Sans fausses notes ni communion

Dave Matthews Band s'est produit pour la première fois dans la capitale nationale, dans le cadre du Festival d'été de Québec. 
Photo: Francis Vachon Le Devoir Dave Matthews Band s'est produit pour la première fois dans la capitale nationale, dans le cadre du Festival d'été de Québec. 

C’était l’ultime jour de cette 51e édition du Festival d’été de Québec, dimanche, et cette dernière ligne droite était paradoxalement celle de la première visite du Dave Matthews Band dans la capitale nationale. Pour ce rendez-vous, les organisateurs lui avaient confié les Plaines pour un concert un peu plus long qu’à la normale, qui s’est terminé aux alentours de 11 h 35 après quelque 2 h 20 de musique. Et qui s’est révélé sans fausses notes, mais sans communion non plus.

« J’espère que vous aimerez les nouvelles et les anciennes », a lancé le chanteur après quelques titres. Avec une dizaine d’albums pop-rock derrière la cravate, le groupe souvent surnommé DMB avait beau jeu d’emmêler du vieux et du neuf, comme Samurai Cop (Oh Joy Begin), tirée de l’album Come Tomorrow paru en juin, et la samba éclatante Warehouse, endisquée en 1994 et poussée joliment dimanche soir par un trompettiste et un saxophoniste. Ces deux-là on bien joué toute la soirée, entre autres sur Grey Street (avec un clin d’oeil à l’hymne canadien), You Might Die Trying et Can’t Stop.

Dave Matthews a deux approches très différentes lorsqu’il parle et lorsqu’il chante. Intense en musique — sa chemise noire était détrempée après quatre titres —, il s’effondrait entre les morceaux, laissant de (trop) longs silences passer, parlant calmement. Cela a cassé un peu le rythme, sauf lorsqu’il s’en est pris à Donald Trump en le comparant à Justin Trudeau. « Je suis juste jaloux de votre leader, il est beau, il est un peu smooth. Je veux dire, personne n’aime tout le monde, mais nous, on a un tout un problème, juste au sud. Ça me donne le goût de déménager ici », a-t-il lancé au grand plaisir de la foule.

Devant la performance fort honnête de DMB, la foule, peut-être hypnotisée par des projections en surimpression plutôt anonymes, est restée discrète, attentive. Il aura fallu le gros succès Crash Into Me, récemment remis au goût du jour par la comédie romantique Lady Bird, pour que le public réagisse aux premières notes d’une chanson. Même la reprise de Sledgehammer de Peter Gabriel ou le long solo de piano de la non moins longe et sirupeuse Lying In the Hands of God n’auront pas vraiment soulevé les spectateurs. Juste avant le rappel, avec le succès Ants Marching, les musiciens ont enfin eu une grosse dose d’amour après une enfilade impressionnante de solos, d’abord désordonnés puis finalement coordonnés. De belles étincelles, mais pas de feu d’artifice.

Sturgill Simpson

Photo: Francis Vachon Le Devoir Sturgill Simpson

Avant Dave Matthews Band, c’était un peu « quand le country dit bonjour aux guitares électriques » avec l’Américain Sturgill Simpson. Très peu bavard — s’il a dit huit mots en une heure, c’est déjà beau —, le guitariste a préféré faire parler son instrument, enrobant ses mélodies country de beaucoup d’accords et de notes de Fender.

Simpson a laissé bien de l’espace à ses chansons, souvent rallongées de plusieurs minutes grâce à plusieurs envolées. Les solos se sont donc faits nombreux, bien sanguinolents, même lorsque Simpson a troqué le power rock pour une ballade tendre. Avec sa voix lancinante, mais résonante, et les lignes d’orgue bien roucoulantes, le résultat de cette enfilade bien bruyante s’est révélé efficace, effréné, quoique sans sinuosité et sans refrains forts. Dans ce grand tunnel rock, on aurait bien pris sa version d’In Bloom de Nirvana, par exemple, pour un peu de lumière.

John Butler Trio

Photo: Francis Vachon Le Devoir Le chanteur et guitariste John Butler

En ouverture, le groupe Australien John Butler Trio a impressionné avec un americana moins country que celui de Simpson, flirtant un peu avec le funk et beaucoup avec le rock, que ne renierait pas Ben Harper. Le chanteur et guitariste Butler sait comment jouer de la guitare comme un pro, en plus du banjo et de la slide. Le front caché par ses cheveux bouclés un brin délavés, il a fait preuve de son talent entre autres sur le titre Ocean, une instrumentale qui a bien duré huit ou dix minutes. Butler y était seul devant la batterie pour taper du bass drum avec son pied, avec sa douze cordes en main — en fait, les écrans nous ont montré que l’instrument avait plutôt 11 cordes. En plus de tenir la rythmique en tapant sur la caisse de la guitare, il faisait aussi résonner les notes en martelant les cordes de ses deux mains, faisant avancer le titre avec des effets plus électriques. De quoi se sentir un peu gêné de prendre sa propre guitare en revenant à la maison.