Retrouvailles à Saguenay

Philippe Brach lors de la première édition du festival La Noce, à Saguenay en 2017
Photo: Le Petit Russe Philippe Brach lors de la première édition du festival La Noce, à Saguenay en 2017

Comment la formation Karkwa, en pause depuis plusieurs années, se retrouve-t-elle à jouer samedi à Saguenay ? Et en plus pendant le petit festival La Noce qui souffle cette année tout juste deux bougies ? C’est grâce aux manigances du chanteur Philippe Brach.

« J’ai vraiment été un petit criss là-dessus, j’ai été un ratoureux ! » rigole Brach, qui est impliqué dans l’événement qui se déroule du 5 au 7 juillet, principalement à la Zone portuaire de Saguenay.

Le chanteur de Karkwa, Louis-Jean Cormier, confirme le rôle de l’auteur de Crystel, d’Alice et de Tu voulais des enfants. « C’est un bel être humain, fascinant, et on a dit go », a résumé Cormier, croisé tout comme Philippe Brach lors du Festival en chanson de Petite-Vallée.

À la base, Brach voulait faire renaître le projet Karkwatson, fusion scénique de Karkwa et de la bande de Patrick Watson qui s’était produite il y a dix ans le temps de quelques dates. « On est vraiment passés proche de caser Karkwatson, mais à cause d’une personne ça n’a pas fonctionné, confie Brach, son chandail de La Noce sur le dos. Finalement j’avais tellement fait de démarches, il y avait déjà de quoi d’entamé, alors je me suis permis de continuer à pousser [pour convaincre Karkwa]. On était loin dans le processus de programmation, et ça nous prenait un nom comme ça. »

Le musicien raconte avoir « tout fait ce qu’un bon directeur de programmation ne doit pas faire pour garder sa job », c’est-à-dire qu’il a appelé individuellement les membres de Karkwa avant même de contacter la gérance du groupe. Tout le monde a mis le doigt dans l’engrenage, quoi.

Est-ce que l’argument massue a été celui de l’argent ? « On va plus donner un peu d’amour à la région du Saguenay, qui mérite un super beau festival de musique », dit Louis-Jean Cormier.

« Karkwa sait c’est quoi lancer un festival, ajoute Brach, mentionnant l’implication de Cormier à Petite-Vallée et celle du gérant du groupe, Sandy Boutin, dans le Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue. Ils ont accepté pour ça et définitivement pas pour le cachet. C’est sûr que le Festival d’été de Québec a plus les moyens de se permettre Karkwa que nous autres ! »

Le festival La Noce — où des mariages seront même célébrés — reçoit par ailleurs une cinquantaine d’artistes, dont Loud, Alaclair Ensemble, Galaxie, Plants and Animals, Random Recipe, Fred Fortin, Mononc’ Serge, Lydia Képinski et Hubert Lenoir.

Inspirer et enrichir

S’ébranlant sur une seule journée à sa première année, La Noce s’étirera sur trois jours pour cette édition. La présence de Karkwa a permis d’attirer plusieurs festivaliers de Montréal et de l’Outaouais, montrent les préventes. Reste qu’à terme, le but de Philippe Brach est aussi de faire en sorte que l’événement s’enracine dans les habitudes des locaux.

La Noce « permet de produire des shows là où il n’y en a pas tout le temps, avec une programmation qui n’est pas tout le temps en vue dans le coin, dit celui qui vient de Chicoutimi, qui a vécu à Alma et étudié à Jonquière. L’idée, [c’est de] dynamiser ça, et d’arrêter de se faire croire que tout est plus l’fun à Montréal. »

Le chanteur se souvient d’avoir passé des étés sur la Zone portuaire à ne rien faire de mieux que de fumer des joints. « C’est ridicule à quel point on ne crissait pas grand-chose ! Et puis je vais toujours me souvenir qu’à 16 ans, j’avais vu une pièce de théâtre de Martin Giguère, qui s’appelait ONAN, et ça m’a traumatisé, dans le bon sens. Je suis ressorti de là et j’étais crinqué à faire de quoi de créatif. C’était la première fois que j’avais cette pulsion-là. »

C’est d’ailleurs un des rêves qu’il souhaite accomplir avec le festival : allumer une flamme quelque part. « On n’est pas les expatriés qui arrivent en disant : “on vous amène la culture”. Il y en a déjà, mais il n’y en a définitivement pas de trop. Si on peut mettre un événement de plus dans le tas, si ça peut influencer des jeunes… »

La Noce… de coton

La noce, c’est la fête qui suit un mariage. Pourquoi avoir choisi l’image des épousailles pour le festival ? « On trouvait ça pertinent, parce que c’est une région où l’âge moyen est très élevé, et qui reste donc encore très catholique », lance Philippe Brach, soulignant par exemple l’impact de l’ancien maire Jean Tremblay. Le concept de la célébration des anniversaires de mariage permet aussi aux organisateurs d’avoir chaque année un filon artistique différent. Cette année, la noce est de coton, la prochaine sera de cuir. « Bon, après ce sont les noces de froment, on s’en reparlera, ce sera probablement l’année où je vais sacrer mon camp du festival ! » rigole Brach.