Luc Beauséjour, du clavecin à l’opéra

Luc Beauséjour en répétition avec la mezzo-soprano Stéphanie Pothier et Margaret Little à la viole de gambe.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Luc Beauséjour en répétition avec la mezzo-soprano Stéphanie Pothier et Margaret Little à la viole de gambe.

En programmant Actéon et Les plaisirs de Versailles de Marc-Antoine Charpentier en version scénique, vendredi à la salle Bourgie, Luc Beauséjour et Clavecin en concert élargissent leur palette artistique.

Luc Beauséjour, qui a fêté en mars dernier son 60e anniversaire, est depuis trois décennies notre incontournable claveciniste vedette. L’univers de l’art lyrique ne lui est cependant pas étranger : « J’aimais beaucoup, à l’époque de mes 18 ans, des voix incroyables comme Elisabeth Schwarzkopf, Maria Callas… Mais le disque que j’ai le plus écouté quand j’étais jeune, c’était un « best of » de Janet Baker. Pas forcément du répertoire baroque. J’étais simplement pris par la voix », confie le musicien au Devoir.

Le claveciniste, qui n’est pas un « collectionneur de DVD d’opéra », se rappelle avec émotion ses années au Conservatoire « J’étais organiste et claveciniste et j’avais invité la jeune Karina Gauvin à chanter. Je ne me souviens plus des pièces, mais la manière de respirer, l’attitude, la voix m’avaient enchanté, et c’est comme cela qu’est né son premier enregistrement, Le petit livred’Anna Magdalena Bach. » Parmi ses écoutes récentes, Luc Beauséjour cite « beaucoup de Haendel par William Christie et L’Orfeo de Jordi Savall, qui ont mené à ce que nous faisons aujourd’hui ».

Un rêve vieux de dix ans

Cette actualité, c’est la présentation en version scénique, à la salle Bourgie, le vendredi 5 octobre, des Plaisirs de Versailles et d’Actéon de Marc-Antoine Charpentier (1643-1704). « Il y a une dizaine d’années, nous faisions des plans stratégiques avec le conseil d’administration de Clavecin en concert, et l’opéra était dans ses plans. J’ai toujours aimé la voix. Introduire le chant dans nos saisons a été une considération omniprésente depuis nos débuts il y a 25 ans », résume Luc Beauséjour.

L’objectif de Clavecin en concert est désormais de proposer un programme lyrique de cet acabit par saison : la série entamée la saison dernière avec Venus et Adonis de John Blow doit se renforcer la saison prochaine par une collaboration avec la Fondation Arte Musica. « Cette année, nous sommes autonomes, c’est-à-dire que nous assumons tous les frais. Mais nous le voyons comme un investissement. » L’idée est de pouvoir proposer le spectacle en tournée par la suite. « Comme nous présentons Actéon dans une salle de concert, pourquoi ne pas le refaire ailleurs ? » se demande le chef et claveciniste.

Vous savez, Arte Musica organise quand même 105 concerts par année. Cela devient donc très difficile pour des petits organismes comme nous de ne pas être noyés complètement et il faut, pour nous distinguer, présenter des choses qu’Arte Musica ne propose pas.

 

À la salle Bourgie, l’ensemble instrumental sera dans la salle, et les chanteurs sur scène, une configuration qui s’est imposée après l’expérience Vénus et Adonis de la saison passée. Entre l’œuvre de John Blow et Marc-Antoine Charpentier, le concept a évolué : « Nous voulons développer l’aspect visuel. Nous avons fait appel à un costumier, et les éclairages seront plus travaillés. »

Le créneau de Clavecin en concert est celui des opéras baroques sans trop de déploiements : le budget doit rester dans des limites, et nous ne sommes pas prêts de voir des opéras de Rameau : « Il faut avancer de façon sûre et être en terrain solide avant de faire le pas suivant », analyse Luc Beauséjour.

