc De Larochellière

C’est fou, la foule. Je pense que les 50 000 personnes qui se procurèrent l’album Amère America en 1988-1989 sont là, entassées dans le trop petit Lion d'Or. Il y a des tables à l’avant, autour desquelles ça déborde de fans de la première heure, et toute une section debout derrière, où la réalité frappe : les gens qui ont béni l’arrivée de Luc De Larochellière et ses chansons dans la maison chansonnière québécoise ont un peu passé l’âge de faire le planton. De toute évidence, on a mal jaugé la capacité du lieu, qui aurait dû être calculée en fonction de la potentialité de places assises.

Bon. C’est ça qui est ça. Sans doute voudra-t-on faire durer l’anniversaire pendant toute l’année, vu la demande. Toute une génération, ça fait quand même du monde à la messe.

Cela étant, une fois Luc et ses compagnons et compagnes de l’époque sur scène pour la célébration des trente ans d’Amère America, une vraie de vraie joie se manifeste bruyamment jusqu’au fin fond du Lion d'Or. Les élections, ça commence fort. On retrouve le son techno-rock de la fin des années 1980 : la pulsation de la batterie de Sylvain Clavette le métronome vivant, le vibraphone électronique de Jean St-Jacques, les basses de Yoland Houle et François Pérusse, les percussions de Paul Picard, les guitares de Marc Pérusse, les harmonies des choristes, la signature est très marquée. Chacun son E Street Band : la première équipe demeure à jamais la première équipe.

On sait gré à tous ces vétérans de ne pas tenter de réinventer leur propre roue. Ça sonne exactement comme c’est censé sonner (allitération gratuite). L’idée est de nous faire plonger dans l’album. L’album disparu ! « Depuis quinze ans », précise le grand Luc fort chic et non moins swell dans son costume trois-pièces-cravate, « ce disque n’était plus offert sur aucune plateforme… » C’est vendredi que paraît la réédition rematricée, en vinyle et en CD, ainsi que dans le grand flou de l’univers dématérialisé. « L’album avait disparu avant Internet… »

Dans l’ordre de la toute première première

Les chansons au programme sont celles de la première rentrée montréalaise à l’ancien Club Soda, en 1989 : l’essentiel d’Amère America et quelques-unes de celles qui allaient composer Sauvez mon âme, le deuxième album. Sont ainsi ravivées, dans les arrangements d’origine, L’entraîneur, Le silence, Avenue Foch, Chinatown Blues, et ainsi de suite. Remarquable cohésion, parfaite maîtrise, les musiciens sont dans des souliers qui ont gardé le moulage de leurs pas. Ça tient du voyage dans le temps et d’une grande bouffée d’éternité à la fois.

Le constat : ces pros ne sont vraiment pas énervés. Ils et elles profitent à fond de l’occasion, jouissent de ce que permettent l’expérience et la complicité conjuguées. Heureux et performants, tout simplement. Ça roule si rondement, il n’y a qu’à suivre le mouvement. Les oubliées autant que les immortelles bénéficient du même traitement royal : Le sablier fendu, Le trac du lendemain, voire l’inédite Un cadavre pour dîner ont (presque) autant d’allant que Ma génération, Cash City et les chansons-titres imparables : Amère America et Sauvez mon âme. C’est tout juste si on se trompe de tonalité dans J’suis bourgeois et que Luc perd le fil du texte un instant : faut bien une craquelure dans l’ensemble…

Ça se termine en feu et en douceur : Si fragile suit Six pieds sur terre. On mesure la place que tient Luc De Larochellière dans nos vies, et nous sommes remplis de gratitude à l’idée qu’il est là, encore là, et le sera longtemps, et que ce n’était pas trop en 1990 que d’écrire dans mon journal étudiant qu’il était « le Ferland de sa génération ». Luc De Larochellière, auteur-compositeur-interprète de carrière à long terme. Vivement la suite.

 

  Voyez Luc De Larochellière qui interprète «Amère America»