Festif de Baie-Saint-Paul: rendez-vous avec l’imprévisible

Stéphane Lafleur a offert une prestation au lever du soleil, dimanche matin.
Photo: FGagnon Stéphane Lafleur a offert une prestation au lever du soleil, dimanche matin.

Année de plein soleil et de spectacles-surprises plus que réussie pour cette 9e édition du Festif de Baie-Saint-Paul, mais aussi de quasi-trop-plein de public pour ce festival musical qui a atteint une vitesse de croisière à ne pas dépasser, au risque d’y perdre un peu de son charme.

Interpellé en fin de parcours dimanche midi, tandis que Philippe Brach complétait le tableau festif par un spectacle au quai, le directeur général Clément Turgeon était heureux de cette nouvelle édition « record » pour le Festif, qui devrait avoisiner les 38 000 festivaliers.

« Ça a bien été du début à la fin, et on a réussi le pari de se renouveler encore une fois. C’est vraiment le fun. Même les artistes ne veulent plus partir », a-t-il simplement laissé tomber, entre deux problèmes à régler.

Fête de rue

Formule renouvelée, en effet, que cette édition 2018, avec de très belles réussites, particulièrement du côté des « imprévisibles », ces spectacles annoncés parfois à peine 30 minutes à l’avance.

Il fallait voir la foule s’agglutiner en quelques minutes pour une fête de rue impromptue samedi en fin d’après-midi. Lancée et conclue par un Yann Perreau juché tout en haut d’une plateforme élévatrice, la prestation a aussi été l’occasion d’échanger quelques chansons entre des membres d’Alaclair Ensemble et de Random Recipe. Un très beau triptyque musical sous un soleil de plomb, avec J’aime les oiseaux en fin de blitz.

Photo: Caroline Perron Patrick Watson a livré un spectacle surprise seul au piano au bout du quai.

Même surprise mémorable la veille, avec un Patrick Watson seul au piano au bout du quai, dans la brise du Saint-Laurent. Ceux qui n’avaient pas accès à cette pointe rocheuse qui s’avance dans la baie ont même pu venir écouter l’artiste montréalais en profitant de la marée basse ou en pagayant en kayak.

Concept tout aussi convivial au quai avec Matt Holubowski, mais aussi avec une Mara Tremblay extrêmement enthousiaste, samedi, et qui a avoué avoir donné son spectacle préféré en 31 ans de carrière.

Parmi la dizaine d’« imprévisibles de cette année, presque tous dans de nouveaux lieux, on note aussi ce rendez-vous chansonnier avec Paul Piché et sa guitare, sous les arbres du parc de la Virevolte. Sans piano, il a livré L’escalier en version a capella, accompagné de tout le public, ou presque.

Émotions

Moment d’émotion aussi, samedi soir, sur la scène principale, pour la dernière représentation du spectacle hommage Desjardins, on l’aime-tu !. On a d’ailleurs eu droit à une version émouvante au possible du Coeur est un oiseau, avec Mara Tremblay solo, avant qu’elle remette cela avec Keith Kouna, pour Et j’ai couché dans mon char.

Photo: Jay Kearney Vincent Vallières et Mara Tremblay ont partagé la grande scène samedi soir.

Quelques heures plus tôt, pendant le spectacle de Vincent Vallières, elle s’était aussi laissée convaincre de monter sur scène pour un agréable duo pendant Chacun dans son espace, que tous les festivaliers chantaient avec eux. Encore plus surprenante connaissance méthodique des paroles de la part du public qui a assisté au spectacle quasi extatique d’Émile Bilodeau, dans la nuit de samedi à dimanche. Dire que la magie festive a opéré relève de l’euphémisme. Qu’importent les trois jours et trois nuits de festival, la foule était tout aussi dense.

Édition éclectique, ajouterons-nous, avec des contrastes prononcés et une programmation qui passe des nuits éternelles où résonnent Les Marmottes aplaties autant que Tiken Jah Fakoly, à un Stéphane Lafleur (Avec pas d’casque) solo, au lever du jour, dimanche matin dès 4 h 30. Dans un champ, au son des chèvres et devant un public en sac de couchage, le portrait était aussi complet que mémorable.

C’est d’ailleurs dans ses moments imprévisibles et uniques que réside cette douce magie du Festif. C’est aussi cette succession d’éditions réussies qui a fait la réputation de l’événement, qui a visiblement atteint le maximum de ce qu’il peut contenir de festivaliers. On se risquerait même à dire que le festival ne peut plus prendre d’ampleur, au risque d’y perdre une partie de sa personnalité. 

 

«On espère qu’on a atteint le maximum d’expansion. On pensait que c’était le cas l’an dernier, donc il faudra voir. Mais j’espère que c’est le cas cette année, parce qu’on ne veut pas que ça grossisse plus que ça, pour conserver l’esprit du Festif», résumait dimanche Clément Turgeon.