Une Virée classique radieuse

Dès le premier concert dirigé par Kent Nagano, à 12h15, la Maison symphonique remplissait très bien et les couloirs de la Place des Arts se garnissaient à vue d’oeil.
Photo: Pure Perception Dès le premier concert dirigé par Kent Nagano, à 12h15, la Maison symphonique remplissait très bien et les couloirs de la Place des Arts se garnissaient à vue d’oeil.

La Virée classique s’est déplacée cette année de la mi-août à la Fête du travail, calendrier du directeur musical de l’OSM (occupé à Salzbourg cet été) oblige. Le changement n’a pas eu de conséquences notables à première vue en termes de fréquentation.

En voyant une demi-salle pour le récital d’Alexeï Volodine samedi à 11 h nous étions inquiets que le déplacement de la Virée aurait des effets néfastes. Mais dès le premier concert dirigé par Kent Nagano, à 12 h 15, la Maison symphonique remplissait très bien et les couloirs de la Place des Arts se garnissaient à vue d’oeil. Le millésime 2018 n’enregistrera probablement pas une assistance record et comptait un peu moins d’enfants par rapport à nos souvenirs des deux dernières années, mais rien de très notable. Les chiffres nous le diront.

Familles et gratuité

J’ai croisé familles et enfants rieurs à la projection de deux films de Laurel et Hardy avec accompagnement d’orgue que j’avais ajouté à mon programme initialement prévu. Je n’arrive décidément pas à comprendre pourquoi ces concerts de films avec musique improvisée en direct ne remplissent pas : l’exercice est unique, fascinant et spectaculaire.

Samedi après-midi, Gabriel Thibaudeau, un spécialiste pourtant, n’a pas ébloui autant que Philippe Bélanger ou Thierry Escaisch dans le même exercice. Les formules musicales étaient efficaces juste ce qu’il faut pour « assurer le show », mais assez convenues et répétitives en texture et nature.

Les originalités de ce millésime 2018 étaient les expositions d’instruments, les projections gratuites de films musicaux (files d’attentes éloquentes) et les prestations musicales en continu sur l’espace George-Émile-Lapalme, très fréquentées quand nous y sommes passés. Reste à savoir à quoi bon le vacarme des percussions Architek dans un endroit si confiné.

Volodine : la confirmation

Des concerts que nous avons vus, le récital d’Alexeï Volodine, après un départ un peu tendu, s’est splendidement déployé, dans une transcription de La Belle au bois dormant, avec des atmosphères magiques et, partout, une tenue exemplaire : tous les rythmes, toutes les notes et les articulations y étaient. Quel merveilleux artiste, d’une grande intégrité. Volodine n’a pas « splashé » son Islamey de Balakirev, comme l’inimitable Nareh Arghamanyan, mais c’était admirable aussi.

J’ai eu des commentaires circonspects sur Paul Lewis lors de son dernier passage à Montréal, dans le 3e Concerto de Beethoven. Je demeure aussi dubitatif après le 27e de Mozart. Le pianiste a certes beaucoup de tenue, mais il manque une magie dans le toucher et une hauteur suprême (façon Curzon, Moravec ou Blackshaw) dans la pensée musicale.

La caractéristique principale de son 27e Concerto de Mozart est de souligner l’italianité du Larghetto central en l’ornementant façon décor rococo. On peut imaginer qu’une plus grande finesse ou sensibilité aux modulations mette en avant la douleur, voire le désespoir de Mozart qui se cache derrière le chant.

Lors de ce concert, Kent Nagano dirigeait la transcription par Schoenberg de la Valse de l’Empereur de Strauss. On signalera au public présent l’enregistrement des Boston Chamber Players (DG) qui rend justice à cette transcription pour 7 musiciens, qui avait pour visée la « Hausmusik » (musique à la maison) et non un orchestre de chambre.

Le concert Bach sur l’heure du midi (ou presque) est l’un de ces bonbons musicaux que la Virée permet naturellement. En effet, en saison, l’OSM doit occuper un maximum de musiciens chaque semaine, alors que lors de la Virée un nombre défini et non extensible d’instrumentistes doit assurer le plus grand nombre possible de concerts.

Un programme Bach avec trois clavecins à la Maison symphonique de Montréal est donc rare, typiquement possible à la Virée et nous en avons bien profité, même si, hélas, le second clavecin s’est déglingué pendant le Finale (bruit parasite du mécanisme). Ce concert avec les excellents flûtistes à bec Vincent Lauzer et Caroline Tremblay aurait mérité que la Place des Arts tire les rideaux de la Maison symphonique pour donner plus de corps et d’intimité au son.

La Virée se poursuivait en soirée, samedi et, en matinée, dimanche par un grand concert choral sans orchestre. À partir de jeudi, place à la saison 2018-19 !

Virée classique

Concert 9 : Récital Alexeï Volodine : Medtner, Tchaïkovski, Balakirev. Concert 12 : Infiniment Bach. Avec Luc Beauséjour, Geneviève Soly et Mark Edwards (clavecins) et Mayumi Seiler (violon). Direction : Kent Nagano. Concert 15 : Nagano dirige les grands de Vienne. Avec Paul Lewis (piano). Concert 19 : Laurel et Hardy. Orgue et cinéma, avec Gabriel Thibaudeau.