Vijay Iyer sacré champion de la note bleue

Vijay Iyer a remporté la palme de l’artiste de l’année à l’issue du 68e référendum organisé par le mensuel «Down Beat».
Photo: Lena Adasheva Vijay Iyer a remporté la palme de l’artiste de l’année à l’issue du 68e référendum organisé par le mensuel «Down Beat».

Le compositeur et pianiste Vijay Iyer a remporté la palme de l’artiste de l’année à l’issue du 68e référendum organisé par le mensuel Down Beat. On précisera que ce dernier invite les critiques répartis aux quatre coins de la planète et qui ne sont pas obligatoirement membres de son équipe à participer à la répartition de ce qu’il est convenu d’appeler les « Oscar du jazz ». Bien.

Dreams and Dangers de la chanteuse Cécile McLorin Salvant a été sacré album de l’année. Le Miles Davis John Coltrane. The Final Tour : The Bootleg Series Vol. 6 paru sur Columbia/Legacy a été jugé album historique de l’année. Le Vijay Iyer Sextet a reçu la palme de la formation de l’année. Le compositeur et saxophoniste Benny Golson entre au Temple de la renommée.

La grande formation de la pianiste Maria Schneider est considérée comme la meilleure du genre. Charles Lloyd a remporté le titre de meilleur ténor, Ambrose Akinmusire celui de meilleur trompettiste, Wycliffe Gordon de meilleur tromboniste, Rudresh Mahanthappa de meilleur altiste, et la défunte Geri Allen de meilleure pianiste. À quoi on ajoutera : il était temps ! Déclinons.

Photo: Nicholas Hunt Agence France-Presse «Dreams and Dangers», de la chanteuse franco-américaine Cécile McLorin Salvant, a été sacré album de l’année.

Dans la catégorie meilleur album, on a constaté l’anomalie suivante : si Iyer est sacré artiste de l’année, son disque Far From Over sur ECM ne figure pas à la 2e ou à la 5e place, mais bien à la 20e. Par contre, celui de la saxophoniste et clarinettiste Anat Cohen, jugée meilleure artiste juste derrière Iyer, et qui s’intitule Happy Song, occupe la 2e place derrière McLorin Salvant. L’immense saxophoniste Charles Lloyd et son Passin Thru sur Blue Note est en 3e place, alors qu’il est 4e à la rubrique artiste de l’année. Hudson sur étiquette Motéma par le super groupe DeJohnette, Medeski, Grenadier, Scofield est 4e devant A Rift in Decorum sur Blue Note du trompettiste Akinmusire.

En seconde place de l’album historique, on retrouve la bande sonore que Thelonious Monk avait enregistrée pour le film Les Liaisons dangereuses de Roger Vadim, éditée par SAM. Suit l’inédit que Bill Evans avait réalisé dans les années 1960 en Bavière avec Eddie Gomez à la contrebasse et Jack DeJohnette à la batterie. Après Evans, on retrouve le World Spirituality d’Alice Coltrane sur Luaka Bop devant Way Out West Deluxe Edition de Sonny Rollins sur Craft.

Après le sextet de Iyer, le trio que dirige le pianiste Fred Hersch est jugé meilleure formation devant Charles Lloyd The Marvels, Matt Wilson’s Honey and Salt et The Bad Plus. Dans le cas de cette dernière, il y a une étrangeté, voire un paradoxe. Il y a un an de cela, le génial pianiste Ethan Iverson, véritable cheville ouvrière de ce trio, annonçait qu’il quitterait le groupe dans le cours de l’automne 2017, fais que…

Joe Lovano se place 2e parmi les ténors derrière Lloyd, mais devant le glacial Chris Potter — beaucoup de technique, mais aucune sensibilité artistique —, et le très intéressant Kamasi Washington. Une fois encore, le meilleur baryton est Gary Smulyan, devant James Carter. Que Hamiet Bluiett soit en 11e place relève de la totale incompréhension. Il doit être trop décapant. Autrement dit, il n’est probablement pas assez lisse, pas assez propre comme une production ECM.

À la rubrique big-band, derrière la très froide, l’académique Schneider et sa musique de conservatoire, on retrouve le dynamique et original Darcy James Argue’s Secret Society, le Jazz at Lincoln Center de Wynton Marsalis et le Christian McBride Big Band. Le « plus meilleur » de la bande, soit notre cher Sun Ra, est en 6e place. Au piano, après Allen il y a Kenny Barron, Hersch, Kris Davis, Iyer et le puissant Craig Taborn.
 


Le meilleur batteur s’appelle DeJohnette, devant Brian Blade, Matt Wilson et Tyshawn Sorey. Le meilleur contrebassiste est Christian McBride, devant Dave Holland, Linda May Han Oh et Ron Carter. La guitariste Mary Halvorson a coiffé au poteau Bill Frisell et Julian Lage. Alors qu’au trombone, derrière Gordon il y a le majestueux Roswell Rudd, décédé en décembre dernier, et Steve Turre.

La chanteuse Bettye LaVette est sacrée artiste blues de l’année, devant Gary Clark Jr, Buddy Guy, Taj Mahal Keb’ Mo’. Il y a peu, LaVette a publié un excellent album fait uniquement de chansons écrites par Bob Dylan et produit par le batteur Steve Jordan avec Keith Richards à la guitare sur certains morceaux. Le titre ? Things Have Changed sur Verve.

TajMo sur Concord, par le duo Taj Mahal et Keb’ Mo’, a remporté la palme du disque de l’année devant Southern Blood de Gregg Allman sur Rounder, de Robert Cray Hi Rhythms sur Jay Vee, et le Prayer for Peace du North Mississippi Allstars sur Legacy.