Déjà la gloire pour Hubert Lenoir à l'ADISQ

C’est le phénoménal Hubert Lenoir, dit Le Baron Maudit, défiant tous les genres, qui a triomphé. Quatre victoires au total: trop, trop vite?
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir C’est le phénoménal Hubert Lenoir, dit Le Baron Maudit, défiant tous les genres, qui a triomphé. Quatre victoires au total: trop, trop vite?

Les images frappent. Celui qui se fait appeler Le Baron Bandit a été adopté, encensé, plébiscité : Hubert Lenoir a ajouté dimanche à la grand-messe des 40 ans de l’ADISQ trois trophées à celui remporté mercredi lors du « premier gala » complémentaire. Sa chanson Fille de personne II a été bombardée chanson de l’année. Au même Hubert revient le Félix de la révélation de l’année. Et son premier disque en solo, Darlène, est doublement célébré : album de l’année – choix de la critique et album de l’année – pop.

« Celui qu'on attend tous », a dit Herby Moreau, aux deux tiers de la portion tapis rouge d'avant-gala. « Hubert Lenoir... » Et Yann Perreau de renchérir au micro de Claudine Prévost: « Mes gars capotent sur Hubert! » Lequel, robe à dentelles et maquillage très David Bowie, accusait déjà le coup à son arrivée: « C'est dur à dire, ce que j'ai vécu dans les derniers huit mois, je suis trop ému... »

Après la séquence d’introduction, on l’a retrouvé sur scène, avec les autres prétendants au Félix de la révélation de l’année, défendant chacun une chanson : Roxane Bruneau, Lydia Képinski, Ludovick Bourgeois et Loud. Avec sa robe à dentelles et son maquillage très David Bowie, Lenoir s’est présenté le dernier, comme il se doit pour un vainqueur en puissance. Si mobile que les caméras peinaient à le suivre, il a entonné Fille de personne II comme si la chanson existait depuis toujours, déjà un classique de la chanson populaire au Québec. Tout était dit.

Mesurez : révélation et consécration, du même coup, le même soir. Ça fait beaucoup pour le même jeune homme qui, le 14 octobre dernier à l’émission Tout le monde en parle, lançait : « J’ai un peu le goût de me crisser en feu ces temps-ci… » Trop, trop vite ? Le Québec embrasse vite, étreint souvent bien mal. L’album, la chanson, la bête de scène, tout est justifié, mais au malaise de l’aveu de mal-être s’ajoutait dimanche le poids de la gloire. Ça fait un peu peur.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les prétendants au Félix de la révélation de l’année, Lydia Képinski, Loud, Hubert Lenoir, Roxanne Bruneau et Ludovick Bourgeois, ont chacun défendu une chanson sur scène après la séquence d’introduction du gala.

À l’opposé, un Philippe Brach — l’autre grand gagnant de la fournée 2017-2018 — semble parfaitement prêt à profiter de la reconnaissance obtenue pour mener à bien des projets de plus en plus ambitieux, fascinants et fous : il annonçait plus tôt cette semaine un spectacle tout neuf, concert avec l’Orchestre de l’Agora présenté en mars 2019 à la Maison symphonique, une aventure intitulée Boum Dang Sangsue. Que Le silence des troupeaux, disque de grande envergure, de portée durable et de saine audace, se voie décerner le Félix de l’album de l’année – alternatif, que le spectacle dudit album ait aussi remporté une statuette parmi les autres propositions d’auteurs-compositeurs-interprètes, et surtout, que le gaillard se soit distingué dans la prestigieuse catégorie auteur ou compositeur de l’année, ça entérine et confirme un mouvement bien enclenché. «On va continuer, faisons!», a-t-il résumé. Ça ne fait pas peur du tout.


