Le Festival de la chanson de Granby fête ses 50 ans

Le Festival international de la chanson de Granby a révélé de nombreux artistes, dont Safia Nolin.
Photo: Annik MH de Carufel Archives Le Devoir Le Festival international de la chanson de Granby a révélé de nombreux artistes, dont Safia Nolin.

Secoué par la suspension imprévue de son directeur général et artistique, Pierre Fortier, à deux jours du lancement des festivités, le Festival international de la chanson de Granby compte toujours souligner en grand son 50e anniversaire dès mercredi.

« Pour nous, c’est “business as usual”. Tout le monde est prêt, tout le monde sait ce qu’il a à faire. Ça fait longtemps qu’on prépare cet événement-là », lance au téléphone le directeur général adjoint du festival, Érick-Louis Champagne.

Au fil des années et des adaptations, voire des métamorphoses, le Festival international de la chanson de Granby (FICG) a pris du galon, de l’ampleur, de la hauteur. Le gâteau sur lequel il déposera ses 50 bougies mercredi multiplie d’ailleurs les étages, car l’événement auparavant axé sur son concours offre aussi plusieurs grands concerts gratuits et un volet pour intéresser l’industrie de toute la francophonie aux artistes d’ici. C’est pas de la tarte.

« Ça fait une bonne dizaine d’années qu’on ne présente pas juste un concours, mais qu’on propose aussi des spectacles gratuits. Pour notre 50e anniversaire, on a ajouté une quatrième journée de spectacles extérieurs — car il y en a 89 en tout — et on a une scène de plus. On voulait offrir un festival qui sort de l’ordinaire pour rejoindre tous les publics », explique M. Champagne.

La programmation, qui s’étire du 15 au 26 août, reflète bien ce désir du FICG. On y note un spectacle de l’Orchestre symphonique de Montréal sous la direction artistique de Monique Giroux qui fera briller des artistes ayant marqué l’histoire du concours.

On retrouve aussi quatre grands concerts extérieurs originaux qui auront lieu du 23 au 26 août. Vincent Vallières animera le premier et invitera entre autres Philippe Brach et Patrice Michaud. Le second, intitulé « Musique de notre monde », fera se rencontrer dix artistes établis et autant de Néo-Québécois. Au troisième, Granby fêtera les 50 ans de l’Office franco-québécois de la jeunesse avec Yann Perreau et Émile Proulx-Cloutier alors que le spectacle de clôture mettra en vedette Pierre Lapointe, Alex Nevsky, Damien Robitaille, Maude Audet et plusieurs autres noms.

Volet jeunesse

Érick-Louis Champagne insiste aussi sur l’importance des volets destinés aux plus jeunes, moins médiatisés, mais qui portent leurs fruits. Il y a le Petit Festival, un concours d’interprétation destiné aux 6-13 ans, mais aussi — et surtout — le volet Jamais trop tôt, qui permet la création de nouvelles chansons à partir de textes écrits par des élèves de 14 à 17 ans, issus de trente-six commissions scolaires réparties dans neuf provinces canadiennes.

Le financement de ce projet national a justement été renouvelé mardi matin par Patrimoine canadien. Il recevra une somme de 424 000 $ sur deux ans, soit une augmentation de 12 000 $ par année, en vertu du Programme de financement des langues officielles.

« On a reçu près de 700 textes cette année, se réjouit M. Champagne. C’est fabuleux de voir des jeunes à travers tout le pays écrire en français. Ça permet de garder l’étincelle allumée envers la chanson francophone. »

« C’est un enjeu du festival, sauvegarder la chanson française. Je ne suis pas prêt à dire qu’elle est en péril, mais c’est certain qu’on se questionne beaucoup sur son avenir », renchérit Yves Pronovost, président du conseil d’administration du festival.

Aux yeux de l’équipe du festival, cette édition spéciale du FICG saura ainsi ravir petits et grands, amateurs et mélomanes, mais aussi diffuseurs et producteurs qui viennent y faire du repérage.

« Notre raison d’être, c’est notre concours qui met en valeur vingt-quatre finalistes exceptionnels. Notre festival leur donne une vitrine pour lancer leur carrière », précise Yves Pronovost.

Isabelle Boulay, Fabienne Thibeault, Patrice Michaud, Philippe Brach, Safia Nolin… La liste des artistes qui sont passés par le FICG — et sont désormais bien connus du grand public — n’en finit plus « et devrait continuer de s’allonger pendant plusieurs années ».

Le dirigeant du festival suspendu

Visé par des allégations de « commentaires et de comportements inadéquats en milieu de travail », le directeur général et artistique du FICG, Pierre Fortier, a été suspendu lundi. Le conseil d’administration en a fait l’annonce par voie de communiqué, précisant qu’une firme externe doit mener l’enquête sur toute cette affaire dans les prochaines semaines.

M. Fortier ne pourra retrouver ses fonctions d’ici la fin de la procédure, prévue pour la fin du mois d’août. « Je respecte la décision du conseil d’administration. J’ai offert ma pleine et entière collaboration à l’enquête en cours et je serai en mesure de me faire entendre », a-t-il indiqué au Devoir mardi, précisant vivre « difficilement la présente situation ». Si son sort reste incertain, le festival doit quant à lui continuer et battre son plein. « J’ai bon espoir que l’équipe fera de cette 50e édition une grande réussite », a-t-il ajouté.

Budget serré

Même à 50 ans, les états financiers du FICG restent précaires, le festival arrivant à peine à boucler les livres. « À la lumière des événements comme le nôtre, il faut toujours chercher à intéresser des gens à investir. Et que ce soit au public ou au privé, ce n’est pas une mince affaire », assure Yves Pronovost. Le plus difficile reste selon lui d’être obligé de prévoir des événements avant même de recevoir les confirmations des demandes de financement.


Une version précédente de cet article, qui contenait une erreur dans le nom de famille du directeur général et artistique du Festival international de la chanson de Granby, a été corrigée.