Jeremy Dutcher remporte le prix Polaris 2018

Après Buffy Sainte-Marie (2015) et Tanya Tagaq (2014), Jeremy Dutcher est le troisième artiste autochtone à gagner le prestigieux prix musical.
Photo: Tijana Martin La Presse canadienne Après Buffy Sainte-Marie (2015) et Tanya Tagaq (2014), Jeremy Dutcher est le troisième artiste autochtone à gagner le prestigieux prix musical.

Le prix Polaris, qui récompense le meilleur album canadien sans égard au genre musical ou aux ventes, a été remis lundi soir à Jeremy Dutcher pour son tout premier disque, Wolastoqiyik Lintuwakonawa. Après Buffy Sainte-Marie (2015) et Tanya Tagaq (2014), Dutcher est le troisième artiste autochtone à gagner le prestigieux prix musical.

Jeremy Dutcher, un créateur et musicologue ayant grandi au Nouveau-Brunswick, mais qui vit aujourd’hui à Toronto, met en valeur sur Wolastoqiyik Lintuwakonawa ses racines malécites, lui qui vient de la nation de Tobique. Pour créer le disque, le ténor a utilisé des archives sonores vieilles de plus de 100 ans du Musée canadien de l’histoire. Il a repris d’anciennes mélodies de son peuple pour les faire vivre sur une musique où se chevauchent la pop, l’opéra et la musique classique. Le titre du disque signifie « nos chansons malécites ».

« L’idée était d’honorer ces mélodies, d’y rester fidèles et de ne pas essayer de les dénaturer », a raconté Dutcher lors du gala à Rich Terfry, alias Buck 65, qui a mené quelques entrevues de fond avec certains artistes en nomination. À côté des énergiques prestations musicales, les longues discussions brisaient certes le rythme du gala animé par Raina Douris, de CBC Music, mais étaient dignes de ce prix portant sur la création et la qualité musicale.

En gagnant ce 13e prix Polaris, remis en soirée au Carlu, à Toronto, Jeremy Dutcher est reparti avec une bourse de 50 000 $. Un grand jury formé de onze journalistes, animateurs et blogueurs a choisi lors de discussions trois finalistes avant de procéder à un vote secret parmi ces derniers choix.

En récoltant son prix, couvert d’un chapeau haut de forme à plumes et vêtu d’un chandail de sports des Indians de Cleveland, Jeremy Dutcher a affirmé que « la musique est en train de changer ce pays. Ce que je vois ici, c’est le futur, ce qui s’en vient. » Le musicien a d’abord prononcé quelques mots dans sa langue, à l’intention de son peuple, puis il a dit : « Canada, tu es au coeur de la renaissance autochtone. Es-tu prêt à entendre la vérité ? » Entouré de son équipe, il a ensuite ajouté qu’il faisait « ce travail pour honorer ceux qui sont passés avant. Et je dépose des empreintes [footprints] pour ceux à venir. C’est une part du continuum de l’excellence autochtone, et vous en êtes les témoins. »

Les finalistes

La liste des dix finalistes se faisait cette année le double miroir de la variété musicale de l’époque et des préoccupations sociales du moment, incluant entre autres le groupe queer Partner et des artistes aux racines autochtones, dont Dutcher mais aussi le duo rap Snotty Nose Rez Kids.

Trois Québécois étaient cette année en lice pour obtenir le prix Polaris : Pierre Kwenders, Jean-Michel Blais et Hubert Lenoir, le seul artiste tout francophone parmi les finalistes. Les trois Québécois se sont fait remarquer avec des prestations fortes. Lenoir, avant de grimper sur les tables de la salle et de siffler les bières du public, a lancé un « I am the french canadian nightmare ! » bien senti. Le pianiste Blais s’est montré virtuose, manipulant les cordes du piano pour en modifier le son, alors que Kwenders a joué la carte de la musique suave lors de plusieurs parcelles de son répertoire.

Les autres artistes en nomination étaient Alvvays, Daniel Caesar, U.S. Girls et Weaves. Tous les finalistes repartent avec un prix de 3000 $.

À ce jour, le seul grand gagnant francophone du Polaris a été Karkwa, en 2010, pour le disque Les chemins de verre. Plusieurs Anglo-Montréalais ou musiciens instrumentaux d’ici ont toutefois gagné la prestigieuse récompense, dont Kaytranada (2016), Godspeed You ! Black Emperor (2013), Arcade Fire (2011) et Patrick Watson (2007). C’est Lido Pimienta qui a remporté le Polaris l’année dernière.