Les collaborateurs comptent Notons qu’au cumul des prix liés à Philippe Brach, il faut ajouter ceux des collaborateurs : Gabriel Desjardins, alias La Controverse, est l’arrangeur de l’année pour Le silence des troupeaux, et Pier-Philippe Rioux a signé la pochette gagnante, où l’on voit Brach en homme-éléphant (ou homme-buffle, je ne sais trop). Ça compte.

Ça vaut aussi pour un Pierre Lapointe, que l’on pourrait considérer comme le grand perdant de la soirée, ne repartant qu’avec le Félix de l’album de l’année – adulte contemporain pour La science du coeur. Son spectacle a valu à ses collaborateurs trois récompenses mercredi dernier, et Pierre était du nombre pour la conception d’éclairages et projections. Pierre Lapointe et Philippe Brach, faut-il rappeler, partaient à égalité dans la course : 24 nominations en tout et partout. Ne jamais sous-estimer le Pierrot : sa prestation de dimanche, alliance formidable entre Lapointe et le groupe Galaxie, mêlant quatuor à cordes et gros riffs pesants, soulignait à grands traits qu'il n'a pas fini d'étonner.

Aimés et reconduits

Logique d’une carrière filant bon train, c’est Klô Pelgag, révélation en 2014, triomphatrice de 2017, qui a été élue interprète féminine de l’année. Il fallait la voir, poussant la question du look des femmes jusqu’à l’absurde, déguisée en Charlot, avec la moustache : «Merci aux plus curieux d'entre vous...» Et c’est le très fédérateur Patrice Michaud, en plus de recevoir mercredi le Félix du vidéoclip de l’année pour La saison des pluies, qui a été reconduit en tant qu’interprète masculin de l’année: «Je fais cette job-là avec une perpétuelle chienne de me faire oublier, alors ça c'est très wow.» De la même façon, dans la tradition de Mes Aïeux et Kaïn, le tandem des 2Frères a rempilé, glanant la statuette échue au groupe de l’année, comme en 2017.

Plus événementiel, en cela, est le deuxième Félix remporté par le rappeur Loud : déjà « artiste de l’année s’étant le plus illustré hors Québec » depuis mercredi, le voilà détenteur du Félix de l’album de l’année — catégorie hip-hop. Ça lui en fait trois, si l’on compte — et on devrait compter — le Félix du réalisateur de disques de l’année, remis aux Marc Vincent et Alex Guay lors du « gala de l’industrie ». Pareillement, la récompense échue à la comédie musicale Demain matin, Montréal m’attend (spectacle de l’année — interprète) doit être conjuguée au Félix de la mise en scène et scénographie de l’année, reçu mercredi par René-Richard Cyr.


Le cahier de charges du quarantième

L'indispensable Louis-José Houde animait la soirée anniversaire diffusée par ICI Radio-Canada, où les artistes d’aujourd’hui auront forcément partagé la scène avec des artistes ayant marqué l’histoire des quatre dernières décennies de chanson québécoise. On n'a pas coupé au montage de moments mémorables et/ou cocasses (avec bon nombre d'artistes disparus depuis), pas plus qu'au grand pot-pourri des 39 chansons de l'année par les Mario Pelchat, Martine St-Clair, Maxime Landry et Guylaine Tanguay. Et Louis-José a multiplié les évocations des récurrences du gala: « 40 ans de gagnants qui savent pas par où sortir », « 40 ans de gagnants qui oublient leur trophée en avant », « quarante ans de gagnants qui embrassent leur trophée... », et ainsi de suite. C'était un brin télégraphié, mais c'est le propre des anniversaires.

