Quand Händel rencontre Philip Glass

Anthony Roth Costanzo a campé un Ptolémée très émouvant et un Bertarido extrêmement tonique avec les Violons du Roy.
Photo: Matthu Placek Anthony Roth Costanzo a campé un Ptolémée très émouvant et un Bertarido extrêmement tonique avec les Violons du Roy.

Pour son premier concert en tant que directeur musical des Violons du Roy, et sa première présence à la Maison symphonique, Jonathan Cohen a démontré son sens du partage, laissant son soliste, Anthony Roth Costanzo, prendre toute la lumière, allant jusqu’à ouvrir le concert non par une pièce orchestrale — comme il est d’usage jusque dans les concerts « pop » de l’OSM —, mais par l’air « Stille amare » de Händel.

Le programme du concert reprenait celui du CD enregistré à Québec en 2017 et paru sur Decca Gold le 21 septembre, à une exception près : sur le disque, les airs de Händel et de Glass sont alternés alors qu’en concert pour des raisons pratiques de disposition orchestrale et de direction (Cohen mène Händel en assurant le continuo au clavecin) chacun était cantonné à une partie.

Les deux bijoux musicaux de Händel avaient été placés en début et en fin de première partie : l’intense « Stille amare » de Tolomeo — les « gouttes amères » du poison que Ptolémée, fils de Cléopâtre, ingère à la fin de l’opéra — et le virtuose « Vivi, Tiranno » (Vis, tyran !) air de Bertarido tiré de Rodelinda. Les deux rôles ont été écrits pour le castrat Senesino, tout comme celui de Guido dans Flavio, dont Roth Costanzo a chanté l’air « Rompo i lacci », coupant, comme ailleurs, mais sans dommages, le récitatif.

Dans plusieurs enregistrements, et sur scène, ces rôles sont souvent assumés par des voix féminines plus amples. Anthony Roth Costanzo a pourtant campé un Ptolémée très émouvant et un Bertarido extrêmement tonique (pour vous situer, c’est Marie-Nicole Lemieux qui chantait Bertarido dans le dernier Rodelinda à Paris en 2017 !). Le contre-ténor a misé sur cette tonicité et cet enthousiasme permanents, jusque dans ses interventions parlées, très chaleureuses, en français. Il a paru très sincère et libéré par rapport à celui que l’on avait vu évoluer ici au concours musical en 2012.

La partie Philip Glass est passée comme une lettre à la poste : une superbe musique, traitée par le chanteur et l’orchestre avec le même sérieux. On pourrait faire ainsi un parallèle entre la finesse des nuances de l’Air du Concerto grosso op. 6 n° 10 de Händel et le galbe dynamique du 1er volet de la 3e Symphonie de Glass. Les « ouh, ouh » de Liquid Days passent mieux en concert qu’au disque alors que la force de l’hymne d’Akhnaten et la folie de 1000 Airplanes (trois airs ont été arrangés pour l’occasion) fonctionnent à plein dans les deux cas.

Excellente idée, donc, que ce concert éclectique, qui a mis l’orchestre un peu en retrait de son soliste et s’est achevé avec deux rappels « How All Living Things Breathe » de Glass et un mémorable « Lascia ch’io pianga » du Rinaldo de Händel.

Seule fausse note, la dame qui a déboulé avant le concert sur la scène sans se présenter ni dire ce qu’elle venait faire là. Geneviève Borne, qui pense certainement que le fenestron lui assure une notoriété universelle, a questionné Jonathan Cohen devant public avec une familiarité déplacée sur le ton de « Jonny, parle-nous de ta vision… » (sic !). Voilà qui me fait attendre avec impatience un « Hey, Bernie, y paraît que t’aimes les beignes aux patates ? », lancé pareillement à Bernard Labadie avant la Messe en si de Bach !

Anthony Roth Costanzo chante Händel et Glass

Händel : Airs de Tolomeo, Flavio, Amadigi et Rodelinda. Concerto grosso op. 6 no 10. Glass : Hymn (extrait d’Akhnaten). Symphonie n° 3 (1er mouvement). Liquid Days, In the Arc of your Mallet, 1000 Airplanes on the Roof. (arrangements de M. Riesman). Les Violons du Roy, Jonathan Cohen. Maison symphonique de Montréal, samedi 29 septembre.