Susanna Mälkki et l’OSM en ouverture de Lanaudière

L’objectif de Susanna Mälkki est limpide: «Je voudrais que la musique soit aussi à jour que toutes les autres formes d’art. Dans le théâtre, la littérature, le cinéma, tout le monde s’intéresse à ce qui est neuf. Il n’y a que les institutions symphoniques qui sont très fortement ancrées dans le passé!»
Photo: Simon Fowler L’objectif de Susanna Mälkki est limpide: «Je voudrais que la musique soit aussi à jour que toutes les autres formes d’art. Dans le théâtre, la littérature, le cinéma, tout le monde s’intéresse à ce qui est neuf. Il n’y a que les institutions symphoniques qui sont très fortement ancrées dans le passé!»

L'Orchestre symphonique de Montréal ouvre samedi le Festival de Lanaudière. Chose rare, l’orchestre sera placé sous la direction d’une femme, la Finlandaise Susanna Mälkki, sérieuse prétendante au poste de futur directeur musical de l’OSM.

La symphonie fantastique que Susanna Mälkki dirigera samedi à l’amphithéâtre Fernand-Lindsay, devrait nous réserver au moins une heureuse surprise. En entrevue avec Le Devoir, la chef d’orchestre s’est dite intéressée par la version avec cornet obligé du Bal, le célèbre second mouvement de la symphonie. Voici une bonne idée, un coup de pied dans la tradition, que personne, à ma connaissance, n’a osé à Montréal — ni Charles Dutoit, ni Kent Nagano, ni Yannick Nézet-Séguin, ni Jacques Lacombe, ni Andris Nelsons en visite avec le Symphonique de Boston.

Jongler avec la tradition

Révélée par l’enregistrement de Colin Davis avec l’Orchestre royal du Concertgebouw en 1974, la version avec cornet du Bal, née d’une révision de Berlioz, mérite d’être connue ici. Elle a convaincu des chefs tels que Zubin Mehta, John Eliot Gardiner ou Daniel Barenboïm. L’intérêt est bien plus qu’anecdotique. Impossible de ne pas songer que cet instrument placé en dehors de l’orchestre et de son tumulte pourrait bien incarner Berlioz qui ne parvient pas à s’intégrer à la fête.

Le poids d’une tradition bien ancrée à Montréal ne pèse pas trop sur les épaules de l’invitée d’un jour, qui envisage ce concert comme un moment « où une grande équipe et le chef se rencontrent, chacun proposant des choses de son côté ». Susanna Mälkki, qui a une grande tendresse pour la Fantastique, n’est pas dupe : « Les orchestres sautent sur l’occasion si le chef n’a aucune idée à apporter. Le chef doit avoir une vision claire. De toute façon, pour le métier, c’est très important ! » Elle assimile la préparation à « un jeu, une danse » : « Je propose des choses ; l’orchestre retourne ; on apprend. J’observe les réactions et, de son côté, l’orchestre est curieux de voir ce que je lui donne. »

La plus belle rencontre dans cette Symphonie fantastique, qu’elle a « beaucoup dirigée », Susanna Mälkki l’a vécue en octobre 2017 à Los Angeles où elle œuvre comme 1er chef invité. « Nous avions trois concerts et, souvent, l’interprétation devient de plus en plus intéressante. Au bout du 3e concert, j’étais vraiment heureuse. »

Un parcours étiqueté

Chose qu’on a oubliée : le concert de ce samedi ne marquera pas les débuts de Susanna Mälkki à la tête de l’OSM, même si ces derniers furent on ne peut plus discrets, puisqu’elle avait dirigé la moitié (Lontano de Ligeti et le Concerto pour violon d’André Prévost avec Chantal Juillet) d’un concert de musique contemporaine en octobre 2008 au théâtre Maisonneuve, dont l’autre partie avait été confiée à Walter Boudreau. Susanna Mälkki était alors chef de l’Ensemble intercontemporain à Paris.

Ce poste, que Susanna Mälkki a assumé entre 2006 et 2013, teinte fortement sa réputation. C’est une étiquette dont on ne se défait pas facilement : « J’ai dirigé tout le répertoire toute ma vie, mais le répertoire contemporain a été plus visible », rectifie celle qui est aujourd’hui directrice musicale de l’Orchestre philharmonique d’Helsinki, où elle a succédé en 2016 à John Storgårds. La Finlande lui permet de bénéficier d’une « marge de manœuvre généreuse » en matière de programmation grâce à l’ouverture d’esprit du public à l’égard de la musique contemporaine.

