Les racines entremêlées de K-Iri

Sarah-Judith Kayiri Hinse-Paré et Iri Dimako Chordi mélangent leurs cultures ouest-africaines, éthiopiennes et nord-américaines.
Photo: Sarra Guerchani Sarah-Judith Kayiri Hinse-Paré et Iri Dimako Chordi mélangent leurs cultures ouest-africaines, éthiopiennes et nord-américaines.

Quoi qu’en dise l’adage, l’habit fait parfois effectivement le moine, comme la pochette d’un disque donne déjà une idée de la musique qu’il recèle. Sobre et stylée, celle de Out of Odd Waters, premier album du duo K-Iri, étale sur fond noir quelques symboles dessinés, un oiseau, une croix éthiopienne, deux visages de profil dessinés d’un trait, aveu d’un minimalisme assumé. « On considère notre musique comme légère et spirituelle. C’est un agencement de symboles qui nous représentent bien », abonde la violoniste et chanteuse Kayiri qui forme avec sa complice Iri Di le duo K-Iri, en concert vendredi soir à l’Astral dans le cadre de la huitième édition de MUZ (vitrine pour des formations québécoises évoluant dans le vaste monde des musiques métissées).

Sarah-Judith Kayiri Hinse-Paré a des racines bien plantées au Burkina Faso ; celles d’Iri Dimako Chordi sont en Éthiopie. Les deux auteures, compositrices et interprètes montréalaises ont lancé le printemps dernier ce premier album du projet K-Iri, mariage entre les traditions musicales de leurs cultures respectives : ouest-africaines, éthiopiennes et nord-américaines par les pointes de soul et de jazz qui lient leurs belles chansons.

Un beau mariage

Toutes deux font de l’économie de leurs moyens (voix, guitare, violon, parfois de délicates percussions) une force concentrée par les harmonies de leurs voix. Prenons Morta, dont le thème mélodique est emprunté à un chant traditionnel éthiopien : un simple motif de guitare électrique sur lequel se posent les chants de Kayiri et d’Iri Di, et l’effet est immédiat. « Si les cultures musicales éthiopiennes et burkinabées se marient bien ? On fait de la belle musique, j’imagine que oui ! » rit Kayiri, qu’on a d’abord connue comme violoniste et rappeuse au sein du collectif hip hop Bad Nylon.

Pourtant, le projet K-Iri existait avant même la naissance, puis la séparation, du groupe rap féminin. Les deux musiciennes ont fait connaissance en 2015 « dans un spectacle, raconte Sarah-Judith. Iri faisait la première partie d’un artiste que j’allais voir et, curieusement, elle m’avait écrit deux semaines plus tôt après m’avoir vue sur scène pour me dire que je jouais bien du violon. C’était la première fois que quelqu’un se donnait la peine de m’écrire pour me dire ça. J’avais retenu son prénom, Iri, parce que ça ressemble à mon propre deuxième prénom, Kayiri. »

Deux semaines plus tard, l’alliance fut scellée autour d’une pizza ; Sarah-Judith accompagnait déjà plusieurs autres groupes sur scène avec son violon, elle est venue prêter main-forte à Iri, qui menait son projet solo. En studio, elles ont compris que leurs voix autant que leurs univers étaient compatibles. Iri : « J’ai beaucoup écouté de musique d’Afrique de l’Ouest pendant mon enfance, ça en plus des musiques traditionnelles éthiopiennes qui me berçaient. » Si l’influence musicale ouest-africaine saute aux oreilles à l’écoute de Out of Odd Waters, « le type d’harmonies et notre utilisation des gammes pentatoniques sont, elles, très ancrées dans la tradition éthiopienne », insiste Iri, qui a grandi à Addis-Abeba.

Le duo a mis trois ans avant de lancer ce premier disque, long délai qui lui a permis de s’affirmer sur scène : participation au concours Syli d’Or du festival Nuits d’Afrique en 2016 (elles ont terminé en deuxième place), invitation à se produire au festival l’année dernière, suivie d’une invitation à jouer dans un autre festival au Sénégal, « où le public était vraiment chaleureux et réceptif », assure Sarah-Judith. « Notre musique est apaisante, elle convient à toutes sortes de contextes, ajoute Iri. On a même du mal à décrire vraiment ce qu’on fait, ce mélange de toutes sortes d’influences qui nous permet de participer à différents types d’événements. » Vendredi, K-Iri sera accompagné du percussionniste Elli Miller-Maboungou et du pianiste jazz Simon Denizart ; les musiciennes se produiront ensuite lors du gala GAMIQ récompensant l’alternative musicale québécoise, le 25 novembre prochain.