Medeski-Ribot, ou l’art de mettre le feu

Même sans Martin et Wood, ses acolytes de trio depuis un quart de siècle, John Medeski semble avoir le «groove» collé aux doigts.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Même sans Martin et Wood, ses acolytes de trio depuis un quart de siècle, John Medeski semble avoir le «groove» collé aux doigts.

John Medeski avait promis des explosions pour sa première soirée de la série Invitation ? Parole tenue. La scène du Gesù avait des airs de pont Jacques-Cartier un soir de feux d’artifice.

Que ce soit Medeski à l’orgue Hammond B3, Marc Ribot aux guitares (c’était l’invité officiel) ou JT Lewis à la batterie, tout le monde a paru branché dans le 220 de l’incandescence. Salle comble et salle comblée.

« Marc Ribot peut faire n’importe quoi, et tu sauras toujours que c’est Marc Ribot », disait Medeski en entretien au Devoir. Difficile de le contredire. Et comment donc ? Question de son, d’abord : sa manière de frotter les cordes, cette âpreté dans l’attaque, les éclats vifs que ça provoque. Ribot a probablement le jeu de guitare le plus reconnaissable au monde — le plus roots. Pas une note sans texture, pas un accord sans relief, pas un solo qui ne décolle haut.

La posture du guitariste sur scène fournit un autre indice sur son identité. Car vendredi comme toujours, on a eu droit à un Ribot assis sur une chaise, recroquevillé sur sa guitare dans un semblant de communion entre l’instrument et l’instrumentiste. Ceci pour dire que, d’une certaine façon, Ribot joue autant avec le corps qu’avec les mains.

Devant lui, Medeski n’en faisait pas moins au B3 — impérial, le mec. Même sans Martin et Wood, ses acolytes de trio depuis un quart de siècle, Medeski semble avoir le groove collé aux doigts.

Le répertoire ? De tout trempé dans la sauce de ce gros jam à l’énergie rock. Blues de chez blues en entrée de jeu, portés par des solos développés. Version hyperfunky de Sookie Sookie (popularisée par Steppenwolf à la fin des années 1960 — l’original est de Dave Covay) ensuite. Puis une reprise de Strollin, de Horace Silver, avec une bonne dose de liberté dans le propos. Etc., etc. Que du gros, du bon, du plaisir.

Laveaux

À quelques centaines de mètres de là, Mélissa Laveaux — Montréalaise d’origine haïtienne maintenant établie à Paris — présentait son superbe projet Radyo Siwèl, collection de chansons créoles écrites pour la plupart durant l’occupation américaine d’Haïti (et mises à la sauce Laveaux).

Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Armée de sa guitare et de sa voix enjôleuse, la Montréalaise d’origine haïtienne Mélissa Laveaux a envoûté les spectateurs de la Cinquième Salle de la Place des Arts vendredi soir.

On parle ici des années 1915 à 1934, et de chansons qui tournent beaucoup autour du vaudou. Merci à Laveaux d’avoir fourni les explications historiques et contextuelles, souvent avec humour, sans négliger d’aborder la controverse SLĀV au passage. Son disque est certes une belle valeur musicale, mais il en a aussi une éducative. C’est précieux, et plutôt rare.

En trio — elle à la guitare électrique, avec une bassiste et un batteur à ses côtés —, Laveaux réussit à recréer efficacement l’énergie pop de l’album lancé plus tôt cette année. Elle se révèle d’ailleurs une guitariste au style intéressant : pas de vernis dans le son, un picking riche et une singularité dans l’expression.