Ouri, FouKi, Xarah Dion au FME: une soirée record

Fouki, samedi soir au FME
Photo: Christian Leduc Fouki, samedi soir au FME

Le Festival de musique émergente d’Abitibi-Témiscamingue a battu des records d’assistance pour un concert payant samedi soir lors du second programme rap de sa 16e édition mettant en tête d’affiche de la grande scène extérieure Loud et l’étoile montante FouKi, deux des MCs les plus populaires de la scène actuelle. Or, c’est le jeune premier Zach Zoya, un artiste du coin, qui a le plus impressionné durant cette soirée largement épargnée par les affres météorologiques.

Après une journée complète sous la flotte et les coups de tonnerre, on craignait le pire : la pluie viendra-t-elle gâcher le grand concert du trio rap le plus hot de l’heure ? Fiou, le ciel s’est calmé autour de 19 h, les avertissements d’orages violents sont tombés, et hormis quelques petits crachins subits et subitement passés, rien n’est venu gâcher cette soirée achalandée et électrique.

De Loud et FouKi, dont nous avons déjà tant parlé au cours des derniers mois, soulignons simplement combien ils étaient attendus par les fans de la région, qui rappaient avec eux chacune des chansons de leurs albums respectifs. Les deux ont également démontré combien le métier rentre après avoir passé l’été au complet à se produire sur toutes les scènes de la province ; ils connaissent déjà tous les trucs, toutes les petites phrases qu’il faut lancer, pour mettre une foule à sa main.

Photo: Dominic McGraw Le rappeur Zach Zoya

On devine aussi que Loud et FouKi ont senti la pression d’offrir leur meilleur concert de la saison venir du bas de l’affiche : Zach Zoya, enfant du pays minier, était non seulement attendu par tout Rouyn-Noranda qui l’a vu grandir ou l’a côtoyé à l’école et à l’aréna local, mais il a livré un concert franchement impressionnant.

Nous le savions déjà talentueux en studio, possédant si tôt (20 ans) une voix et une verve qui lui vaut l’étiquette d’espoir du rap anglo-québécois. Sur scène, avec son DJ et un hype man à ses côtés, il a offert un concert exemplaire — quelle présence sur scène il a, Zoya ! Il chante d’une voix juste et forte, rappe avec l’habilité qu’on lui connaît, mais s’adresse aussi intelligemment à la foule, bouge comme s’il voulait s’en prendre au monde entier, le torse bombé et le poing fermé sur le micro. Le gars avait toute notre attention, et pas simplement par chauvinisme : le rappeur de Rouyn a le potentiel, et visiblement l’appétit, pour conquérir la planète.

Xarah et Ouri

Dès que Loud a fermé les lumières sur la scène principale de la 7e rue, l’auteure-compositrice-poète Xarah Dion a allumé celles de ses synthétiseurs, profitant du flux de fans de rap se dirigeant vers la sortie ou les bars pour les attirer près de sa petite scène adjacente. Ça allait donner un choc, s’imaginait-elle avant le concert : sa forme techno sombre et de chant lyrique ne conviendra peut-être pas tout à fait aux fans de rap québécois…

C’était sans compter sur la grande ouverture musicale des festivaliers… et d’un coup de main de mère Nature, qui distribuait quelques brèves ondées, rapprochant ainsi les spectateurs de la scène couverte où elle se produisait. Plus douce durant les deux ou trois premières chansons, Xarah Dion a ouvert les machines une fois le plancher de danse bondé. Ça a marché : la curiosité initiale à l’égard de sa proposition techno-EBM (pour Electronic Body Music, genre électro-industriel dansant des années 1980 et 1990) agrémentée d’effets dub, sur laquelle elle récite ses textes ou fait voler sa voix fine, a ensuite fait place à l’envie de danser. La scène amusait grandement Dion, qui a offert une sacrée belle performance — vivement la parution de son troisième album, dont elle nous a offert quelques prometteurs extraits.

Passé deux heures du matin, c’est Ouri qui a eu l’honneur de donner le coup d’envoi à la nuit électronique du FME, au Petit Théâtre du Vieux Noranda. Une semaine après sa performance en DJ pour le Piknic Électronik de MUTEK, la voilà en live, seule sur scène devant sa lutherie électronique. Concert en trois temps pour la compositrice électronique, qui a ouvert avec un breakbeat planant et spacieux, presque dancehall dans ses motifs rythmiques, qu’elle a longuement développé pendant que les danseurs prenaient place. Le segment plus house et garage qui a suivi a véritablement lancé la soirée : après avoir observé la musicienne jongler avec les différents matériaux sonores de ses compositions, le public a commencé à bouger du mollet, puis des hanches, et ainsi de suite jusqu’à la portion plus techno et charnue (et meilleure !) de sa prestation.

Teke Teke

Un peu plus tôt, ça jasait entre professionnels du milieu : le concert du projet Teke Teke, qui se produisait en première partie de l’orchestre rock expérimental Yamatanka//Sonic Titan, suscitait la curiosité. Des musiciens japonais, vraiment ? Un hommage musical à la culture manga — ou serait-ce plutôt à la musique des vieux films d’arts martiaux ? Allons voir de plus près.

La prestation a démarré autour de minuit, dans le sous-sol du Petit Théâtre du Vieux Noranda, avec un des musiciens nous saluant (en japonais), avec un curieux masque sur la tête, alors que des projections de dessins animés défilaient frénétiquement en arrière-plan. Nonobstant leurs racines asiatiques, on reconnaît bien là quelques musiciens montréalais, le bassiste de Patrick Watson, le guitariste d’un orchestre post rock local… Le projet, lui, est singulier : le profil Bandcamp du groupe qui a lancé un EP (Jikaku) au printemps dernier évoque un hommage au « légendaire » guitariste Takeshi Terauchi, le « Dick Dale » du Japon. Le nom du groupe, lui, fait référence à une histoire de fantôme japonais.

Sept musiciens sur scène, dont une guitariste/claviériste et une chanteuse et flûtiste, qui distillent une forme orientale, dans ses motifs mélodiques, de surf rock et de groove funk-rock des années 1970, essentiellement instrumental, avec quelques compositions originales chantées. De chancelant en début de spectacle, la section rythmique incertaine, les solos de guitares mal canalisés, Teke Teke a gagné de l’assurance — et des fans — plus le concert avançait. À la fois exotique et familier dans sa forme rock, le son du groupe ne s’articule qu’autour d’une seule idée, mais une divertissante idée. À revoir.