Des guitares partout sur les disques (parmi quelques claviers)

Salomé Leclerc a décrit son prochain album, que l’on pourra entendre cet automne, comme «l’aboutissement d’une évolution vers un ailleurs à la fois plus organique et électrique».
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Salomé Leclerc a décrit son prochain album, que l’on pourra entendre cet automne, comme «l’aboutissement d’une évolution vers un ailleurs à la fois plus organique et électrique».

Des électriques, des acoustiques. Des pickings, des riffs. Du rock, du country-rock, du folk, du country-folk, du folk indie. Partout, les guitares résonnent. On n’a pas encore entendu le nouvel album de Salomé Leclerc, qui sort fin octobre, mais la première montréalaise du spectacle qu’annonce le festival Coup de coeur francophone parle de « l’aboutissement d’une évolution vers un ailleurs à la fois plus organique et électrique ». Comme dans : guitare électrique.

Ton corps est déjà froid, l’album-choc que lançait cette semaine sans prévenir le groupe ad hoc de rock Les Beaux Sans-Coeurs, avec Pierre Lapointe sans piano et quatre as musiciens en formation guitares-basse-batterie comme les Rolling Stones en 1965, n’est pas du tout électro et tout à fait électrique (voire électrisant). Klaus, le projet parallèle de François Lafontaine avec Samuel Joly et Joe Grass, revient aussi à la base du groupe rock de guitares.

Catherine Durand va revisiter ses vingt ans de chansons : oui, avec des guitares, beaucoup de guitares. Richard Séguin, guitare en bandoulière mais pas tout seul sur le chemin, proposera Retour à Walden : sur les pas de Thoreau. Jorane et Hugo Perreault, entre autres, tisseront un pont de cordes pour lui permettre d’aller au fond de l’histoire du philosophe, à qui l’on doit l’idée même de la désobéissance civile.

Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Richard Séguin s’immerge dans l’univers de Henry David Thoreau, avec «Retour à Walden: sur les pas de Thoreau».

Des guitares, il y en aura plein les albums du duo Mountain Daisies (Nouvelle maison, leur premier lotissement de compositions originales), d’Émilie Clepper (un album en français sous la bannière d’Émilie Clepper et La Grande migration ; c’est Tire le coyote qui réalise), de Pascale Picard (The Beauty We’ve Found, arrangé par Antoine Gratton), et ainsi de suite.

Pour le Maladies d’écrans de Vincent Appelby, on promet des « guitares saturées ». Attendu en novembre, le prochain disque de Renée Martel, où il y aura une reprise de Gaston Mandeville, n’ira pas sans belle Martin délicatement grattée. Joseph Edgar, David Marin, Fred Pellerin, Thomas Hellman, Florent Vollant : tous poursuivront cet automne leur voyage de musique comme on faisait de la drave debout sur des billots. À base de bois.

Tout ça alors que le mythique fabricant Gibson est en faillite. Ce qui n’est pas le cas des guitares de chez nous, les Boucher, les Godin, les XXL. Pensez qu’il y a dorénavant une Boucher signature Patrick Norman ! Cela étant, toutes ces guitares reviennent en force dans un monde encore très peuplé de claviers : les nouveaux albums des Ariane Moffatt, Koriass,Christine The Queens et Alaclair Ensemble ne seront pas bluegrass, disons.

Le deuxième disque de la phénoménale Jain, le Souldier dont elle nous dévoilait la moitié des titres au dernier FIJM, est très résolument électro. Le prochain Chilly Gonzales sera solo piano. Les plus belles pièces d’Egypt Station, l’album de Paul McCartney dont on promeut la sortie depuis des mois, sont à base de piano.

Et notre cher Éric Goulet, homme de guitares s’il en est, offrira fin octobre dans l’ombre de son Monsieur Mono un plein disque joué comme un seul homme, au piano (hanté par des cordes). Le titre est plus qu’évocateur : Le grand nulle part. On ne peut pas tout jouer avec une guitare.

Anniversaires et archives

C’était plus que prévisible : on démarre cet automne l’opération fonds de commerce de feu Prince. L’homme aux appellations multiples a amassé des démos, versions et pièces inédites en telle quantité que les fans seront servis jusqu’à la fin des temps (qui n’est peut-être pas si éloignée).

Par ailleurs, le cinquantième anniversaire de la parution de l’album double The Beatles (dit « l’album blanc ») sera dûment célébré par un coffret où l’on espère enfin obtenir TOUS les démos enregistrés par le quatuor chez George Harrison avant le début des sessions de l’été 1968 : la date de sortie n’est pas encore précisée, mais Sir Paul a confirmé que c’était en chemin.

Ce que l’on sait de façon certaine, c’est que le cinquantenaire du moins célébré mais non moins admirable The Kinks Are The Village Green Preservation Society nous vaudra un boîtier « super deluxe » de cinq disques audionumériques, trois 33 tours et autant de 45 tours. Ça fait beaucoup. Beaucoup de musique, et beaucoup de sous. Ma lettre au père Noël est déjà à la poste : on ne sait jamais. Mon cochon de plâtre n’a pas trop confiance : des craquelures de stress sont déjà visibles.