Piteuse et caricaturale «Belle Hélène»

Présenté par le Festival d'opéra de Québec, «Belle Hélène» est un quasi-spectacle de soubassement d’église, qui parvient presque à tourner en ridicule un chef-d’oeuvre, selon notre critique.
Photo: Louise Leblanc Présenté par le Festival d'opéra de Québec, «Belle Hélène» est un quasi-spectacle de soubassement d’église, qui parvient presque à tourner en ridicule un chef-d’oeuvre, selon notre critique.

Les années et jours se suivent et ne se ressemblent pas au Festival d’opéra de Québec. Qu’y avait-il de festivalier, au lendemain d’un stimulant Pelléas et Mélisande de Debussy, à cette décevante et irritante Belle Hélène, quasi-spectacle de soubassement d’église, qui parvient presque à tourner en ridicule un chef-d’oeuvre ? Voilà une sérieuse déconvenue dans le partenariat du Festival avec les Jeunesses musicales, un an après un Don Giovanni, si heureux dans les mêmes circonstances.

La présentation de cette Belle Hélène au festival prélude à une tournée en cours de saison. C’est donc un spectacle léger, facile à transporter de ville en ville, d’où un accompagnement au piano (discret mais excellent Bryce Lansdell) et des coupes dans la partition afin de ne pas mobiliser trop de protagonistes. Dans le cas de La belle Hélène, ces coupes touchent des passages avec choeurs et des personnages secondaires comme ceux d’Ajax et Achille, d’où un raccourcissement de la fameuse scène des rois de la Grèce et, plus anecdotiquement, de Bacchis, la servante d’Hélène, qui intervient au début de l’acte II, et de Parthénis et Léaena, les deux amies d’Oreste, transformées ici en poupées Barbie.

« Que » de l’opérette ?

Foncièrement, l’oeuvre n’est pas tant défigurée par les coupes (on note même quelques petits ajouts, dont un joli air de Ménélas à l’acte III). Ce sont l’angle de vue, la posture et les profils vocaux qui soulèvent de nombreuses questions. Cette production semble abordée comme si l’opérette était un sous-genre tolérant tout, au nom d’un supposé humour.

La vulgarité frise parfois le mépris, à l’image (très notable) de maquillages caricaturaux naviguant vaguement dans l’univers de Priscilla, folle du désert, Hélène ressemblant à Dolly Parton dans La cage aux poules. D’ailleurs, se pensant spirituel, le ou la dramaturge (non cité) glisse le « bon » mot qu’Hélène serait une « poule de luxe », ce qui, loin d’être anecdotique, est complètement contraire au caractère de la femme qui s’ennuie dans son couple et qui, d’ailleurs, met un mois à céder au berger Pâris — la blague de la poule, qui réfère à l’origine d’Hélène, enfantée par un cygne, existe bien chez Meilhac et Halévy, mais ne va pas plus loin.

La gestique, notamment dans l’acte I, possède à peu près la même distinction et semble sortir d’un très mauvais film muet. Mais rappelons que cela se veut drôle et cool. Après tout, ce n’est que de l’opérette…

La même logique, hélas, a prévalu au choix des chanteurs. Une voix domine nettement : la mezzo-soprano Charlotte Gagnon dans le personnage d’Oreste. Son jeu n’est pas de la même veine, hélas. Stylistiquement, Richard-Nicolas Villeneuve est Ménélas. Il a l’instinct de l’opérette et n’en fait pas trop. Mais ses moyens vocaux sont limités, beaucoup moins, toutefois que ceux de David Turcotte (Calchas), si frustes qu’on se demande comment il a bien pu réussir une audition. Si Dominic Veilleux (Agamemnon), Mathieu Abel (Pâris) ou Maude Côté-Gendron (Hélène) chantaient dans une production de l’Université de Montréal ou de McGill, je ne sais même pas s’ils se feraient remarquer au point d’être cités dans un compte-rendu. Ici, ils sont « vedettes » et chantent dans un festival. Tous trois ont au moins un timbre. Veilleux devra travailler la constance de l’émission, Abel la constance de la justesse et Côté-Gendron le volume et le déploiement de la voix.

La mise en scène d’Alain Gauthier, hors outrances et gesticulations, adapte astucieusement l’idée des parasols de Laurent Pelly (fameuse production parisienne du Châtelet) au IIIe acte et glisse au premier un clin d’oeil à Céline Dion qui amuse le public. Si celui-ci savait à quel point La belle Hélène mérite mieux que cela…

Festival d’opéra de Québec

La belle Hélène. Opérette de Jacques Offenbach. Maude Côté-Gendron (Hélène), Mathieu Abel (Pâris), Dominic Veilleux (Agamemnon), David Turcotte (Calchas), Charlotte Gagnon (Oreste), Richard-Nicolas Villeneuve (Ménélas), Bryce Lansdell (piano). Mise en scène : Alain Gauthier. Décors, costumes et accessoires : Pierre-Luc Boudreau. Maquillage : Élène Pearson. Éclairages : Pauline Schwab. Théâtre La Bordée, lundi 30 juillet. Reprise mercredi 1er août et en tournée au Québec en 2018-2019.