Le pari un peu fou de Number 9

La mythique formation britannique photographiée ici en février 1968, l’année de la sortie du double disque d’abord intitulé The Beatles, puis rebaptisé «The White Album» pour l’éternité
Photo: Archives Associated Press La mythique formation britannique photographiée ici en février 1968, l’année de la sortie du double disque d’abord intitulé The Beatles, puis rebaptisé «The White Album» pour l’éternité

Jouer l’« album blanc » des Beatles au complet ? Les trente chansons si différentes les unes des autres que les Beatles ont mis six mois, dans les trois studios EMI d’Abbey Road, à échafauder plutôt péniblement ? Y compris Wild Honey Pie ? Et Revolution 9 ? Et The Continuing Story of Bungalow Bill ? Oui. Une bande de musiciens un peu fêlés de la théière va relever le défi, lundi, à la Cinquième Salle de la PdA. Sous la bannière Number 9, le groupe ad hoc, formé autour d’Erik Evans et Antoine Tardif — qui oeuvrent d’ordinaire au sein de Canailles —, réunira une bonne vingtaine de musiciens pour cette recréation en forme de récré. Il y aura aussi des invités de prestige : Brad Barr, Helena Deland, Philippe Brach.

« On a engagé beaucoup de personnes ! » rigole Pete Pételle, qui fait aussi partie du « noyau dur » de la tentaculaire créature. Le double disque d’abord intitulé The Beatles, rebaptisé« The White Album » pour l’éternité, a la réputation d’être hors de portée d’humains normalement constitués ne s’appelant ni John, ni Paul, ni George, ni Ringo. « Le jouer à quatre est pour ainsi dire impossible, à moins de faire beaucoup de compromis, continue Pete. On en fera tout de même quelques-uns, malgré le fait que l’on sera parfois tous les vingt sur scène… c’est dire ! »

« Et voilà, résume Antoine Tardif : un big band, quelques samples, un gros sens de l’humour… et beaucoup de passion ! » Je reconnais là l’audace souriante et exaltée d’un Andre Papanicolaou, qui a mené plusieurs projets d’interprétations intégrales d’album bien-aimés de R.E.M., de John Mellencamp ou de Bruce Springsteen. Je pense aussi au bassiste Jean-François Déry, dont le « projet Abbey Road » a rallié au Verre Bouteille les Marc Déry, Antoine Gratton, Éric Goulet et quelques autres chevaliers beatlemaniaques sans peur et sans reproche.

Fan fini

Des fans finis, comme je dis souvent. Erik Evans : « Je suis le type de fan qui, à 10 ans, connaissait déjà les histoires obscures des Beatles, les messages subliminaux, les rumeurs et certains de leurs secrets. Juste assez freak pour connaître Revolution 9 par coeur ! » L’invité Philippe Brach, plus cascadeur encore, se lance dans le vide : « Nouveau fan découvreur… sérieux ! Je suis comme un imposteur sur ce show-là! En fait, je tripe solide sur l’album blanc depuis longtemps, mais c’est le seul album que je connais pour vrai, disons. Je connais bien sûr les succès souvenirs à la She Loves You, I Want to Hold Your Hand, etc. Mais c’est à peu près tout ! »

Tout le plaisir, comprend-on, est là. L’idée n’est pas de devenir un groupe-hommage comme il en pleut les jours de retombées radioactives, mais bien de concrétiser un fantasme. Renaud Gratton, un autre des compagnons de cordée, raconte : « J’ai des souvenirs clairs, autour de 5-6 ans, du côté sing-along de chansons comme Bungalow Bill, Ob-La-Di, Ob-La-Da, Wild Honey Pie… Mais je suis tombé amoureux des Beatles, pour ne jamais m’en relever, à l’adolescence, à la sortie des volumes de l’Anthology. Au même moment, mon père avait acheté le livre des partitions complètes, que je me suis mis à lire, en découvrant (ou redécouvrant) les albums et les chansons du groupe, en plus des versions alternatives que l’on retrouvait sur les anthologies. C’est là que j’ai compris ! »

Bientôt l’anniversaire

Le 22 novembre prochain, l’album blanc aura 50 ans très exactement. On en reparlera : Paul McCartney a laissé glisser tout récemment l’info exauçant les prières de la diaspora planétaire des fans, mélomanes et audiophiles : un mégacoffret incluant les démos acoustiques, un remixage et le toutime, à paraître juste à temps pour sortir un REER avant Noël. Oui, je piaffe. Les gars de Number 9 aussi. Pour patienter ET avoir très hâte en même temps, il y a le spectacle de lundi, qui sera repris le 31 août à la place Nikitotek de Sherbrooke. Les versions proposées ne réinventeront pas la roue : point de Yer Blues en reggae ! Erik précise : « On essaie de faire en sorte que l’expérience soit la plus fidèle possible pour quelqu’un qui aurait les yeux fermés, disons ! »

Number 9, The White Album : 50 Years of Revolution

À la Cinquième Salle de la Place des Arts, lundi 2 juillet à 19 h