Les Cowboys fringants et l’OSM: l’indescriptible soirée

Le chanson «Étoiles filantes» est devenue magique avec un public simulant les étoiles à l’aide de cellulaires.
Photo: Antoine Saito Le chanson «Étoiles filantes» est devenue magique avec un public simulant les étoiles à l’aide de cellulaires.

Avec Mika, le public de la série « OSM Pop » était allé à la messe. Avec Les Cowboys fringants, il est passé directement à la communion. La soirée a fini dans le délire, sur des « Ohé-Ohé » d’une foule ne bougeant pas d’un poil alors que toutes les lumières de la salle s’étaient allumées et que les portes des coulisses demeuraient fermées. C’est le Konzertmeister Olivier Thouin qui a donné le signal de la retraite à tous.

Les premiers signes d’une soirée peu ordinaire, d’un concert qui marquerait la série « OSM Pop », avaient été donnés dès Droit devant, la première chanson du programme, qui a fait se lever le public. L’orchestrateur Simon Leclerc avait pourtant prévenu que l’exercice, le dépaysement, demanderait « une certaine ouverture d’esprit ». Le public des Cowboys fringant en dispose visiblement.

Ce fut chaud. Très chaud. Fort. Très fort. Ici, personne à genoux pendant les hymnes : une foule debout, trépidant à l’unisson sur En berne ou La manifestation. Le public s’est payé un « party » géant à la Maison symphonique dans une ambiance électrique.

La science de l’équilibre

Les Cowboys et Simon Leclerc se sont entendus sur la symphonisation de vingt chansons équitablement tirées de cinq albums : Motel Capri (2000), Break syndical (2002, cinq titres), La grand-messe (2004), L’expédition (2008) et Octobre (2015). Évacués les contenus des deux premiers opus, ainsi que Sur un air de déjà-vu (2009) et Que du vent (2011).

Le projet a été intelligemment mûri, car l’équilibre entre le ton plus ardent de Break syndical (Toune d’automne, En berne, La manifestation, Joyeux calvaire, L’hiver approche), le militantisme écologique de La grand-messe (8 secondes, Plus rien), dont étaient aussi tirées les incontournables Étoiles filantes (second rappel, magique avec un public simulant les étoiles à l’aide de cellulaires) et La reine, et les évolutions musicales ultérieures de L’expédition (Droit devant, Une autre journée, La bonne pomme, La tête haute) et d’Octobre a été parfaitement balancé par un agencement habile. Toutes les époques, tous les thèmes, toutes les atmosphères tous les rythmes se succédaient de manière déterminée et pertinente.

Des défis

Parmi les enjeux de la symphonisation, il y avait la gestion de la « trépidance vindicative » de bon nombre de chansons des albums emblématiques de 2002 et 2004. Il y avait aussi, et on y pense moins, la contribution des membres du groupe qui n’assurent pas la partie vocale principale. En d’autres termes, comment ne pas laisser de côté Jean-François Pauzé, Marie-Annick Lépine et Jérôme Dupras ? Pour Marie-Annick Lépine, une partie de violon amplifié et l’accordéon ont cadré sa présence. Pour Jean-François Pauzé et, surtout, Jérôme Dupras, le cas était plus délicat, puisque leurs guitares sont submergées par l’orchestre. Dupras et Pauzé ont participé à la fête, sans mise en relief particulière. Tous les numéros de Karl Tremblay en solo avec l’OSM (Droit devant, Les vers de terre, La reine, Pub royal) montraient bien, par la finesse de l’alliance avec l’orchestre et l’intelligibilité de l’orchestration, que l’exercice est plus propice aux chanteurs et chanteuses qu’aux groupes.

En matière de rythmes trépidants, il n’y a pas de miracles. Dans l’archétypique Joyeux calvaire, l’OSM se transforme en band géant, avec prédominance de cuivres et percussions. En pratique, avec des Cowboys aussi surexcités, un autre défi et une autre limite apparaissent en cours de soirée : le phénomène Cowboys fringants lui-même.

Contrairement au concert Mika, que nous prenions en exemple, les fans ne sont pas venus pour écouter, mais pour participer. Au même titre que l’orchestre déborde et marginalise la contribution de Dupras et Pauzé, le public, qui chante et tape des mains, marginalise l’orchestre pendant une bonne partie du concert.

On ne peut donc juger pleinement du travail de Simon Leclerc à l’aune de la subtilité de ce qui a été accompli avec Mika. Mais, comme avec ce dernier, certaines chansons moins connues, La tête haute, La bonne pomme ou Pub royal, sortent grandies de l’exercice symphonique.

Dans Droit devant, on voit tout ce que l’orchestre peut ajouter : des couleurs supplémentaires au fur et à mesure des strophes. La patte de Simon Leclerc est pleinement perceptible dans Les vers de terre, qui débute en forme de habanera et finit comme un boléro dans un immense crescendo. L’orchestrateur se pique d’ajouter au message du texte écologique de Plus rien une touche d’esprit en concluant avec un extrait d’Une nuit sur le mont chauve de Moussorgski : la sorcellerie écologique de l’homme aura raison du monde… Magnifiques aussi, les introductions, comme des énigmes sur ce qui va suivre, avec des traits d’esprit comme cet appel au drapeau avant En berne.

Ce fut une excellente idée d’inviter le baryton (classique) Dominique Côté à chanter Une autre journée, les Cowboys jouant aux choristes et aux facétieux, Frannie Holder contribuant à Marine marchande. Un dernier mot pour les excellents éclairages qui ont soutenu et relayé la vive tension de cette soirée hors du commun.

Le succès de Simon Leclerc et l'OSM dans l'adaptation de ce répertoire folk-rock laisse désormais grandement espérer une collaboration future avec le foisonnant et allumé Sanseverino, aux textes puissants alliés à des univers tout aussi musicalement déjantés et encore plus variés. 

OSM Pop

Les Cowboys fringants. Vingt chansons adaptées par Simon Leclerc. Avec Les Cowboys fringants (Karl Tremblay, Jean-François Pauzé, Marie-Annick Lépine, Jérôme Dupras). Artistes invités : Dominique Côté et Frannie Holder. Orchestre symphonique de Montréal, Simon Leclerc. Maison symphonique de Montréal, mardi 11 septembre. Reprises : mercredi, jeudi, vendredi.