La méthode Ohlsson

Garrick Ohlsson est le seul lauréat américain du concours Chopin.
Photo: Dario Acosta Garrick Ohlsson est le seul lauréat américain du concours Chopin.

Il y a dans les modestes et peu jouées Variations sur un thème original op. 21 no 1 de Brahms une variation, la onzième, dans le tempo du thème, soit Poco larghetto, mais « poco più lento ». La nuance est piano et l’indication dolce. C’est un havre de paix, qui suit un agitato et se pose comme un rêve sur des trilles à la main gauche. Tout Brahms est là. Mais on y dépasse largement les limites de la méthode Garrick Ohlsson.

La méthode Ohlsson est simple à comprendre : des touches, des marteaux, des cordes dans un cadre de métal. Un homme, nommé pianiste, actionne ces éléments. Il fait plus ou moins (Op. 10 no 3, étrangement sec) résonner la chose avec des pédales.

Ohlsson procède ainsi, comptablement, verticalement, par rapport aux éléments imprimés fournis par Brahms. À tout moment, l’auditeur a bien conscience que le piano est un instrument à percussion et ne s’imagine pas vraiment que se cachent derrière tout cela, horizontalement, des phrases avec un galbe ; que derrière les notes, il y a de la musique et de la poésie.

Déficit d’atmosphères

Au bout de la première partie, je me suis demandé comment Brahms avait pu être le compositeur préféré de mon adolescence. En écoutant, au moment d’écrire ces lignes, les mêmes oeuvres par Geoffroy Couteau (coffret CD La Dolce Volta), le plus digne successeur de Julius Katchen, je me suis rappelé pourquoi ! Cela prend même à peu près 10 secondes : la première portée de l’Opus 76 no 1. De toute évidence, la musique et le piano, ce n’est pas du tout la même discipline.

Le pianiste Ohlsson, 70 ans, seul lauréat américain du Concours Chopin (1970 — il avait battu Mitsuko Uchida !) oeuvre sur le registre de la solidité depuis plus de quatre décennies. Avec orchestre il s’est fait une spécialité des concertos de Brahms. Son style convient mieux aux cycles de variations, courts croquis souvent énergiquement empoignés, qu’aux atmosphères des Caprices et Intermezzi de l’Opus 76 et des Ballades op. 10.

Tout cela est extrêmement bien assis et respectable, on le répète. Cela ferait d’excellentes leçons de tenue musicale à des élèves attentifs, notamment le 1er cahier des VariationsPaganini. Mais en concert, avec la pléthore de pianistes de très haut niveau qui pullulent, je ne vois aucunement l’intérêt de se lancer dans une intégrale Brahms au concert (elle occupera trois autres sessions sur deux saisons), tant Ohlsson semble incapable de créer une atmosphère, une émotion, une ligne, une transition qui ferait dresser l’oreille ou engendrerait un frisson.

Tout en étant un grand promoteur de la musique vivante, je ne saurais donc que trop vous inciter, si vous voulez découvrir la musique pour piano de Brahms, à vous procurer en priorité le miraculeux coffret du surprenant Geoffroy Couteau. Ses enregistrements sont bouleversants, car il trouve Brahms au-delà des notes.
 

Intégrale de l’oeuvre pour piano de Brahms

Concert I. Klavierstücke op. 76. Variations sur un thème original op. 21 no 1 et Variations sur un air hongrois op. 21 no 2. Ballades op. 10. Variations sur un thème de Paganini (1er cahier). Garrick Ohlsson (piano). Salle Bourgie, jeudi 25 octobre 2018.