Des femmes à l’honneur au Gala de la SOCAN

Outre Renée Martel (notre photo), Michel Rivard et Jim Corcoran ont été célèbrés lors du Gala de la SOCAN, mardi.
Photo: Source Francofolies Outre Renée Martel (notre photo), Michel Rivard et Jim Corcoran ont été célèbrés lors du Gala de la SOCAN, mardi.

Les grands de la chanson québécoise que sont Renée Martel, Michel Rivard et Jim Corcoran ont été célébrés mardi soir lors de la 29e édition du Gala de la SOCAN, qui rassemblait des centaines d’artisans de la musique, dont beaucoup d’interprètes et d’auteurs-compositeurs. La soirée a aussi ajouté à ses « classiques » treize titres chantés uniquement par des femmes et un groupe majoritairement féminin.

Le gala a hissé au titre de classique toute une série de vers d’oreille qui auront laissé une marque forte. On y trouve trois titres de Marjo (Tant qu’il y aura des enfants, Y’a des matins et À bout de ciel), trois de Laurence Jalbert (Corridor, Tes yeux noirs et Encore et encore), trois de Francine Raymond (Pense à moi, Y’a les mots et Les années lumières). S’ajoutent à cette liste de grands morceaux une pièce de Marie Carmen (Entre l’ombre et la lumière), une de Hart Rouge (Inconditionnel) et deux de Lara Fabian (Je t’aime et Leila).

Toutes ces femmes, « ça rétablit un peu l’équilibre », a lancé Francine Raymond sur scène. Au Devoir, elle ajoute qu’« avant on ne voyait pas notre travail du même oeil. Moi je jouais de la guitare en plus, et ça faisait “gars”. Mais Marjo, Laurence, moi et les autres, on a fait du défrichage pour les prochaines filles, je pense. »

Chaque année, la SOCAN, une organisation de gestion de droits d’auteur, donne le titre de « classique » à des morceaux qui ont été entendus au moins 25 000 fois à la radio depuis leur lancement, qui doit avoir eu lieu il y a au moins vingt ans.

En amont du gala, Gilles Valiquette, qui a passé vingt-six ans au conseil d’administration de la SOCAN, racontait que « la réalité, c’est qu’il y a eu au fil des ans moins de femmes qui se sont investies dans le métier. Mais il y en a beaucoup dans les postes de gestion, dans des postes clés, même ». Patrice Michaud, lui, a trouvé « très judicieuse » cette insistance sur l’apport des femmes. « La parité, c’est un gros paquebot à faire virer. On a peut-être fait un statement ici, un effort pour placer de grandes femmes ensemble comme ça, mais il est tout indiqué qu’on fasse ces grands gestes-là. »

Forte de ses 66 ans de carrière, Renée Martel faisait office de grande sage parmi toutes ces chanteuses récompensées, et elle s’est montrée très émue de son prix Excellence. « Le métier, c’est ma vie, c’est tout ce que je connais à part élever des enfants. Faut le faire, quand on est dans ce métier-là, élever des enfants ! a lancé la dame de 71 ans. Quand on est mère en tournée, il y a une culpabilité qui s’installe. On est prise entre les deux, la famille et la carrière. Je pense avoir réussi les deux. »

Des hommes de mots et de guitare

Certaines des grandes récompenses du gala sont par ailleurs allées à des hommes de mots et de guitare. À commencer par le prix Hommage, donné à Jim Corcoran, qui fait depuis longtemps carrière en musique, mais dont la SOCAN voulait souligner « le rôle de fier ambassadeur de la musique francophone auprès du public anglophone », lui qui a animé pendant trente ans l’émission À propos à CBC Radio One, où il présentait les artistes d’ici au reste du pays. « Quand j’étais jeune, les artistes plus âgés m’influençaient, m’allumaient. Depuis cette expérience de la radio, ce sont beaucoup les jeunes qui me font ça. »

Le prix Empreinte culturelle a quant à lui été remis à Michel Rivard et Beau Dommage pour la pièce Complainte du phoque en Alaska. « C’est une chanson qui a déjà eu son prix dans l’amour que les gens lui portent, a-t-il raconté au Devoir. Et quand les pairs le constatent, l’officialisent, ça fait un petit velours. »

Le titre d’auteur-compositeur de l’année a été remis à Patrice Michaud, aussi récompensé pour sa pièce Kamikaze. Le groupe Arcade Fire et la sensation soul Alexander Castillo Vasquez ont reçu le Prix international, tandis que le rappeur Loud et Hubert Lenoir ont aussi reçu ex aequo le titre de Révélation.

Et la CAQ ?

Sur scène, les artistes gagnants n’ont pas mis l’accent sur ce que pourrait réserver au monde musical le nouveau gouvernement caquiste de François Legault. En entrevue au Devoir, Laurence Jalbert a dit ne pas voir la CAQ d’un bon oeil. « Je suis inquiète, très inquiète. La culture n’a pas fait partie de la campagne, on est loin dans les priorités. »

Patrice Michaud a tout de même dit au Devoir qu’« il y a un détournement du mot changement. Ce n’est pas ça qui est en train d’arriver. Là, c’est juste un changement de couleur. Le vrai changement, il va nous bousculer de nos habitudes, dans nos vies de confort. Mais on ne gagne pas des élections avec des mots comme ça ». Michaud a aussi trouvé inquiétant le silence caquiste sur les enjeux numériques dans les politiques culturelles. « C’est certainement pas en haut de la liste des choses à régler. »

Dans l’action, Jim Corcoran a quant à lui dit que le milieu « est en cas d’espérer et d’exiger que la culture ait une place d’envergure dans le gouvernement ».

Au total, une cinquantaine de prix ont été remis lors de la cérémonie animée par Pierre-Yves Lord, qui avait lieu à la Tohu, à Montréal.