Le Festif de Baie-Saint-Paul, ou l’art du renouveau obligatoire

L’édition du Festif 2017 a accueilli le groupe Alaclair Ensemble.
Photo: Caroline Perron L’édition du Festif 2017 a accueilli le groupe Alaclair Ensemble.

Année après année, l’équipe du Festif de Baie-Saint-Paul s’impose un exercice de plus en plus complexe : renouveler le plus possible l’événement, devenu un incontournable du circuit musical estival. Une tâche ardue, de l’aveu même de l’organisation, qui rêve maintenant de mettre en place les conditions pour faire perdurer le festival de Charlevoix.

« Les gens reviennent d’année en année parce qu’ils savent qu’ils vont vivre de nouvelles expériences. Ils sont fidèles parce qu’ils se font surprendre à chaque édition. Ils s’attendent à cela, donc on s’impose cette pression de se renouveler et de développer de nouveaux concepts », résume le directeur général, Clément Turgeon.

Ce rebrassage annuel de différents aspects de l’événement est d’ailleurs devenu la signature du festival, qui entame jeudi sa 9e édition. Entre les spectacles-surprises annoncés sur l’application mobile du Festif, les artistes qui animent le centre-ville de Baie-Saint-Paul, les sites choisis pour les concerts officiels et l’offre alimentaire à caractère charlevoisien, tout est en constant renouvellement.

« On se dit chaque année qu’on va se calmer, qu’on va cesser d’ajouter des éléments. Mais notre équipe est très créative. On passe l’année à se promener dans la ville, à chercher de nouvelles idées, notamment pour des sites de spectacles. On s’inspire aussi d’autres événements, donc on peut difficilement s’arrêter. On a de nouvelles idées et on veut les tester, quitte à ce que ça ne fonctionne pas », explique Anne-Marie Dufour, directrice de production du Festif.

Spectacles-surprises

Dans un contexte de multiplication de l’offre de festivals, cette recette festive est aussi un moyen de se démarquer et d’assurer sa survie. « Quand on s’assoit sur ses lauriers, on peut se réveiller dix ans plus tard en se disant qu’il aurait fallu changer telle ou telle chose. C’est donc important de se remettre constamment en question, mais aussi de se pousser plus loin », fait valoir le jeune directeur général, qui vient à peine de franchir le cap de la trentaine.

Cette façon de faire a permis au Festif de passer de 2000 festivaliers à sa première édition, en 2010, à plus de 37 000 l’an dernier. Pour la petite municipalité de Baie-Saint-Paul, mais aussi pour la région de Charlevoix, il s’agit maintenant de l’événement touristique de l’été.

La réputation de l’événement fait aussi en sorte que l’engouement des artistes pour le festival est au rendez-vous. « Certains veulent même venir uniquement pour faire un spectacle-surprise. Ils sont prêts à venir de Montréal avec leur guitare pour faire une prestation de 30 minutes. Pour nous, c’est assez significatif de leur intérêt », estime Clément Turgeon.

Parmi la dizaine de prestations-surprises prévues de jeudi à dimanche, certaines seront d’ailleurs le fait d’artistes qui ne sont pas inscrits à la programmation officielle. Et, comme chaque année, les lieux choisis pour ces prestations seront essentiellement de nouveaux sites inusités disséminés dans Baie-Saint-Paul.

Pour Clément Turgeon, qui porte aussi le chapeau de directeur artistique, il est également important de choisir le bon site pour chaque spectacle. « Dans la façon de construire la programmation, il faut voir plus loin que le simple fait de mettre un artiste sur une scène. Le contexte est important. Mara Tremblay, par exemple, aurait pu être sur la scène principale. Mais elle sera au quai, parce que son plus récent album, Cassiopée, se prête mieux à ce contexte, sur le bord du Saint-Laurent. »

Festival écolo

Au-delà de l’expérience musicale, le Festif a aussi su créer, au fil des ans, un événement écoresponsable qui pourrait très bien montrer la voie à suivre pour les festivals au Québec. « On ne vend aucun produit jetable », résume Anne-Marie Dufour.

Les incontournables verres de bière sont réutilisables, la vaisselle est compostable et les bouteilles d’eau ont été remplacées par des gourdes qui peuvent être remplies sur les sites. Même les poubelles sont pesées et leur poids est compensé par la plantation d’arbres dans la région.

« Faire du développement durable, c’est un investissement. Mais on veut aussi démontrer aux festivaliers que, si nous sommes capables de le faire pour au moins 35 000 personnes, les gens sont capables de le faire à la maison », explique la directrice de production.

Les gens reviennent d’année en année parce qu’ils savent qu’ils vont vivre de nouvelles expériences. Ils sont fidèles parce qu’ils se font surprendre à chaque édition.

Formule gagnante, donc, que celle du Festif. Mais pour la petite équipe qui l’organise, l’événement commence à peser lourd. « On n’aurait jamais pensé dire ça quand on avait 20 ans, au moment de démarrer le Festif. À l’époque, on pouvait installer des clôtures à deux heures du matin. Mais maintenant, ça devient difficile et ça paraît un peu dans le moral des troupes », laisse tomber Anne-Marie Dufour.

Même son de cloche du côté de Clément Turgeon. « C’est peut-être parce qu’on vieillit, mais nous sommes maintenant à une étape où on rêve surtout de faire perdurer l’événement, notamment en grossissant notre équipe et en travaillant dans de meilleures conditions. Depuis le début, on tient l’événement à bout de bras. Mais maintenant, on se sent un peu fatigués, donc on voudrait mieux se structurer pour les années à venir. »

On promet tout de même déjà une 10e édition pour 2019, dans le même esprit festif. « Nous n’avons jamais pensé au Festif comme à une entreprise. Nos décisions n’ont jamais été des décisions d’affaires, mais plutôt des décisions de coeur et d’authenticité. C’est ce qui fait la différence », résume le directeur général.

La programmation 2018

La programmation du Festif de Baie-Saint-Paul compte 64 artistes au total. Parmi les prestations attendues, on note la seule présentation de l’été de l’hommage à plusieurs têtes Desjardins on l’aime-tu, sur la grande scène et sous le ciel du samedi soir. Auparavant, il y aura Patrick Watson et Hubert Lenoir, dès jeudi soir, mais aussi Tiken Jah Fakoly. Sur le quai, avec l’île aux Coudres en toile de fond, il y aura notamment Matt Holubowsky et Philippe Brach. Et pour les noctambules, les spectacles seront légion, avec notamment Galaxie, Keith Kouna, Émile Bilodeau, Les Marmottes aplaties et plusieurs autres. Sans oublier les spectacles-surprises. Le Devoir sera sur place jusqu’à dimanche, pour en rendre compte.