Susanna Mälkki: «fantastiquement» cartésienne

Susanna Mälkki a dirigé, samedi, un concert important en vue de la succession de Kent Nagano.
Photo: Pure Perception Susanna Mälkki a dirigé, samedi, un concert important en vue de la succession de Kent Nagano.

Comme le relevait François Bédard, directeur général du Festival de Lanaudière, en l’absence du directeur artistique Gregory Charles, « les conditions idéales » étaient réunies, samedi. Un beau soleil, mais pas de canicule ; pas de risque d’orage ; l’Orchestre symphonique de Montréal disponible en ouverture (fait rare depuis 2006) ; un monument du répertoire (la Fantastique) et la curiosité de voir une « maestra » diriger l’orchestre. Or, très curieusement, ce ne fut pas la foule des très grands jours. Un succès respectable, certes, mais un amphithéâtre rempli à peu près aux trois quarts et une assistance que, de visu, on estimera autour de 3500 personnes. Au Festival, les « conditions idéales » font espérer 1000 de plus.

Attentive et méticuleuse

Les spéculations qui font de Susanna Mälkki une sérieuse candidate à la succession de Kent Nagano ne sont pas une vue de l’esprit. Le Devoir a appris que certains membres du comité ont été vus à l’étranger, assistant à ses concerts. L’hypothèse est donc envisagée. L’idée est-elle bonne ? Sur ce point, le concert de samedi a apporté de clairs enseignements.

Sur le plan du pouvoir d’attraction sur le public et de l’effet de curiosité, l’incidence, on l’a vu, est négligeable. Dans l’accompagnement d’un concerto, Susanna Mälkki surpasse nettement Vasily Petrenko en matière d’écoute et de recherche de partenariat.

Elle a calqué l’orchestre sur les fines nuances d’Alban Gerhardt, qui a livré une vision courageuse du concerto d’Elgar, d’une douleur intérieure très pudique, soulignant la lassitude du compositeur.

Cette lecture finement psychologique, possiblement ennuyeuse pour les néophytes, a été, hélas, perturbée par la rencontre improbable entre Edward Elgar et Harley Davidson — un motard faisant pétarader son engin alentour avec délectation au moment le plus intense. Méticuleuse, Susanna Mälkki l’est aussi dans la Fantastique, où elle met en place quelques embardées dans le 1er mouvement, des couleurs stridentes de clarinettes et un singulier (et très laid) phrasé de guinguette aux trompettes dans le finale.

Le problème, également perçu dans Carnaval romain, est que, hors de ces quelques idées, le cartésianisme domine, privant la Fantastique du souffle dantesque insufflé par Jacques Lacombe. La fièvre de la narration n’est pas le fil conducteur de cette lecture séquentielle.

Par ailleurs, jouer ainsi la version avec cornet obligé du Bal ne sert à rien, puisque Mälkki fond la trompette dans le tissu orchestral, et le jeu d’écho entre cor anglais et hautbois (en coulisses, mais beaucoup trop fort) dans la Scène aux champs tombe à plat.

À mes yeux, après quatorze ans de Kent Nagano, le profil du futur directeur musical n’est pas celui d’un analyste de partitions, clone de l’ancien, mais d’un ou d’une musicienne dionysiaque, qui raconte des histoires musicales avec passion. L’idée Mälkki valait le coup d’être émise et le test, d’être tenté. Sans plus.

Festival de Lanaudière : Soir de première

Berlioz : Le Carnaval romain. Symphonie fantastique. Elgar : Concerto pour violoncelle. Alban Gerhardt, Orchestre symphonique de Montréal, Susanna Mälkki. Amphithéâtre Fernand-Lindsay, samedi 7 juillet 2018. Concert filmé par Medici.tv et offert gratuitement pendant 3 mois.