Un premier disque de fin de soirée pour Choses Sauvages

Les musiciens de Choses Sauvages se connaissent depuis une dizaine d’années.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les musiciens de Choses Sauvages se connaissent depuis une dizaine d’années.

Les gars de Choses Sauvages sont bons joueurs, mais on commence quand même à les sentir un peu agacés par nos questions à propos du premier album qu’ils lanceront la semaine prochaine à Rouyn-Noranda, pendant le Festival de musique émergente. Du genre : mais que diable avez-vous fait des longs grooves que vous balancez si efficacement en spectacle ? Comment est-ce possible qu’on tombe sur des chansons de deux minutes et trente-sept secondes comme l’impeccable funk aérien La valse des trottoirs ou, plus courte encore, la post-punk Hualien ?

C’est le chanteur, flûtiste et jadis bassiste Félix Bélisle qui montre le premier un signe d’impatience : « Les longues chansons en spectacle, c’est parce que notre album ne dure qu’une demi-heure. On veut donner un concert d’une heure. » Et croyez-le, on en prendrait davantage. Qu’est-ce qu’ils sont beaux sur une scène, les cinq gars de Choses Sauvages ! Quelle splendide machine à grooves ! La section rythmique pile-poil sur le funk, les synthés qui déroulent le tapis pour les petits refrains pop du premier album, lesquels se muent en des chansons à étages pensées pour faire danser !

Et cet animal de Félix, qui se consume sur scène avec l’assurance d’un vétéran !

On dirait que ça fait vingt ans qu’il est leader d’un groupe rock, et pourtant ils sont tous dans la mi-vingtaine. Tous originaires de la région de Saint-Eustache et de Deux-Montagnes (sauf Philippe Gauthier Boudreau, batteur de Rosemère), ils se connaissent depuis une dizaine d’années. « On jammait tous, ensemble ou avec d’autres musiciens, jusqu’à ce que le groupe prenne forme », résume Marc-Antoine Barbier, guitariste et saxophoniste, qui reconnaît l’influence des héros du courant dance-punk (LCD Soundsystem) et de ceux qui les avaient d’abord influencés (Talking Heads) sur l’approche chanson-funk-punk de Choses Sauvages.

Les bons mots à chanter

« Au début, on ne faisait que ça, des tounes longues aux structures pas possibles », précise Tommy Bélisle (aucun lien de parenté avec Félix), claviériste. Ils chantaient plus souvent en anglais, un peu en français, des compositions échevelées nées durant leurs sessions d’improvisation. « Une énergie juvénile », estime Barbier, qu’on retrouve sur les deux premiers EP parus à compte d’auteur. « Mais on s’est fait dire qu’à Montréal, on ne pouvait pas faire ça, chanter en anglais et en français. Fallait choisir l’un ou l’autre. »

On a trouvé une manière d’être à l’aise de chanter nos angoisses, notre réalité de gars dans la mi-vingtaine qui sortent dans les bars, sans tomber dans le sentimentalisme

Le groupe s’appelant déjà Choses Sauvages, le français allait de soi. Le plus délicat était de trouver les bons mots à chanter, confie Marc-Antoine : « Avant, les paroles étaient secondaires. On voulait juste mettre du texte sur les grooves. » Puis Félix est arrivé avec des ébauches de textes mieux soignés, des thèmes forts et personnels, romantiques et torturés, « des tounes qui parlent de drogue, de suicide. C’est rushant et toujours imagé, toujours avec ce genre de rythme… Un peu comme les chansons à l’époque [du groupe indie-psyché-pop] Of Montreal. [Le leader Kevin] Barnes avait un problème, comme s’il manquait d’endorphine dans le cerveau, d’où le côté sombre de ses textes, mais toujours accompagnés de musiques plus joyeuses ».

Tommy, de son côté, souligne l’influence de Jimmy Hunt dans le style d’écriture de Choses Sauvages : « Son album Maladie d’amour, quand c’est sorti, ça nous a vraiment marqués. On aime ce genre de textes simples et répétitifs. » Marc-Antoine : « On s’est rendu compte qu’on pouvait être sincères dans nos textes. On n’a plus eu peur d’avoir à défendre des textes cheesy. On a trouvé une manière d’être à l’aise de chanter nos angoisses, notre réalité de gars dans la mi-vingtaine qui sortent dans les bars, sans tomber dans le sentimentalisme. »

Concision

Incidemment, Hunt collabore aux choeurs sur l’album Choses Sauvages et le groupe a débauché le réalisateur du classique de Hunt, Emmanuel Éthier, pour peaufiner le son du disque, léger et typé, caractérisé par les guitares funk, la voix de Félix et le son du synthé Juno-60 de Tommy, « qui marche autant dans un contexte indie rock que pour des morceaux plus dansants, presque disco ».

« Pour l’album, on a misé sur la concision d’un format pop, abonde Philippe. Pour nous, ce sont deux choses très distinctes : l’intensité des spectacles, et l’album plus varié, qui installe une ambiance. C’est un disque de fin de soirée, avec des tounes sexy, d’autres plus sombres, d’autres plus nerveuses. »

Un bon premier album, n’en doutez point les gars, Audiogram a eu du flair de vous prendre sous son aile. « On avait tout mis notre argent dans la production de cet album, en s’imaginant qu’on allait devoir le sortir nous-mêmes. On a envoyé le disque un peu partout, y’a qu’Audiogram qui nous ont rappelés, ou presque. Ils nous ont mis sous contrat avant même de nous voir en concert. J’imagine que, quand ils nous ont vus live, ça a confirmé quelque chose. »

Cela a confirmé que le meilleur est encore à venir, et que le concert que Choses Sauvages offre, avec ses petites chansons studio trop courtes, est redoutable.

On les attrapera le vendredi 31 août à 19 h, au Cabaret de la dernière chance à Rouyn-Noranda, pour le FME.