De la même façon que l'on savait rassembleur l'hommage annoncé au groupe Harmonium : une suite orchestrale arrangée et dirigée par Simon Leclerc, avec Brach, Patrice Michaud, Yann Perreau, Catherine Major, Ariane Moffatt, Marie-Pierre Arthur s'échangeait le micro. Et tout un tas d'autres, sur film, jusqu'à Céline Dion. Voir les membres du groupe d'origine vivre tout ça dans la même rangée, puis recevant l'ovation sur scène, était un peu cruel. Serge Fiori semblait tellement mal pris. «C'est trop émouvant, c'est une tonne d'amour. Vous nous tenez en vie. Vous avez soutenu notre désir de notre langue, notre désir d'un pays», a-t-il réussi à dire. C'était beau et un peu triste. Une sorte de fin.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le groupe Harmonium recevant le Félix hommage

Autrement, c'était les habituels pairages, généralement heureux : mentionnons Isabelle Boulayavec Tire le coyote : oh la bonne idée, oh les harmonies! Et c'était le lot requis de pointes acérées. Le premier ministre du Canada Justin Trudeau prêtant flanc à l'avant du parterre, Yann Perreau n'a pas manqué de lui servir du Vigneault récrit pour l'occasion : «Mon pays ce n'est pas un pays c'est une pétrolière...» 

Louis-José, de son côté, aura eu toute la soirée durant le ton plus affectueux qu'aiguisé, et son mot à propos de Hubert Lenoir était un vrai souhait : «Il est jeune et bon maintenant, il va être un magnifique vieux.» Souhait partagé par tous.

 
 

Une version précédente de cet article, qui indiquait qu'Hubert Lenoir se fait appeler Le Baron Maudit, a été corrigée

6 commentaires
  • Jean-Marc Simard - Abonné 29 octobre 2018 09 h 34

    Un Hubert Lenoir choquant...

    J'ai trouvé Hubert Lenoir très ordinaire dans ses remerciements et ses salutations...C'est bien de se prendre pour un artiste et de vouloir se démarquer sur les autres, mais il y a des limites à se prendre pour un autre, d'être pédant et de se montrer irrévérencieux...Il y a dans son attitude un flagrant manque de savoir-vivre...Ëtre artiste ce n'est pas seulement écrire de belles chansons et de bien les interpréter, mais c'est aussi de présenter une personnalité qui ne cherche pas à choquer ni à insulter...

    • Pierrette St-Onge - Abonnée 29 octobre 2018 10 h 49

      Vous avez tout à fait raison... J'étais franchement scandalisée hier et très gênée que Lenoir représente le Québec… Quelle désolation.

    • Denis Fyfe - Abonné 29 octobre 2018 10 h 57

      Je suis tout à fait d'accord avec M. Simard. Je pense que ce jeune a dû faire retourner Félix Leclerc dans sa tombe. Pour qui se prend-il?

  • Nicole Delisle - Abonné 29 octobre 2018 14 h 07

    Que restera-t-il dans vingt ans?

    La simplicité a toujours meilleur goût! Ce qui semble manquer avec assez d’évidence à M. Lenoir. Le vrai talent et l’art d’être un grand artiste ne s’enrubannent pas de fantaisies et d’extravagances. Les Vigneault, Leclerc, Séguin, ont plutôt misé sur leur talent d’auteur-compositeur et d’interprète pour nous faire vivre
    les plus grandes émotions et les plus beaux moments. Ils passent la trempe de la longévité et resteront des incontournables de la musique francophone québécoise. Il faudra voir si ce sera la même chose pour M.Lenoir. Un succès trop rapide, un engouement effréné n’est pas l’assurance d’une longue carrière. L’avenir le dira.

  • Luc Marchessault - Inscrit 29 octobre 2018 15 h 25

    Lenoir

    Le fort talentueux jeune Lenoir composera-t-il sainement avec tout ça? Je le lui souhaite ardemment. À mon sens, ses « frasques » d’hier soir le sont, saines, justement; Hubert est libre d’exulter à sa manière. Ce qui est malsain, c’est d’exiger de lui qu’il soit consensuel, élégant, posé et prévisible. Puis, de voir aller quelqu’un qui évoque à la fois Little Richard, Diane Dufresne et Robert Smith, ça me réconforte.

  • David Cormier - Abonné 29 octobre 2018 15 h 27

    Pourquoi regarderait-on une telle cochonnerie?

    Hier soir, j'ai lu un super bon livre.