Les heureuses influences de Jean-Michel Dubé

Jean-Michel Dubé
Photo: Crila Laforest Jean-Michel Dubé

Qui est Jean-Michel Dubé, ce pianiste, qui après l’annulation, samedi, de la soirée d’ouverture des Concerts Lachine, lançait, lundi soir, l’édition 2018 de ce festival proposant des concerts gratuits de haute qualité jusqu’au 15 juillet ?

Dans sa vingtaine, Jean-Michel Dubé, un Québécois tenu en excellente estime par le pianiste français Philippe Cassard qui lui a offert des cours de maître, s’est signalé, ici, comme le troisième interprète intéressé par l’oeuvre d’André Mathieu.

Il a prouvé lundi, s’il en était besoin, que sa connaissance du compositeur est approfondie et que son attachement n’a rien d’opportuniste. Entre Alain Lefèvre, qui fait de Mathieu un émule de Rachmaninov et l’anoblit, et Jean-Philippe Sylvestre, qui regarde du côté de Gershwin et l’allège, Dubé semble chercher le meilleur des deux mondes. La matière sonore de Lefèvre est indéniablement plus riche, mais Dubé, très varié, établit un fin parallélisme entre connaissance chronologique de la vie de Mathieu et implications stylistiques.

Le concept « Mathieu et ses influences » est peu lisible en pratique. Il n’y a pas de rapport ou de liens entre Mathieu et l’Opus 117 de Brahms ou les Impromptus de Schubert, et les enchaînements sont étranges. S’il y a des liens à tisser, c’est entre le Mathieu de la vingtaine et Scriabine, mais pas vraiment le Scriabine de l’Étude op. 8 no 12. Le titre du concert est donc surtout une idée habile permettant à Jean-Michel Dubé de se frotter à quelques chefs-d’oeuvre de grands noms.

Alors, qui est Jean-Michel Dubé en tant qu’artiste ? Le pianiste Dubé se frotte au romantisme allemand. C’est un « work in progress ». De quelle manière une modulation teinte change-t-elle une atmosphère ? Comment passe-t-on d’une section à une autre ? Tout cela prendra encore de la maturation. Le musicien Dubé, lui, est dans son plein élément avec Liszt et Scriabine. S’il était baryton, il chanterait Eugène Onéguine. Il jouera un jour la Sonate de Tchaïkovski et le fera très bien.

Chose un peu curieuse, tant dans Schubert que l’Opus 117 no 3 ou, surtout, la fin de Liszt, on observait des fractions d’instants où le flux musical semblait accrocher ou bégayer, comme s’il y avait une micro-interrogation du pianiste quant à la suite des choses. Ce n’est pas un défaut de virtuosité, ni vraiment un trou de mémoire, mais c’est assez surprenant en concert, surtout quand, par ailleurs, tout est, techniquement, aussi impeccablement maîtrisé.

André Mathieu et ses influences

Mathieu : Valse pour enfant, Les mouettes, Printemps canadien, Les abeilles piquantes, Fantaisie romantique, Quatre bagatelles, Marche funèbre, Laurentienne no 2, Prélude romantique. Brahms : Intermezzi op. 117. Schubert : Impromptu op. 90 no 4. Scriabine : Étude op. 8 no 12. Liszt : Vallée d’Obermann. Jean-Michel Dubé (piano). À l’Entrepôt (Lachine), lundi 2 juillet 2018.