Bajada en balado

Comme artiste, Jason Bajada est lui-même régulièrement interviewé, mais là, c’est lui qui avait envie de poser des questions.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Comme artiste, Jason Bajada est lui-même régulièrement interviewé, mais là, c’est lui qui avait envie de poser des questions.

Le musicien Jason Bajada aime tellement écouter des entretiens en balado qu’il a décidé de lancer le sien. Sans prétention et sans règles de langue, de durée ou d’angle, il creuse sous la forme de conversations l’univers de musiciens et de créateurs d’ici.

Son balado bilingue enregistré dans son salon avec deux simples micros s’intitule tout bonnement Bajada Dialogues. Le musicien québécois qui fait carrière depuis plus de douze ans s’y assoit à la table seul avec son invité — quoique le chat Bill Murray vienne faire son tour de temps en temps.

Avant que l’idée ne lui vienne d’enregistrer lui-même un balado, le barbu Bajada a d’abord développé une passion pour le format audio à emporter. Il évoque entre autres le travail de Mark Maron, d’Alec Baldwin et son Here’s the Thing, ainsi que les productions Missing Richard Simmons et Invisibilia.

« Il y en a tout le temps un qui joue, en voiture, dans le métro, quand je fais des courses. Je vais naturellement aller vers le podcast maintenant que je suis accro », avoue-t-il.

Comme artiste, il est lui-même régulièrement interviewé, mais là, c’est lui qui avait envie de poser des questions. « Mais je ne savais pas si j’avais le talent. Puis, je me suis dit qu’au pire il y aurait deux épisodes et ça serait fini. »

Je me sentais un peu imposteur. Mais de plus en plus, il y a des attachés de presse qui m’écrivent parce qu’il n’y a pas [d’équivalent] de ça au Québec, surtout qui est franco et anglo. Je réalise que ça fait un peu de bien dans le paysage d’avoir des conversations d’une heure de créateur à créateur.

Mais Bajada a une bonne voix de radio, reste calme et son intérêt n’est pas feint. La sauce a pris, et il y a à ce jour une douzaine d’épisodes à écouter, dont ceux avec Lydia Képinski, Pony, Jean-Michel Blais, Fanny Bloom, Philippe Brach, Gabrielle Shonk, Jay Du Temple, Hubert Lenoir, Philémon Cimon et Matt Holubowksi. Certains sont en anglais, d’autres en français, et la durée est variable, quoique généralement aux alentours de 60 minutes.

« Je ne vais pas vraiment dans les lancements, je me sauve du small talk le plus possible », explique Bajada. Ses Dialogues lui permettent donc de creuser amicalement la démarche créatrice de ses invités, ou leur passé, leurs passions.

« Après les 15-20 premières minutes, oui, il y a quelque chose de nouveau qui se passe », dit celui qui a lancé le disque double Loveshit 2 il y a quelques mois. « C’est intéressant à écouter quand les gens ont le temps de parler, de se raconter. […] Tout le monde a une histoire qui peut te briser le cœur. Et j’ai fait de super belles découvertes et j’ai eu des surprises pendant le podcast. Je ne suis pas très préparé, et c’est ce que j’aime : on est un peu comme au bar, on lance une discussion. »

Bajada journaliste ?

D’une certaine façon, Jason Bajada a une démarche journalistique avec sa série de balados, mais sans contraintes de date et sans sujets imposés. Et le fait que les invités se confient en quelque sorte à un des leurs change aussi l’énergie des rencontres.

« Je me sentais un peu imposteur, confie Bajada. Mais de plus en plus, il y a des attachés de presse qui m’écrivent parce qu’il n’y a pas [d’équivalent] de ça au Québec, surtout qui est franco et anglo. Je réalise que ça fait un peu de bien dans le paysage d’avoir des conversations d’une heure de créateur à créateur. »

Puis, après avoir réfléchi à la question, Bajada s’est aussi rendu compte que ce n’est pas parce que c’est fait par un média officiel que c’est meilleur. « Il y a de bons journalistes qui font leurs recherches et avec qui c’est super cool de parler, dit le guitariste. Mais je me dis aussi que je ne peux pas être pire que le gars qui m’a demandé combien d’albums j’avais. Man, passe juste cinq minutes sur Wikipédia et rappelle-moi après ! »

Bajada Dialogues s’extirpe aussi de la routine promotionnelle des musiciens, humoristes et artistes. L’animateur veut faire « briller » les gens, leur donner toute l’attention et parler de leurs projets, « mais plus loin que la sortie d’un disque. Avec Jean-Michel Blais, par exemple, on a parlé un peu de son album, mais beaucoup de son background, de sa vision des choses. Avec Philémon Cimon aussi, on est allés super deep dans l’absolu. »

Au fil des rencontres, Jason Bajada trouve par ailleurs que son écoute est meilleure, qu’il pose des questions plus efficaces aussi. Critique, il se réécoute après chaque épisode, pour cerner les endroits où il peut s’améliorer.

Et depuis quelques semaines, Bajada Dialogues a trouvé un nouvel arrimage avec l’équipe d’Urbania Musique. « C’est un échange. Eux ont besoin de contenus et ils trouvaient que le balado était en plein dans leur ADN. Ils font un article de 500 mots par épisode. C’est l’fun de faire quelque chose juste par amour et que ça suscite de l’intérêt, qu’un média s’associe à nous. Je trouve ça merveilleux. »

En spectacle au FEQ, puis en retraite aux Îles

Jason Bajada montera sur scène samedi soir dans le cadre du Festival d’été de Québec — le concert à la place de l’Assemblée-nationale est par ailleurs gratuit. « Je me sens en confiance. Loveshit 2, c’est ce que j’ai fait qui se prête le plus à mes forces. Les shows solos sont vraiment l’fun, et avec le band, c’est complètement un autre buzz. Ça va être incroyable de jouer ça dehors, justement. » Prochaine étape, l’auteur-compositeur-interprète s’en va aux îles de la Madeleine pour se reposer, lire et réfléchir à ce qui l’attend musicalement pour la suite des choses. « Je vais m’installer, amener mon studio avec moi. [Avec Loveshit 2] j’ai tellement tout vidé mon sac, j’ai plus vraiment de matériel et ça me plaît. »

Bajada Dialogues

bajadadialogues.libsyn.com