Osheaga selon Paupière: l’été de tous les records

Les trois mem­bres du groupe montréalais Paupière: Julia Daigle, Éliane Préfontaine et Pierre-Luc Bégin
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les trois mem­bres du groupe montréalais Paupière: Julia Daigle, Éliane Préfontaine et Pierre-Luc Bégin

« En France, tu ne peux pas dire que t’aimes Indochine », se désole Julia Daigle, de Paupière, trio électro-pop montréalais qui commence à faire du bruit en France depuis qu’il a été recruté par l’étiquette indépendante Les Disques Entreprise.

Il s’agit de l’une des rares formations francophones invitées à se produire au festival Osheaga (à 13 h samedi, sur la scène de la Vallée), et c’est à deux de ses membres que nous avons demandé de nous suggérer cinq groupes ou artistes à ne pas manquer durant la grande fin de semaine pop, rock, rap et électro au parc Jean-Drapeau.

« Moi, j’adorais ça, Indochine, renchérit Julia. Leurs albums des années 80, comme L’aventurier (1982) et 3 (1985),m’ont énormément influencée. Or, quand on est arrivés en France pour la première fois et qu’on accordait nos premières entrevues, lorsqu’on mentionnait Indochine, les journalistes répondaient aussitôt : “Chut ! On ne dit pas ça !” Mais nous, on ne s’en soucie pas vraiment… »

Le retour de la pop électronique

Le premier album de Paupiere, À jamais privé de réponses, une habile collection de refrains pop nourris aux synthétiseurs, est paru à l’automne 2017 sur Lisbon Lux Records, et peu après en France, juste au bon moment, estime Julia Daigle, qui répond aussi pour sa collègue Éliane Préfontaine, absente : « C’est clair qu’on arrive en plein dans un retour à ce genre de pop électronique, à une variété qui s’exprime sans préjugés », comme le font leurs comparses Voyou et Bagarre chez Disques Entreprise, ou les nouvelles stars Christine and the Queens et Chaton.

Lorsque les trois musiciens composent, ce qu’ils font sans arrêt ces temps-ci en prévision du prochain album, « on pense juste à la chanson, pas à la couleur électro-pop, insiste Pierre-Luc Bégin. Bien sûr, à cause des synthés, nos chansons riment avec new wave, mais si tu prenais Depeche Mode et que tu les remplaçais avec des guitares, ça devient du rock. » Et c’est un peu ce qu’explore Paupière avec ses nouvelles chansons, qui promettent d’être moins dépendantes des boîtes à rythmes, sans perdre leur caractère dansant.

Entre-temps, Paupière connaît un été fracassant : le concert que le groupe a donné aux Francos de Montréal lui a permis de jouer devant la plus grosse foule qu’il ait attirée. « Osheaga, ça a pour nous une énorme signification, assure Julia. Je n’y suis allée qu’une seule fois déjà, il y a longtemps. J’avais trouvé ça génial. À cette époque, je venais de déménager à Montréal, je ne faisais même pas de musique encore. Jamais je ne pouvais imaginer un jour monter sur une scène à Osheaga. La vie peut être surprenante ! »

 

Les cinq suggestions de Paupière à Osheaga


Blondie — samedi, scène de la Rivière, 17 h 35​


Julia : Debbie Harry est aussi une icône féminine : mystérieuse, super sexy sans avoir l’air « pitoune ». Une intouchable – et une femme magnifique. Une icône de beauté autant que de talent. Et les performances captées pour la télé à l’époque montrent une présence sur scène vraiment forte. J’ajouterai qu’on connaît peu de ragots sur elle ou de potins à propos de sa vie amoureuse. Pour ça, elle me fait penser à Kate Bush, elle aussi assez jalouse de sa vie privée, tout en étant une célébrité dans le monde de la musique. Je trouve ça important de protéger ça. »


Anderson .Paak and The Free Nationals — samedi, scène de la Montagne, 20 h 20

 
Pierre-Luc : « C’est sûr que c’est un incontournable. Pour moi encore plus parce que je ne l’avais pas vu au Festival de jazz [en 2017]. J’étais arrivé à la place des Festivals pour voir son concert, et j’avais eu une semi-crise de panique en voyant autant de gens, ça m’a découragé… Je compte bien me reprendre. On dit que sa performance live est vraiment puissante. Moi, je suis batteur et chanteur, et juste le regarder jouer de la batterie et chanter en même temps, le voir performer ainsi, ça me met sur le cul. Ça demande plusieurs talents, à ce niveau-là, on peut le considérer comme un virtuose. Et en plus, il a de vraies bonnes compositions — en fait, l’album, j’ai un peu moins tripé, ça me semblait surproduit. Moi, je veux la voix, le jeu de vraie batterie, les imperfections du concert ! »

 
Essaie Pas — vendredi, scène des Arbres, 16 h 55


Julia : « Le nouveau trip de Pierre-Luc, c’est Loud, je sais qu’il a hâte de le voir en concert [samedi, scène des Arbres, 18 h 30]. Moi, c’est Essaie Pas. Marie Davidson en solo, et Essaie Pas avec son mari. Je trouve que c’est une poète incroyable. Et un modèle : elle travaille fort, elle est toujours en tournée, avec son projet solo ou en duo, elle voyage constamment. Elle a réussi à développer sa propre signature. »

Pierre-Luc : « Que Essaie Pas ait réussi à faire sa place sur la scène d’Osheaga, ça aussi c’est fort. Des groupes du genre, y en a une tonne. Nous, ce qu’on fait, c’est quand même pop, eux ne font aucune concession : s’ils veulent faire une intro de trois minutes sur une chanson de huit minutes, ils le font. Le choix des tonalités, des couleurs [de synthé, de batterie électronique], c’est tellement bien fait ! »

Future Islands — samedi, scène de la Montagne, 18 h 30

Julia : « J’aime beaucoup, depuis leurs premiers enregistrements. Le chanteur, Samuel T. Herring, a l’air un peu d’un psychopathe, mais je suis certaine que c’est un tendre. Son visage de boxeur, son look un peu bizarre, ses drôles de chorégraphies… Les mélodies sont écoeurantes, y a dans les chansons une vraie sensibilité, un côté romantique. »

Pierre-Luc : « Il chante avec énergie, se donne comme une impulsion dans ses gestes, tu le sens que c’est de la pure dévotion pour la musique, c’est ça qui est beau. C’est rafraîchissant de voir un gars comme ça dans l’indie rock ; il a beau avoir sa petite chemise boutonnée jusqu’au col, tu le sais qu’il a juste envie de l’arracher à tout moment. »

Arctic Monkeys — samedi, scène de la Rivière, 21 h 20

Julia :« C’est un groupe qui m’a beaucoup influencée — j’écoutais les disques quand j’étais ado, au secondaire. »

Pierre-Luc : « Même les derniers albums sont bons. Ils ont commencé un peu comme des jeunes punks, mais ils sont devenus un groupe avec un songwriting incroyable. Ils tiennent le flambeau de la grande tradition du rock britannique. »