Perfect Shapes, Madeline Kenney

Il y a quelque chose de vaguement tropical dans la forme de Perfect Shapes — sans doute est-ce sa chaleur, ses sons incongrus, sa structure ondulante. Avec son rock brillamment texturé, qui met aussi les pieds dans le chamber pop et le dream folk, Madeline Kenney pourrait aisément se dire improvisatrice. Deux, trois écoutes ne suffisent pas pour retracer les mélodies tant la réappropriation des genres est constante. Après Night Night at the First Landing (2017), la musicienne américaine basée à Oakland choisit cette fois un son plus percussif, dont les coups s’adoucissent dans la ligne des synthétiseurs et sa voix travaillée à la manière planante. Ses textes courts la disent souvent définitive, mais une ligne de faille se dessine — dans The Flavor of the Fruit Tree, où le temps endommage corps et âme, dans le doute qui suinte de Know, dans la pièce-titre, dont le dosage exquis résume à lui seul le mystère sophistiqué de Perfect Shapes. Voilà une musique qui enfonce et surélève, qui claque et tamise — un matériel idéal, vous aurez compris, pour l’arrivée des grands froids.


Perfect Shapes

★★★ 1/2
Indie

Madeline Kenney, Carpark Records