Ma Première PdA: finale auteur-compositeur-interprète - Par quatre chemins

«Quatre chanteurs et vingt chansons différentes», proposait l'animatrice Louise Forestier d'entrée de jeu. Elle avait bien raison. Foncièrement diverses, qu'elles étaient, les chansons. Singulièrement singulières. Variées, au sens véritablement varié du terme, à l'opposé de ce qu'on appelle les variétés et qui est aujourd'hui plus que jamais une sorte de hachoir-entonnoir d'où ne sort qu'une seule sorte de chanteur ne sachant que beurrer épais la même chanson. C'est ce que je retiens de cette première finale absolument relevée du concours Ma Première Place des Arts, dédiée aux auteurs-compositeurs-interprètes (suite la semaine prochaine avec la finale interprète): plus que la victoire à l'arraché de David Marin, plus que le prix de la chanson de l'année décerné à Tommy Boivin pour la très chouette Jack, c'est ce caractère panoramique qui faisait hier vraiment plaisir.

Certes n'étions nous que quelques centaines à la Cinquième Salle pour assister à l'avant-dernière soirée de la dixième saison de ce concours que tient à bout de bras François Guy et la SACEF (Société pour l'avancement de la chanson d'expression française), chiffre qui fait méchamment chenu à côté des 2,8 millions d'assidus de Star Académie, et il y a fort à parier que les artistes en présence hier n'écouleront jamais autant de disques qu'un Wilfred, mais il n'y avait pas moins motif de fierté: la chanson québécoise était hier vivante et vitale, et elle avait de l'avenir. Quatre fois de l'avenir.

Il fallait un lauréat, il y en a eu un. C'est celui qui a le plus impressionné en seconde partie, passant à la toute fin, avantage non négligeable quand on met le paquet. David Marin, bombardé auteur-compositeur-interprète de l'année, n'annonçait rien de gagnant avec sa dégaine de Serge Fiori et ses airs folk tirant sur le country, mais il avait comme on dit dans le monde du sport de la profondeur au banc: ses dernières chansons ne manquaient ni d'intensité ni de pertinence.

Ce n'était pas mon choix. Je lui ai de loin préféré Tommy Boivin, qui avait l'ingrate position du premier appelé sur scène, ce qui ne l'a pas rendu moins nerveux: gaffeur, le diminutif gaillard de Baie-Saint-Paul m'a tout de suite été sympathique, et ses p'tites histoires en forme de chansons, généralement des évocations d'enfance ou d'adolescence, étaient aussi attachantes que lui, d'une justesse si criante dans le détail que je pensais à Mon Chum Rémi des Cowboys Fringants.

Les autres aspirants n'étaient pas négligeables pour autant: Manuel Gasse, vétéran des concours, croisé un peu partout ces dernières années, était sans doute le plus doué de la fournée, mais ses jolies séquences d'accords ne faisaient pas complètement oublier le côté je-me-moi un peu énervant des textes. Plus faible en fond comme en forme, Jérémie Droulers compensait amplement en exubérance et en énergie contagieuse. On les reverra tous, assurément. Et bien plus longtemps que les diplômés de la télé.