Calpurnia, une montée pas si étrange

Le groupe Calpurnia est formé de quatre adolescents vancouvérois de 15 et 17 ans.
Photo: Pooneh Ghana Le groupe Calpurnia est formé de quatre adolescents vancouvérois de 15 et 17 ans.

Si la qualité de la musique de Calpurnia mérite en soi qu’on s’y attarde, il y a des tas de pièges tendus devant le groupe rock de Vancouver. D’abord, il est formé de quatre adolescents de 15 et 17 ans, ce qui vient avec son lot d’a priori. Mais en plus, l’un d’entre eux est le jeune acteur Finn Wolfhard, découvert dans la série Stranger Things et qui, par sa popularité, sert d’aimant, pour le meilleur et pour le pire.

C’est dans cette espèce de tourbillon inévitable que doivent avancer les quatre amis d’enfance, qui jouent de la musique depuis plusieurs années déjà et qui présenteront à Osheaga les pièces de leur premier EP, Scout, paru il y a quelques semaines.

Le disque de six titres, s’écoulant sur quelque 24 minutes, est tissé d’un indie-rock qu’on dirait inspiré à la fois de vieilles références comme les Beatles et les Rolling Stones, mais aussi des sonorités d’un Mac DeMarco et d’une certaine apesanteur à la Alvvays.

« Nos influences individuelles viennent de partout, et ça transparaît dans notre musique, raconte le bassiste de 17 ans Jack Anderson. Je trouve que c’est cool : avec Internet, on a un accès facile à la musique de partout, alors ce qu’on fait est teinté d’inspirations globales, si ç’a du sens. Je pense que ç’a un lien. »

Au téléphone, Anderson n’est pas seul au bout de la ligne, car Calpurnia mène ses entrevues en groupe, souvent en téléconférences. Il y a donc également dans ce sympathique bordel sonore la guitariste Ayla Tesler-Mabe, 17 ans, ainsi que le batteur Malcolm Craig et le chanteur et guitariste Finn Wolfhard, tous deux âgés de 15 ans.

L’horaire de Finn

C’est bien souvent l’horaire de tournage très chargé de ce dernier qui détermine les plages horaires des entrevues de la formation, voire les spectacles ou les répétitions. Finn laisse échapper un léger soupir. « Bien, je crois qu’on s’y est bien habitués rapidement », dit celui qui était de la version 2017 du film Ça, tirée du roman de Stephen King. « On doit simplement vivre avec ça, on ne peut pas y changer grand-chose. J’essaie de mettre le plus d’énergie possible dans la musique et je parle aux trois autres chaque jour. Malcolm, Jack et Ayla peuvent s’exercer ensemble, moi, je peux le faire de mon bord, et quand on se retrouve, on met tout ça en commun. »

Philosophe, la guitariste Ayla y voit « presque une bénédiction », surtout pour un jeune groupe. « Avoir autant d’espace, ça permet de laisser les chansons et les idées mijoter un peu et se lier. Elles finissent souvent bien différemment de ce que ç’aurait été autrement, et c’est très bien comme ça. »

L’épine au pied de la jeunesse

L’âge des membres de Calpurnia — un nom inspiré d’un personnage de To Kill a Mockingbird — peut difficilement être écarté de la discussion, mais cette particularité ne sert pas à compenser un travail amateur ou imparfait. Scout, avec ses pièces accrocheuses et son morceau final de presque sept minutes, est peut-être un peu vert, mais il se révèle franchement étonnant.

« Je suis content d’entendre ça, de savoir qu’on n’est pas un groupe du Disney Channel à tes yeux », lance Anderson, déclenchant les rires de ses collègues.

Reste que leur âge cause plein de petits soucis. La perception de la jeunesse n’est pas toujours positive. « Ce n’est pas tout le monde qui pense ça, mais il y a des gens qui ont du mal à gérer le fait que des jeunes fassent ce qu’ils veulent, qu’ils aient du succès, dit Wolfhard. Je crois qu’on a enseigné aux gens qu’il fallait un certain âge pour faire ceci ou cela. Je crois que la musique brise complètement ce mur : tu peux écrire ce que tu veux quand tu veux, c’est une affaire de créativité. N’importe qui peut être créatif à n’importe quel âge, selon moi. »

Avec leur look de gamins, les quatre amis se sont même fait intercepter récemment par la sécurité de la salle de spectacle où ils jouaient, et il a fallu qu’un membre de leur équipe se rende à la porte pour qu’ils puissent entrer.

Pour l’instant, les concerts de Calpurnia se sont faits dans des salles ouvertes à tous, mais l’alcool peut devenir un enjeu dans la gestion de tournées.

« Nos groupes favoris viennent à Vancouver tout le temps, et on ne peut pas aller les voir parce que ce sont des salles pour les 19 ans et plus ou les 21 ans et plus, illustre Finn. Ça n’a pas de bon sens. Tu peux aller à un match de hockey, où les gens vont se saouler 10 fois plus qu’en spectacle et où les joueurs se battent littéralement entre eux jusqu’au sang, mais tu ne peux pas aller à un concert rock parce que quelqu’un prend une bière. C’est de l’hypocrisie crasse. »

Calpurnia veut multiplier les concerts dans les prochains mois, alors que sa tournée le mènera à Boston, à Chicago, et même au Japon.

Sur scène, les musiciens jouent déjà des chansons d’un futur premier disque complet et continuent de mettre en avant quelques-unes des reprises qui les ont fait connaître en ligne.

« Et ce qui est intéressant, c’est qu’on a remarqué que le public tend à vieillir au fil du temps, dit Jack. En janvier, c’étaient vraiment des gens plus jeunes, et maintenant que le EP est sorti, que notre musique est sortie, il y a des gens de 25 ans dans la foule. C’est très cool quand il y a des gens d’un plus grand éventail d’âges qui apprécient la même musique. Ça lie tout le monde ensemble et c’est un feeling très agréable. »

Calpurnia

En concert à Osheaga le 4 août. Le disque Scout est paru chez Royal Mountain Records.