Les flâneurs


Odile Tremblay

Rouler en innu

Les albums de Florent Vollant sont faits pour prendre la route en regardant défiler les épinettes au rythme de son blues en langue innue. Alors, comme son dernier-né, Mishta Meshkenu, signifie en français « grand chemin », on se laisse emporter, fermant les yeux en croyant rouler sur la Côte-Nord. Les arrangements sont jolis avec sa guitare, son tambour teweikan, des notes de guitare, de violon, de banjo, de plusieurs instruments. Et quand il entonne Mes blues passent pu dans porte, d’Offenbach, la chanson prend une teinte nouvelle. Le spleen autochtone, soudain collé dessus, nous entraîne ailleurs, et c’est émouvant comme tout.

 


Philippe Papineau

Brillantes lucioles
Avec son plus récent film La disparition des lucioles, le réalisateur Sébastien Pilote frappe un gros coup. Le long métrage qui s’ancre au Saguenay — le resto Chez Georges, le stationnement à étages de la rue Racine ! — se révèle d’une grande beauté, et la lenteur habituelle de Pilote est ponctuée de beaucoup de bonne musique. La finesse et la richesse du personnage de Léonie, joué par Karelle Tremblay, porte ce drame qui fait aussi rire à plusieurs occasions. Le monde adulte, ici, n’a pas le plus beau rôle, alors que les méandres de l’adolescence sont dépeints avec dextérité. Brillantes lucioles, quoi.


Louise-Maude Rioux Soucy

Un Déclin d’une familière étrangeté
C’est un bel écrin théâtral que le tandem formé par le metteur en scène Patrice Dubois et l’écrivain Alain Farah a dessiné pour Le déclin de l’empire américain. De 80 scènes, le film de Denys Arcand est passé à une trentaine bien tassée dans une temporalité toute neuve. Campé en 2017, ce Déclin a délaissé les baby-boomers au profit de la génération sacrifiée. Rien n’y est pareil, exception faite des relations hommes-femmes qui font du surplace. Tout sonne pourtant familier : au premier chef, l’esprit critique, toujours vif, de même que le verbe, encore bien haut. Un captivant exercice de style de retour à l’Espace Go, jusqu’au 27 octobre.


Amélie Gaudreau

Saga louperivoise
En attendant la sortie dans quelques jours de son nouvel opus voyageur, La route du lilas, on peut plonger sans crainte dans le roman précédent d’Éric Dupont, La fiancée américaine, dont la traduction anglaise s’est retrouvée sur la liste des livres finalistes au prix Giller la semaine dernière. Cette saga, celle des Lamontagne de Rivière-du-Loup (jadis Fraserville), est une passionnante chronique d’une famille singulière, à travers le XXe siècle et des deux côtés de l’Atlantique, qui flirte parfois avec le fantastique.