Concert - Frederica von Stade, première à l'OSM

Aucune chanteuse, à part Kiri Te Kanawa et la bien plus éphémère Katia Ricciarelli, n'a connu aussi fulgurante ascension dans les années 70. Eh oui, cela fait déjà trois décennies que Frederica von Stade est, plus qu'une voix, une véritable star de l'art lyrique adulée sur toutes les scènes de Londres à New York.

Pourtant, cette semaine, les 12 et 14 mai, ce sera sa première apparition à l'OSM. Et pas dans n'importe quel répertoire: Schéhérazade de Ravel et, surtout, quelques Chants d'Auvergne, ces oeuvres colorées de Joseph Canteloube (1879-1957) qui ont tant marqué sa carrière discographique. Certes, elles ont été assez nombreuses, depuis, les chanteuses qui se sont attachées à ces mélodies populaires auvergnates et, avant, il y eut Nethania Davrath et Anna Moffo, mais c'est Frederica von Stade, par son enregistrement en 1982 avec Antonio de Almeida, qui popularisa l'oeuvre de Canteloube.

Ce disque est également un symbole: celui de l'attachement de la chanteuse au répertoire français. Voyage à Paris, Airs d'opéras français; les Nuits d'été de Berlioz et La Damoiselle élue de Debussy; les intégrales de Werther et Chérubin de Massenet font partie de sa discographie et ce n'est pas par hasard. Évidemment, son titre de gloire dans ce domaine fut d'être choisie par Herbert von Karajan pour son enregistrement, en décembre 1978, de Pelléas et Mélisande de Debussy, enregistrement légendaire au sujet duquel Frederica von Stade déclara: «Je sais que j'ai vu là et entendu quelque chose de réellement extraordinaire.» Pour ses 25 ans de scène, le Metropolitan Opera de New York monta d'ailleurs une nouvelle production de Pelléas, que von Stade avait abordée pour la première fois à Santa Fe. C'est qu'au «Met», la chanteuse a interprété tout ce qui était dans ses cordes. Elle est l'un des emblèmes vocaux de cette prestigieuse compagnie, même si sa carrière

l'a menée sur les plus grandes scènes du monde. Après Pelléas avec Karajan, Frederica von Stade enchaîna d'ailleurs un autre projet prestigieux: la Cenerentola de Rossini à la Scala de Milan, sous la direction de Claudio Abbado, production montée par Jean-Pierre Ponnelle qui devint d'ailleurs une vidéo fameuse.

Rien ne destinait a priori cette native du New Jersey, orpheline de père, à fouler les scènes d'opéra ou à connaître cette histoire d'amour avec la France. Elle raconte: «Je suis arrivée en France à l'âge de 18 ans. J'y ai tout fait: domestique, vendeuse, gardienne d'enfants... C'est en France que j'ai vu mon premier Liederabend, c'était avec Elisabeth Schwarzkopf, et mon premier opéra, Carmen.» Ce fut un tournant dans sa vie: «J'ai toujours chanté, mais je pensais à la comédie musicale, d'autant qu'à l'époque je ne savais pas lire la musique, je n'avais aucune connaissance de l'opéra.» C'est ensuite que Frederica von Stade se mit à étudier véritablement le chant. Le Concours du Metropolitan Opera lui mit le pied à l'étrier en lui valant son premier engagement, en 1970. Ses emplois scéniques étaient alors uniquement mozartiens. Elle fut le Cherubino (des Noces de Figaro) incontournable des années 70, sur toutes les scènes du monde: «C'était parfait, un rôle formidable, dans lequel on peut faire impression sans avoir le poids de l'opéra sur ses épaules.»

Parmi ses modèles, il y a Leonard Bernstein, avec lequel elle a gravé une Messe en ut de Mozart mémorable: «Ce fut l'un de ses derniers enregistrements. Il était très malade dans la période précédant le concert, mais il a eu subitement une rémission temporaire.»

Depuis les années 90, Frederica von Stade a beaucoup élagué son emploi du temps: «Ce serait indécent de chanter encore Cherubino et je ne peux pas étendre mon répertoire à l'infini à l'opéra, car je n'ai pas une voix assez puissante pour cela.» Ces années furent également celles d'un désir de retrouver ses enfants, «dans des années importantes», et de «commencer une deuxième famille». Frederica von Stade se produit aujourd'hui en concert et c'est ainsi que l'OSM l'accueillera dans Ravel et Canteloube, deux enfants du pays qu'elle adore et pour lesquels sa voix soudain s'enflamme. Ce «Concert Gala», qui comprendra en seconde partie Les Planètes de Holst, s'intitule Voyage dans le cosmos.

Concert Gala de l'OSM

Voyage dans le cosmos. OEuvres de Pépin, Ravel, Canteloube et Holst. Frederica

von Stade, Orchestre symphonique

de Montréal, direction: Jacques Lacombe. Mercredi 12 et vendredi 14 mai à 20h, salle Wilfrid-Pelletier. Renseignements: (514) 842-9951.

Pour écouter Frederica von Stade: Chants d'Auvergne de Canteloube (Sony); Grande Messe en ut de Mozart (Bernstein, DG); 4e Symphonie de Mahler (Yoel Levi, Telarc); Pelléas et Mélisande (Karajan, EMI); Airs d'opéras français (Pritchard, Sony).