François-Xavier Roth: un chef, un vrai!

François-Xavier Roth a le mérite d’être un musicien qui se pose des questions pertinentes.
Photo: Holger Talinski François-Xavier Roth a le mérite d’être un musicien qui se pose des questions pertinentes.

Oh, l’énorme surprise ! Le concert de cette semaine, avec un chef que je n’attendais aucunement à pareil niveau, François-Xavier Roth, est une véritable jubilation spirituelle et sensorielle.

François-Xavier Roth n’est pas là pour gagner un concours de popularité. Il est là pour faire de la musique. En musique, on lui décerne 10 sur 10. En popularité, on a vu mieux, mais on s’en moque à vrai dire… Je suis resté consciencieusement pour observer la séance des applaudissements, afin de voir comment non pas le public, mais l’orchestre accueillait le travail de ce grand musicien après sa séance de trépignements de collégiens à l’égard de Juraj Valčuha la semaine dernière. À vue de nez, on atteignait pour François-Xavier Roth à peine un cinquième des décibels produits il y a sept jours.

Et pourtant, quel contraste, tant et si bien que ce compte rendu a failli s’intituler « La conquête par le silence ». Roth a commencé son concert par un Ligeti saisissant, somptueux, sculpté, buriné, demandant de la part de l’orchestre un contrôle stupéfiant dans l’infinitésimal.

Profils opposés

Ensuite, ce fut la surprise des plus heureuses. Des pupitres qui pétaradaient il y a une semaine à la limite de l’indécence dans le grand « free for all » straussien bruitique de Valčuha se sont mis à jouer Dukas et Ravel comme je n’ai pas souvenir de les avoir entendus souvent dans les dix dernières années. Je pense tout particulièrement au trompettiste Paul Merkelo, d’un contrôle des nuances (début du concerto de Ravel), d’une palette sonore et d’une culture d’émission presque « désaméricanisée » mercredi.

Par le plus grand des hasards, la saison 2018-2019 de l’OSM, de toute évidence la plus passionnante du siècle dans cette institution, en raison du processus de recherche du successeur de Kent Nagano, a voulu que se succèdent Christoph Eschenbach, Juraj Valčuha et François-Xavier Roth, les deux derniers ayant des profils opposés.

Alors que les moments peu spectaculaires de la Symphonie alpestre de Valčuha étaient des tunnels, les passages non extravertis du Mandarin merveilleux de Roth sont des instants de haute densité atmosphérique, narratifs et passionnants. De manière générale, à une époque où le lissage dynamique des interprétations se généralise (y compris chez Kent Nagano), Roth ose l’exploration détaillée de ce qu’il y a sous le mezzo forte.

J’ai hâte de parcourir à nouveau sa discographie pour savoir notamment où l’a mené son travail avec l’Orchestre du SWR de Baden-Baden. En tout cas, son accompagnement du Concerto pour la main gauche laissait toujours passer le soliste et témoignait d’une vraie culture des sonorités françaises. Un retour au film Medici.tv documentant le concert Collard-Nagano devrait permettre de constater quelques différences.

Cette culture, François-Xavier Roth, l’a approfondie auprès de l’orchestre Les Siècles, qu’il a fondé et avec lequel il accomplit une recherche des sonorités de l’époque des compositeurs, démarche dont nous avons parfois pris avec des pincettes les excès de prétentions. Mais Roth a, à tout le moins, le mérite d’être un musicien qui se pose des questions pertinentes. Il est aussi, depuis 2015, chef de l’Orchestre du Gürzenich de Cologne, qui vient d’étendre son contrat jusqu’en 2022. Avec cet orchestre allemand, il a enregistré une fort pertinente 5e symphonie de Mahler chez Harmonia Mundi.

En soliste, Bertrand Chamayou, agrippant le piano de sa main droite, a livré une interprétation très sûre du Concerto pour la main gauche de Ravel. Roth a montré dans Totentanz de Liszt qu’il est un accompagnateur aguerri et attentif. Dans Liszt, le son du pianiste — un virtuose de premier ordre — apparaissait un peu « vertical », moins massif que celui d’un Yefim Bronfman ou de Nareh Arghamanyan, par exemple.

Quant à François-Xavier Roth, je ne peux que recommander d’aller faire sa connaissance musicale jeudi. Un chef avec une intelligence musicale pareille, un tel niveau d’exigence et d’inspiration et qui parle au public (en français seulement) de son programme d’une imparable cohérence, Dieu sait quand on le reverra !

Atmosphères d’Halloween

Ligeti : Atmosphères. Dukas : L’apprenti sorcier. Liszt : Totentanz. Ravel : Concerto pour la main gauche. Bartók : Le Mandarin merveilleux, suite. Bertrand Chamayou, Orchestre symphonique de Montréal, François-Xavier Roth. Maison symphonique de Montréal, mercredi 31 octobre. Reprise jeudi à 10 h 30 et 19 h (sans Ravel).