Travis Scott, l’homme de l’heure arrive en retard

À 23h, finalement, les éclairages se sont activés et Travis Scott est entré sur scène dans de grands jets de fumée.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir À 23h, finalement, les éclairages se sont activés et Travis Scott est entré sur scène dans de grands jets de fumée.

Montréal était peut-être fort humide vendredi pour la tenue du premier jour du festival Osheaga, sur l’île Notre-Dame, mais le ciel gris ne s’est pas transformé en averses, au grand plaisir des dizaines de milliers de festivaliers qui ont profité d’un site rodé mais très rempli et d’une journée de musique hétéroclite qui s’est terminée étrangement avec l’homme de l’heure, Travis Scott, arrivé avec plus d’une heure de retard.

Tout concordait pour le passage sur scène du populaire rappeur américain de 26 ans, car Scott lançait justement vendredi matin son tout nouveau disque, Astroworld. Méchant synchronisme. Le public, déjà nombreux à l’attendre 45 minutes avant le concert, formait au bout du compte une masse dense sur le site. Sauf que le spectacle s’est élancé avec plus d’une heure et quart de retard, l’artiste ayant été retenu aux douanes, selon ce qu’ont communiqué les organisateurs sur l’écran géant et sur les réseaux sociaux. Bref, Scott était l’homme de l’heure… mais très en retard.

La foule a été exemplaire, patiente, encouragée par les messages sur l’écran géant : « Il vient de passer l’échangeur Turcot », « Travis est sur l’île ! » « Il y aura un spectacle ». À 23 h, finalement, heure à laquelle sont habituellement déjà terminées les soirées à Osheaga, les éclairages se sont activés et l’artiste est entré sur scène dans de grands jets de fumée.

Travis Scott, de son vrai nom Jacques Berman Webster II, joggait de gauche à droite sur la scène alors que son DJ et un autre MC étaient juchés au sommet d’une haute plateforme dont la devanture était faite de deux écrans en angle. Le rappeur a rapidement enchaîné les titres, raccourcis mais puissants, profitant du meilleur son de la journée. C’était lourd et rebondissant, mais ça claquait en même temps. Visuellement, c’était aussi réussi, les projections côtoyaient des éclairages rouges et blancs.

Puis, comme s’il n’y avait pas assez eu de rebondissements, Scott a soudainement interrompu la musique pendant deux bonnes minutes pour que la foule laisse passer les soigneurs qui devaient aller à la rescousse d’un festivalier. Quand le sort s’acharne ! Finalement, le rappeur s’est lancé dans un dernier sprint avec des titres comme 90210, Goosebumps et Antidote. Fin du concert : 23 h 40, après quelque 40 minutes. Ouf !

Féminin et coloré

Le reste de notre parcours du jour s’est révélé plutôt féminin et coloré, entre autres avec le groupe Yeah Yeah Yeahs, qui s’est exécuté au soleil couchant, sous les nuages mauves et orange. Mené par la toujours fougueuse Karen O, qui malgré le passage des années se donne tout entière et s’amuse manifestement, la formation a livré pendant une heure ce qui ressemblerait au meilleur de la discographie du groupe. Black Tongue, Phenomena, Gold Lion, Maps, Head Will Rolls, Date With The Night, etc. Pas de bois mort dans la liste, et les Yeah Yeah Yeahs ont aussi pris le temps de faire vivre ces chansons, de les laisser libres, avec de longues introductions ou des finales multiples. Karen O, avec ses pantalons argent et ses gants de cuir aux doigts coupés, est même descendue sur le bord du parterre pour faire crier chacun des festivaliers accotés sur la rampe, sur toute la largeur de la scène.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L'artiste St. Vincent dans son habit semi-spatial orange

C’était aussi coloré, mais beaucoup plus statique plus tôt sur la même scène avec St. Vincent. Dans son habit semi-spatial orange, celle qui s’appelle Annie Clark à la ville est restée presque immobile pendant sa performance, tout comme les trois musiciens à ses côtés — dont deux portaient sur la tête une perruque blonde au carré et un collant beige en guise de cagoule. Visuellement, c’était donc plutôt étrange, et les projections sur les écrans, de petits clips glauques, en rajoutaient une couche. Plein de petits défis, donc, surtout en plein jour, pour plonger dans son monde. Reste que Clark, qui s’est donnée assez pour qu’à la fin elle en ait le visage trempé : son maquillage, qui avait coulé, rappelait alors les fantomatiques images projetées pendant le concert. À noter : elle possède la même guitare en différentes couleurs : orange, jaune, noir, bleu et on en passe. Et peu importe la couleur, elle en joue fort bien.

La guitare, justement, était au coeur du concert du duo électro-funk montréalais Chromeo. Ça allait de soi, le dernier disque du groupe étant beaucoup plus basé sur cet instrument que par le passé. Dave 1 avait donc en main une guitare argentée — une guitare miroir ? — au look impec qui faisait un effet boeuf. N’empêche, et c’est peut-être une histoire de sonorisation, ses notes étaient un peu absorbées par l’enrobage électronique de son pote P-Thugg, qui a aussi multiplié les lignes de voix filtrées par une machine. Finalement, dans nos oreilles, il manquait de punch. Par chance, Dave 1 s’est montré généreux et hyper souriant sur scène, interpellant la foule en français — fait rare à Osheaga —, jouant avec elle. À revoir en salle.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir La foule vendredi au parc Jean-Drapeau

Dès notre arrivée, alors que la foule restait plus timide, le filon coloré était déjà creusé avec Jenny Lewis, qui a mis beaucoup de lumière dans l’ambiance grisâtre qui régnait sous le ciel montréalais. Sa chanson alternative à saveur country-folk faisait le boulot à cette heure de l’après-midi, mais son attirail de scène était des plus originaux. Drôle de bête, elle était vêtue d’un habit une pièce bleu cyan parsemé de fleurs roses, aux manches à longues franges. Rose et bleu, c’était les mêmes couleurs que son piano et que ses micros et leurs fils. Thématique ! L’ancienne du groupe Rilo Kiley a offert quelques nouveaux titres — son dernier disque The Voyager date de 2014 —, passant de la guitare au wurlitzer, laissant jouer sa voix en vibrato.