Le marathon endiablé et nostalgique de Smashing Pumpkins

<p>De la Terre à la Lune, le long trajet avait beau carburer à la nostalgie, il s’est finalement révélé très divertissant et rempli d’escales improbables.</p>
Photo: Tim Snow Evenko

De la Terre à la Lune, le long trajet avait beau carburer à la nostalgie, il s’est finalement révélé très divertissant et rempli d’escales improbables.

Le meilleur est peut-être derrière pour les Smashing Pumpkins, mais le groupe semble avoir fait la paix avec cet état de fait. La preuve en est d’une part l’actuelle réunion du groupe après des déchirements de toutes parts. Et de l’autre, par la nature même de cette tournée « Shiny And Oh So Bright », qui se concentre sur le coeur battant du répertoire de la formation de Chicago, entre les disques Gish et Machina. Et le retour de la bande à Billy Corgan s’est révélé un marathon aussi endiablé que nostalgique.

Le chanteur Billy Corgan était entouré pour l’occasion des membres fondateurs Jimmy Chamberlin et James Iha, avec comme troisième guitariste Jeff Schroeder, qui avait remplacé Iha en 2007 lors de la nouvelle mouture du groupe. Pendant trois bonnes heures et une trentaine de chansons, les Smashing Pumpkins ont enchaîné les titres en longs blocs séparés par des capsules vidéo.

La carte nostalgique n’était pas cachée du tout. Sur les deux écrans verticaux installés de chaque côté de la scène — et qui coulissaient au centre pour former un grand écran —, des images du jeune Billy Corgan ont été montrées d’entrée de jeu sur une Disarm qui donnait déjà le ton. Quelques minutes plus tard, pendant Rhinoceros, un montage de plein de clips et de vieilles captations de concerts soulignait encore un peu plus le passé glorieux des rockeurs dans les années 1990.

Ce passé étalé et recomposé au présent était joué sans fautes par les musiciens toutefois plutôt immobiles. Corgan, en voix, bougeait un peu plus sous sa toge argentée et ses vêtements noirs, montant même sur une plateforme pendant une surprenante reprise de Space Oddity de Bowie sans grande innovation, mais très bien foutue.

Dans l’enchaînement, on aurait bien pu enlever ou répartir cinq ou six titres lents pour densifier le tout et garder l’énergie — comme Blew Away, Eye, For Martha, To Sheila — toutes jolies, mais livrées dans un centre plus mou de la soirée. Reste que leur présence rappelait que le groupe sait y faire dans les power balads grunge.

Par chance, les Smashing ne manquent pas de pièces trampolines, comme Zero, qui a dynamité l’ambiance, ou Tonight Tonight, qui était poignante et intense, et dont les quasi derniers mots « believe in me cause I believe in you » ont fouetté la foule dans le contexte du retour inespéré du groupe. Bien sûr, la formation a joué la magnifique 1979 et ses douces odeurs de liberté adolescente. Bien sûr, Corgan a chanté Today et Bullet With Butterly Wings, soufflant sur les braises des souvenirs.

Puis, il y avait aussi mardi soir les inclassables, comme la longue et sinueuse épopée Porcelina of the Vast Ocean, leur version de Landslide de Fleetwood Mac, voire la reprise de Stairway to Heaven, pendant laquelle ce qui semblait être une espèce de sculpture religieuse démoniaque enluminée circulait lentement dans la foule.

De la Terre à la Lune, le long trajet avait beau carburer à la nostalgie, il s’est finalement révélé très divertissant et rempli d’escales improbables.

Metric

Le pairage avec le groupe canadien Metric en première partie était par ailleurs bien adéquat, les deux groupes partageant un rock rythmé et synthétique.

Au micro, Emily Haines a profité pleinement de la première partie pour que les spectateurs, qui trouvaient tranquillement leur siège dans les gradins sombres, sachent bien qui jouait. Elle a bien répété le nom du groupe six ou sept fois, avant et après les chansons ! Ç’aura pris trois titres avant que Metric, dont le dernier disque, Pagans in Vegas, date de 2015, montre signe d’énergie.

Puis, la chanteuse s’est mise à danser et à brandir le poing, et le groupe a enchaîné des pièces plus accrocheuses, comme Breathing Underwater, Now or Never, So Dark et Help I’m Alive, qui a reçu en fin de parcours, à juste titre, de chaleureux applaudissements de la foule.