Les goûts italiens d’Arion

Le claveciniste Luca Guglielmi dirigeait pour une première fois l’orchestre baroque d’Arion.
Photo: Marco Borggreve Le claveciniste Luca Guglielmi dirigeait pour une première fois l’orchestre baroque d’Arion.

Pour lancer sa 38e saison, Arion invitait pour la première fois le claveciniste italien Luca Guglielmi, à la suite des bonnes pioches réalisées en Italie, notamment avec Enrico Onofri et Lorenzo Coppola.

La première venue à Montréal de ce partenaire musical de Jordi Savall et d’autres grands baroqueux européens (Tubéry, Duftschmid, Bernardini) n’a pas fait recette, à en juger par la faible assistance du concert de samedi et ce que nous savons du « Concert express » qui ouvrait la série. Peut-être que les représentations de vendredi et de dimanche auront attiré la foule, mais on peut en douter.

Amplifiée par un contexte de surabondance de concerts, une relative désaffection pourrait être le ressac de l’irrégularité des prestations d’Arion notée ces dernières années — plusieurs fois mise, ici, en parallèle avec le niveau fluctuant de la période 2006-2007 d’I Musici. À ce titre, Onofri et Coppola sont un trésor pour Arion, qu’il faudra préserver : une sorte d'« assurance » de spectacle. Les mélomanes auront envie d’aller voir « Coppola dirigeant un concert d’Arion » plus que l’inverse.

Rebâtir et évoluer

Malgré ses éminentes qualités musicales, Guglielmi n’a absolument pas le pouvoir (ni l’envie) de créer ce phénomène-là. Parallèlement, le concert L’Europe musicale et les goûts réunis a eu essentiellement comme intérêt de montrer qu’Arion semble chercher des solutions pour se stabiliser. Il y avait eu en 2017-2018 l’arrivée de Laura Andriani. Il n’a pas sauté aux yeux que cela pourrait tout résoudre, loin de là. Est-ce ce qui explique, cette fin de semaine, sa position de chef d’attaque des seconds violons et la présence de Chloe Myers comme 1er violon ? Myers a été remarquable, notamment dans le plus beau moment du concert : le 2e mouvement du 5e Brandebourgeois avec Guglielmi et Claire Guimond. Par contre, le duo Myers-Andriani ne fonctionnait pas (intonation) dans la Sinfonia d’Ottonein villa, alors qu’on en était pourtant à la 3e représentation ! Sur un plan collectif, le travail des cordes dans le Concerto RV 120 de Vivaldi et l’accompagnement du Trio pour les cors du BWV 1046a de Bach était d’une admirable netteté.

Parmi les belles satisfactions, le retour récurrent à Montréal du corniste Pierre-Antoine Tremblay (avec Simon Poirier pour cette série), aux couleurs somptueuses dans Telemann et le BWV 1046a de Bach, avec un superbe bassoniste (François Viault) dans l’Adagio. Je suis plus circonspect, dans une salle si sonore, quant aux nuances très forcées choisies par les hautboïstes, notamment Matthew Jennejohn, dans le Largo du concerto de Vivaldi et le BWV 1046a. Quant au chef et claveciniste, il a fait son travail avec classe et rigueur. Rien de plus, rien de moins.

L’enseignement est surtout qu’Arion semble être en phase de reconstruction, de stabilisation et de consolidation musicale. Claire Guimond a annoncé fièrement qu’un Diapason d’or avait salué le disque Vivaldi avec le flûtiste à bec Vincent Lauzer. Cela va au moins fouetter le moral des troupes tout en consolidant le statut de l’ensemble hors de Montréal, aux « yeux » d’un public qui ne vit pas les fluctuations au quotidien. I Musici, jadis porté par l’image de ses disques Chandos, bénéficiait d’ailleurs de cette même aura accordée par les enregistrements. C’est toujours bon à prendre.

L’Europe musicale et les goûts réunis

Vivaldi : Ottone in villa, Sinfonia. Concerto pour deux hautbois et cordes en ré mineur, RV 535. Concerto pour cordes en do mineur RV 120. Telemann : Concerto pour 2 cors, 2 violons, et cordes TWV 54 : Es1. Bach : Concerto brandebourgeois n° 5. Sinfonia en fa majeur, BWV 1046a (version initiale du 1er Concerto brandebourgeois). Arion Orchestre baroque, Luca Guglielmi (clavecin et direction). Salle Bourgie, samedi 13 octobre.