À ses yeux, un directeur musical a « plusieurs responsabilités » : « Il faut jouer le grand répertoire ; il est très important d’avoir une identité sonore, donc jouer des musiques dites classiques, et, ce que je trouve très important dans la situation musicale globale aujourd’hui, il faut éviter la ghettoïsation de styles musicaux différents et, donc, mélanger les compositeurs vivants et les compositeurs consacrés. Mon prédécesseur avait fait cela à Helsinki. En Finlande et dans les pays nordiques, c’est considéré comme normal. »

Ancrées dans le passé

Quelle serait la différence avec un poste équivalent en Amérique du Nord, et un tel poste est-il, au fond, enviable ? « D’après mon expérience, avec les orchestres américains, les conditions de travail sont différentes, mais ce n’est pas un obstacle insurmontable. Aux États-Unis, notamment sur la côte ouest, bien des orchestres ont une programmation innovante. Leur secret a été de créer une confiance permettant d’intégrer des œuvres de notre temps. Bien sûr, nous aimons tous le grand répertoire et il n’est pas question de jouer l’un sans l’autre. Il faut aussi planifier les répétitions et être malin avec les œuvres que l’on combine. Mais par rapport au financement et au public, la clé est la confiance. Il faut donner de bonnes expériences, ne pas essayer de vendre quelque chose que le public ne veut pas et éveiller une curiosité. »

Ce renouvellement est « une question d’habitude » aux yeux de Susanna Mälkki, dont l’objectif est limpide : « Je voudrais que la musique soit aussi à jour que toutes les autres formes d’art. Dans le théâtre, la littérature, le cinéma, tout le monde s’intéresse à ce qui est neuf. Il n’y a que les institutions symphoniques qui sont très fortement ancrées dans le passé ! »

Il ne reste plus qu’à déterminer par quoi on commence, par exemple dans une ville qui, sauf défaillance de mémoire, n’a pas programmé le 1er ni le 2e Concerto pour piano de Bartók (!) en 15 ans.

Susanne Mälkki se verrait-elle directrice musicale de l’OSM, elle qui fait partie des chefs testés à cet effet ? « Je suis honorée si des gens pensent à moi, car c’est un poste magnifique. J’ai entendu beaucoup de bien du travail de M. Nagano et c’est normal qu’il y ait des conjectures. Mais comme je n’ai pas dirigé l’orchestre depuis 10 ans, l’important c’est que la rencontre se passe bien et que nous fassions un bon concert. Je ne peux pas m’exprimer au-delà. »

Concerts de la semaine

Festival de Lanaudière. Au sein de la programmation au tropisme très anglo-américain du Festival de Lanaudière, le menu de dimanche se distingue en mettant à l’affiche Michael Daugherty, compositeur né en 1954 et inspiré par la culture populaire, notamment avec Fire and Blood, un concerto pour violon très coloré dont Alexandre da Costa est un fervent défenseur (enregistrement et concert à l’OSM). En soliste, Alain Trudel et son orchestre de Laval se sont également adjoint Marie-Josée Lord pour des airs de Floyd, de Gershwin et de Bernstein. Le 8 juillet à 14 h, Amphithéâtre Fernand-Lindsay.

Concours de musique du Canada. Tenu à l’issue du Tremplin et des épreuves du Concours de musique du Canada dans toutes les catégories d’âge, le grand concert de gala de lundi réunira l’Orchestre Métropolitain dirigé par Nicolas Ellis, les vainqueurs de cette édition du 60e anniversaire et le violoniste Kerson Leong, lauréat emblématique du Tremplin 2014 qui a obtenu la meilleure note de tous les musiciens de tous âges au pays pendant cinq ans de suite. Kerson Leong jouera le Concerto pour violon de Samuel Barber. Le 9 juillet à 19 h, Maison symphonique.

Autres rendez-vous orchestraux

  • 14 juillet. La passion selon saint Luc de Penderecki, par Kent Nagano et l’OSM.
  • 4 août. Concert hommage à Leonard Bernstein, par Yannick Nézet-Séguin et l’OM.
  • 5 août. La 7e Symphonie de Chostakovitch, par Yannick Nézet-Séguin et l’OM.

Festival de Lanaudière

Concert d’ouverture. Elgar : Concerto pour violoncelle. Berlioz : Symphonie fantastique. Alban Gerhardt, Orchestre symphonique de Montréal, Susanna Mälkki. Samedi 7 juillet, 20 h.