Festival de Lanaudière: exit le théâtre, exit le sacré

Globalement, Kent Nagano et l’OSM ont donné de la «Passion» une lecture claire et cursive.
Photo: Pure Perception Globalement, Kent Nagano et l’OSM ont donné de la «Passion» une lecture claire et cursive.

Sous la direction de Kent Nagano, l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) a présenté samedi à l’amphithéâtre Fernand-Lindsay l’imposante Passion selon saint Luc du compositeur polonais Krzysztof Penderecki, dans une configuration qui rendait difficilement justice aux dimensions théâtrales et sacrées de l’oeuvre.

Mettant à profit ses qualités de communicateur et de pédagogue, Kent Nagano s’est adressé aux spectateurs du Festival de Lanaudière dans une longue allocution soulignant les liens de l’oeuvre avec les musiques du passé — le chant grégorien, les polyphonies renaissantes et les Passions de l’illustre prédécesseur Bach —, mais aussi l’apport indéniable de Penderecki à l’identité sonore contemporaine, du cinéma aux musiques populaires.

Il était essentiel d’insister sur le caractère éminemment théâtral de la pièce et de présenter les principaux épisodes du récit de la Passion du Christ. Le traitement qu’en fait Penderecki, à travers une écriture pleine d’effets, condense au maximum l’action dramatique en misant davantage sur l’incarnation physique et sonore des événements entourant la mort de Jésus que sur le pouvoir d’évocation des mots — cris, bruits de foules, onomatopées pour le choeur ; timbres « électroacoustiques » et effets de masses à l’orchestre — campant le paysage angoissé du récit.

À cet égard, la traduction des interventions de l’évangéliste du latin vers le français contribuait à situer les spectateurs dans la progression du récit, au prix toutefois de la perte d’une certaine théâtralité « antique » inhérente à l’emploi de la langue latine spécifié par la partition.

Globalement, Kent Nagano et l’OSM ont donné de la Passion une lecture claire et cursive, bien que les interactions de l’évangéliste avec la turba (la foule) et les rôles solistes auraient gagné à être resserrés. Un supplément d’engagement dramatique de la part de ces derniers n’aurait pas non plus nui, surtout en considérant le genre d’épreuves que traversent les personnages qu’ils incarnent.

Ce qui a manqué peut-être au concert de samedi, c’est l’intense présence sonore que suggère la réunion, requise par la partition, d’un orchestre symphonique, d’un triple choeur mixte, d’un choeur d’enfants — absent samedi ; il aurait fallu plus que de l’inventivité pour trouver à ses membres une place sur scène — et de solistes, sans compter le grand orgue.

Le choix de présenter La Passion selon saint Luc sur une scène extérieure, aussi bonne soit-elle, oblitère une dimension essentielle de son pouvoir expressif, à savoir sa capacité à saturer de sons un espace clos, comme en témoigne la gravure discographique de 1989 réalisée sous la direction du compositeur lui-même dans l’acoustique réverbérante de la cathédrale du Christ-Roi de Katowice.

L’environnement sonore naturel de l’amphithéâtre Fernand-Lindsay, qui fait d’habitude le charme de l’endroit, a rendu difficile, samedi, l’immersion dans le récit. Souhaitons seulement que les représentations prévues dans les prochains jours, à Cracovie puis en ouverture du Festival de Salzbourg, permettent la réalisation des intentions originelles de Penderecki, notamment en ce qui a trait à la spatialisation des trois choeurs.

La Passion. Penderecki : La Passion selon saint Luc

Orchestre symphonique de Montréal et Choeur de l’OSM, Kent Nagano (chef), Sarah Wegener (soprano), Lucas Meachem (baryton), Matthew Rose (basse), Gabriel Sabourin (évangéliste), Andrew Megill (chef choeur), à l’amphithéâtre Fernand-Lindsay, le samedi 14 juillet. 2018.