Zach Zoya, dans le rap comme au hockey

Zach Zoya assure que l’étincelle qu’il a eue pour le rap s’est manifestée avec l’arrivée d’Eminem et son succès «Lose Yourself».
Photo: Visually Tasteful Zach Zoya assure que l’étincelle qu’il a eue pour le rap s’est manifestée avec l’arrivée d’Eminem et son succès «Lose Yourself».

« J’ai toujours dû faire face à l’adversité, raconte Zach Zoya. Je viens de l’Abitibi. Je jouais au hockey. Quand toute l’équipe arrivait d’Abitibi pour jouer contre Montréal, qui compte un gros bassin de population, statistiquement, on le savait qu’on allait se faire péter la gueule. Mais on était là quand même pour jouer. » Le rappeur s’attaque désormais à une équipe encore plus imposante : celle de la scène rap américaine. Celui que l’on désigne comme un des meilleurs espoirs du rap anglo-québécois prépare son invasion avec un nouvel EP, Misstape, qu’il présentera au Festival de musique émergente à Rouyn-Noranda le samedi 1er septembre.

« Ce sont de grandes ambitions », convient Zach Zoya. Il vient d’avoir vingt ans et ses rêves ne connaissent pas de frontières. « Je me suis posé la question : est-ce que j’essaie de rapper en français plutôt qu’en anglais ? La vraie question est plutôt : est-ce que je veux rejoindre les fans de rap du Québec ou de la planète entière ? » Les deux, évidemment, ne sont pas forcément en opposition, seulement « quand j’ai commencé à faire du rap, c’est celui des États-Unis qui m’influençait. La musique que j’écoutais venait de là-bas. C’est ce que j’écoute, c’est ce que je veux faire ».

Né de l’union d’un Sud-Africain d’origine et d’une mère de Québec ayant quitté Montréal pour Rouyn-Noranda, « je haïssais le rap, avoue Zach. Mais j’aimais beaucoup la musique, le chant, les mélodies. Plus jeune, je me demandais : pourquoi parler sur une chanson au lieu de chanter ? Ça m’a pris un bout de temps avant de comprendre ». L’étincelle est venue de la bouche d’Eminem et de son succès Lose Yourself, « je devais alors avoir huit ans. Mais c’est surtout quand j’ai découvert une autre génération de rappeurs, les Kendrick Lamar, Drake, que j’ai vraiment accroché. C’est là que j’ai réalisé que c’est ça que je voulais faire dans la vie ». Il a composé ses premiers textes à l’âge de seize ans, goûté à la scène peu après.

Je haïssais le rap. Mais j’aimais beaucoup la musique, le chant, les mélodies. Plus jeune, je me demandais : pourquoi parler sur une chanson avant au lieu de chanter ? Ça m’a pris un bout de temps avant de comprendre.

Exit le cégep

Tant pis pour le cégep. Ses parents, universitaires, l’ont compris : « Je leur ai dit : “Je pars tenter ma chance à Montréal, j’essaie d’ouvrir des portes. Si ça ne fonctionne pas au bout d’un an, je retourne aux études.” » Il y a moins de deux ans, Zach Zoya lançait à compte d’auteur un premier mixtape, Zach Zoya 1.0. Les médias spécialisés en rap québécois ont relevé l’effort, « j’ai alors commencé à attirer l’attention des maisons de disques », notamment celle de 7e Ciel et de son patron abitibien, Anodajay, également l’étiquette de Koriass, Dramatik, FouKi, Alaclair Ensemble. Un p’tit gars du coin, un diamant brut au pays des mines, l’occasion était trop belle pour ne pas lui offrir un contrat de disques.

« Moi, ce qui m’allume, ce sont les mélodies, et les flows [prosodies] avec lesquels j’expérimente. » On sent la fluidité et le sens du rythme dans la voix du jeune homme qui a lancé l’an dernier deux premiers singles remarqués, Who Dat et Superficial, lesquels accumulent déjà presque 600 000 écoutes sur Spotify. Avec ce nouvel EP produit par l’as compositeur lavalois High Klassified, Zach Zoya passe à un autre niveau : cette fois, c’est la mélodie qui prime, délicatement déposée sur des rythmiques de classe mondiale. Le ton spleenesque, la voix qui chante autant qu’elle récite. Lancé la semaine dernière, Misstape soutient bien les comparaisons avec le style atypique et novateur de Young Thug, lequel sera en concert au Centre Bell le 5 octobre prochain, en première partie de J. Cole.

Zoya reconnaît l’influence, « parce que tous les rappeurs de ma génération seront influencés par les mêmes chansons », dont celles de Thug. Sa prosodie, cependant, lui vient plutôt du style de « Kendrick Lamar, Vic Mensa, Isaiah Rashad, que je combine avec le style chanté de Chance the Rapper, disons. Thug m’inspire dans la manière dont il utilise sa voix. C’est un des rares dans le rap qui fait attention à la mélodie et au son de sa voix — quand tu écoutes une chanson de Young Thug pour la première fois, tu ne fais même pas attention au texte, juste à sa manière de le dire et de le chanter ».

Zach Zoya estime que ses origines abitibiennes peuvent devenir un avantage dans sa conquête américaine : « Tu croises un jeune dans n’importe quelle ville des États-Unis, il y a de bonnes chances qu’il rêve, lui aussi, de percer dans le milieu du rap, comme beatmaker ou comme rappeur. La concurrence est énorme. À Montréal, au Québec, on est beaucoup moins nombreux ; si quelqu’un se donne la peine de chercher du talent ici, j’ai pas mal plus de chances de me faire remarquer. » Un premier album officiel est déjà dans les plans — « j’ai assez de nouvelles chansons pour sortir deux disques », confirme le rappeur —, et son équipe et lui nourrissent des relations d’affaires avec des acteurs de la scène rap torontoise. Entre-temps, Zoya donnera un concert samedi 1er septembre, 20 h, sur la scène extérieure du Festival de musique émergente.