Actéon a été rodé en novembre 2017 à l’Université de Montréal, où Luc Beauséjour enseigne. Raison pragmatique : « C’est plus facile de monter des opéras que l’on connaît déjà. » Il cite Didon et Enée et The Fairy Queen de Purcell et Orphée descendant aux enfers de Charpentier parmi les ouvrages « à portée » de Clavecin en concert et de sa partenaire à la mise en scène, Marie-Nathalie Lacoursière. « J’ai trouvé une passionnée, et je crois que nous formons un tandem intéressant », se réjouit le musicien.

Une pastorale de chasse

Alors que Charpentier est principalement un compositeur de musique religieuse, Actéon est un petit bijou à part dans sa production, une pastorale. L’histoire d’Actéon a été racontée par Ovide au Ier siècle. Au cours d’une chasse à l’ours, un jeune prince surprend Diane nue en train de se baigner. Comme punition, puisque la déesse ne saurait être vue dénudée par un mortel, le chasseur va être transformé en proie. Actéon, métamorphosé en cerf, mourra dévoré par ses propres chiens.

Si la pastorale est le genre musical, la chasse en est le cadre, et c’est pour cela qu’Actéon fut composé en relation avec des fêtes liées à la chasse à la cour de France. Actéon comporte cependant davantage de dialogues que de scènes d’action.

La partition d’Actéon n’est pas vraiment datée, mais les spécialistes s’entendent pour la situer dans les années 1680. Quant aux Plaisirs de Versailles, c’est un divertissement de 1682, mettant en scène des personnages allégoriques : la musique, la conversation et le jeu.

Ce concert ouvre la 25e saison de Clavecin en concert, et Luc Beauséjour convient qu’il « fallait être un peu original ». « Vous savez, Arte Musica organise quand même 105 concerts par année. Cela devient donc très difficile pour de petits organismes comme nous de ne pas être noyés complètfement, et il faut, pour nous distinguer, présenter des choses qu’Arte Musica ne propose pas. »

Pour son prochain concert, dans le cadre du Festival Bach, Luc Beauséjour a trouvé une idée imparable : « Je propose un concert avec des clavecins de ma collection, voilà quelque chose qu’Arte Musica ne peut pas présenter, puisque ce sont mes propres instruments. » Il y aura ensuite un concert des Noëls français commandé par Radio-Canada pour le Noël Euroradio 2018, et une soirée avec Jean-Philippe Sylvestre le 17 avril lors de laquelle seront associés deux précieux pianos Erard. En mai, le célèbre claveciniste Jory Vinikour mettra un terme à cette saison anniversaire.

Concerts de la semaine

Schéhérazade payant. Revoilà Schéhérazade de Rimski-Korsakov à l’OSM, cinq semaines après le concert gratuit au Stade olympique. Cette fois, le concert sera payant, le dernier mouvement ne sera pas amputé de ses premières pages, et le chef sera James Feddeck, qui avait effectué un remplacement très convaincant en février 2017. En première partie, Truls Mork usera de son talent pour ne pas faire paraître trop rébarbative la Symphonie concertante pour violoncelle et orchestre de Prokofiev. Les 2 et 3 octobre à 20 h à la Maison symphonique.

Rachmaninov. Après leur Rhapsodie sur un thème de Paganini au Festival de Lanaudière à l’été 2016, Nicholas Angelich, Yannick Nézet-Séguin et l’OM se retrouvent pour une intégrale des concertos de Rachmaninov sur deux saisons qui débute avec les Concertos pour piano no 3 (le 6 octobre) et no4 (le 4 octobre). La Symphonie no 1 de Sibelius, en seconde partie, sera le premier volet d’un nouveau cycle discographique chez ATMA. Le 5 octobre, les musiciens se produiront à Toronto. Les 4 et 6 octobre, à 19 h 30, à la Maison symphonique de Montréal.

Actéon. Les plaisirs de Versailles

Avec Jacqueline Woodley, soprano (La Musique), Stéphanie Pothier, mezzo-soprano (La Conversation), Philippe Gagné, ténor (Actéon), Marianne Lambert, soprano (Diane), Chœur et Ensemble Clavecin en concert, Luc Beauséjour, clavecin et direction. Mise en scène : Marie- Nathalie Lacoursière. Salle Bourgie, vendredi 5 octobre, 19 h 30.