Les électrons libres et les classiques

Klô Pelgag, encore équipée de son costume fleurdelisé et illuminé porté à la fête nationale, était en forme, bien plus que lors de sa visite l’année dernière à Petite-Vallée.
Photo: André Bujold Klô Pelgag, encore équipée de son costume fleurdelisé et illuminé porté à la fête nationale, était en forme, bien plus que lors de sa visite l’année dernière à Petite-Vallée.

Soyez libres et rompez avec le joug des traditions ! scandait en quelque sorte le jeune musicien Hubert Lenoir, jeudi, au premier soir du Festival en chanson de Petite-Vallée. Son appel trouvait en partie écho dans la programmation de la 36e édition de l’événement gaspésien, dont le début a permis de voir des artistes qui aiment déjouer l’ordre établi comme d’autres davantage ancrés dans le chemin balisé de la chanson.

Les drôles de bêtes étaient nombreuses sur scène dans les premiers moments du Festival en chanson, qui vit jusqu’au 7 juillet une édition de transition et de renaissance après les deux incendies qui ont détruit dans les derniers mois la salle principale de l’événement et l’auberge adjacente. Hubert Lenoir justement a montré de très belles choses sur scène. Malgré son jeune âge, il a un aplomb impressionnant, une présence physique charismatique, et il est capable d’être touchant et corrosif en même temps. Par ses actions (et encore beaucoup son discours), il en appelle à une vision ouverte et inclusive du monde, des humains, des genres. On en ressort contaminé.

Sa vision du monde résonnait aussi vendredi dans le concert rassemblant sur la même carte Klô Pelgag et Philippe Brach. Encore équipée de son costume fleurdelisé et illuminé porté à la fête nationale, Klô Pelgag, la fierté de Saint-Anne-des-Monts, était en forme, bien plus que lors de sa visite l’année dernière à Petite-Vallée pendant laquelle la maladie l’avait affaiblie. Le public gaspésien a accueilli chaleureusement ses mélodies audacieuses et haut perchées et ses présentations toujours un brin chaotique, plusieurs personnes dans le public s’agglutinant en avant-scène malgré une disposition de salle assise.

Brach, lui, plus barbu que jamais, avait enfilé un habit traditionnel du moyen-orient pour chanter ses pièces fortes, mais dont le rythme plus fréquemment lent faisait penser qu’il aurait pu être en ouverture de soirée plutôt qu’en clôture. Puis tard en soirée vendredi, Violett Pi et ses musiciens tous déguisés ont brassé la cage des festivaliers avec des textes plongés dans le stupre et la détresse, ainsi qu’avec des musiques rock complexes, que ne renieraient pas Korn ou Zappa. Voilà un autre OVNI franchement méconnu.

L’audace ne serait pas sans comparables plus classiques, et le Festival en chanson de Petite-Vallée permet de se frotter aux deux mondes. Dans le registre de la chanson théâtrale, Émile Proulx-Cloutier a brillé dimanche avec un spectacle touchant et adapté à son étape gaspésienne. « Je me sens profondément à la maison », a-t-il dit, racontant que ses premiers pas en chanson se sont faits dans la petite ville gaspésienne. La veille, Martin Léon avait aussi des airs de conteur avec son spectacle qui prend des allures de récit de voyage. Reste que le musicien avait déjà présenté ce même concert il y a quelques années, et on aurait aimé avoir un peu de neuf de sa part.

D’autres vétérans sont montés sur scène également, comme Damien Robitaille, amusant, et Yann Perreau, énergique, qui a commencé son concert dans la salle en chantant Cohen avant de lancer la machine. Jean-Pierre Ferland, après son passage à Tadoussac, s’est montré en voix, mais dans un spectacle non sans quelques malaises dans les entre-chansons. Vous avez dit écart générationnel ?

Du neuf, du rodé… Mais voilà la nature même de l’événement, qui donne la place aux électrons libres tout comme au noyau dur de la chanson d’ici. De quoi avoir des atomes crochus.

Notre journaliste était à Petite-Vallée à l’invitation du festival.